June 15, 2018 / 11:35 AM / a month ago

LEAD 3-La CGT prolonge la grève à la SNCF, le front syndical au bord de l'explosion

* Une décision justifiée par le “passage en force” de la réforme

* Le gouvernement regrette que la CGT persiste dans la “posture”

* La CFDT ne veut pas poursuivre la grève en juillet

* Les syndicats divisés sur la convention collective (Actualisé avec réunion tripartite)

par Arthur Connan

PARIS, 15 juin (Reuters) - La CGT-cheminots a annoncé vendredi la poursuite en juillet de la grève contre la réforme de la SNCF, au-delà du 28 juin, échéance convenue en intersyndicale, s’attirant les foudres des autres centrales pour son cavalier seul qui pourrait entraîner la rupture du front syndical dès la semaine prochaine.

“Nous voyons une réforme idéologique et pour nous ça menace le système ferroviaire, ça menace les droits des salariés et donc nous allons poursuivre sur le mois de juillet”, a déclaré vendredi sur Franceinfo Laurent Brun, le secrétaire général des cheminots de la CGT, premier syndicat à la SNCF (34%).

“Combien de temps ? On verra. Comment ? On verra, mais il n’est pas question de s’arrêter au calendrier puisque le gouvernement, lui, souhaite passer en force”, a-t-il ajouté.

Le ministère des Transports a jugé vendredi “regrettable que la CGT persiste dans sa posture” alors que le Parlement a définitivement voté la réforme jeudi.

“La réforme est arrivée à son terme, elle a été concertée, la loi a été votée démocratiquement, et elle s’appliquera. La démocratie a tranché, et la CGT ne peut pas l’ignorer”, a déclaré à Reuters un responsable du ministère.

“Quel est le sens de poursuivre un mouvement sauf à pénaliser des usagers qui sont déjà plus que lassés et qui aspirent simplement et légitimement à préparer leurs congés?”

La prise de position de la CGT est susceptible de briser l’unité syndicale qui a jusqu’ici prévalu vaille que vaille.

Il est d’abord susceptible d’accroître les tensions avec la CFDT, premier syndicat au niveau national mais quatrième à la SNCF, dont le secrétaire général s’est montré en désaccord avec une poursuite du mouvement au-delà du 28 juin.

“IL Y A D’AUTRES MANIÈRES”, DIT BERGER

La CFDT cheminots prendra position le 28 juin, mais “il y a d’autres manières de se mobiliser que de continuer la série de grèves”, a déclaré Laurent Berger à Franceinfo.

“Quoiqu’on en pense, la réforme est votée au Parlement. Maintenant il y a la négociation sociale avec le patronat du secteur”, a-t-il ajouté.

Un autre désaccord oppose la CGT et la CFDT à propos de la trêve proposée par la centrale de Laurent Berger sur les lignes RER et TER la semaine des épreuves du baccalauréat.

“La semaine prochaine, la CFDT cheminots a décidé de ne pas perturber le bac”, a dit Laurent Berger. “Ça a créé un peu de tensions entre les uns et les autres mais (...) il faut aussi assumer une part de responsabilité à l’égard de jeunes qui se préparent à passer un examen important pour eux.”

Autre syndicat réformiste, l’Unsa-ferroviaire a regretté une décision “unilatérale” de la CGT par la voix de Roger Dillenseger, son secrétaire général, qui participait vendredi à une réunion sur la future convention collective du secteur.

“Je regrette très sincèrement que cet appel à la grève fasse l’objet d’une décision unilatérale alors que jusqu’à aujourd’hui, on s’est affiché en intersyndicale, mais je regrette encore plus qu’elle vienne avant la réunion d’aujourd’hui”, a-t-il déclaré à la presse.

“Si chacun se positionne tout seul, l’intersyndicale commence à avoir de moins en moins de sens.”

Même Erik Meyer, secrétaire fédéral Sud Rail qui réclame aussi le retrait de la réforme, a regretté la décision de la CGT alors qu’il y est favorable sur le principe.

“On l’a proposé à l’interfédérale, on nous a demandé un délai de réflexion et il y a une annonce unilatérale derrière, ce n’est pas correct”, a-t-il estimé.

LA CONVENTION COLLECTIVE EN NÉGOCIATION

Les syndicats réformistes misent maintenant sur la négociation d’une nouvelle convention collective du secteur du ferroviaire, pour les cheminots qui seront embauchés à partir de 2020.

L’Union des Transports Publics et ferroviaires (UTP), l’organisation patronale regroupant les entreprises de transport public et ferroviaire, le gouvernement et les syndicats se sont retrouvés vendredi pour lancer ces négociations.

Les syndicats ont là aussi étalé leurs divisions, accentuant encore la fin de l’intersyndicale : la CGT et l’Unsa n’y ont vu qu’une “pantalonnade” tandis que la CFDT et l’Unsa estiment avoir obtenu satisfaction sur de nombreux points.

La CFDT-cheminots soumettra les conclusions de cette réunion à sa base et prendra une décision sur l’avenir du mouvement en conseil national mardi. Il participera cependant à l’intersyndicale qui doit se tenir lundi.

L’Unsa fera connaître également sa décision sur sa participation au mouvement mardi.

Emmanuel Jarry, avec Arthur Connan, édité par Yves Clarisse

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