June 14, 2018 / 3:43 PM / a month ago

3 QUESTIONS À-BlackRock-La Chine plus accommodante par pragmatisme

PARIS, 14 juin (Reuters) - La Chine, qui a surpris jeudi les marchés en laissant ses taux inchangés, adopte une politique monétaire plus accommodante pour gérer à la fois les incertitudes liées aux velléités protectionnistes de Donald Trump et le risque d’un ralentissement de sa croissance, lié notamment à la volonté de Pékin de contrôler un endettement galopant, explique à Reuters Helen Zhu, responsable de la gestion fondamentale sur les actions Chine chez BlackRock, numéro un mondial de la gestion d’actifs.

1/ Pourquoi une politique monétaire moins agressive de la part de la Chine ?

Helen Zhu - “Le tableau général est que l’économie chinoise a été très solide en 2017 et les indicateurs microéconomiques pour ce début d’année sont également plutôt bons. Les décideurs monétaires essayent toutefois d’anticiper et il y a deux éléments qui peuvent potentiellement entraîner un ralentissement de la croissance dans les trimestres à venir.

“L’un, ce sont les tensions commerciales, avec des précautions à prendre de la part des décideurs en raison du caractère imprévisible de Donald Trump.

“L’autre, c’est que la Chine tente de contenir la croissance de son endettement et cherche pour cela à réduire significativement le “shadow banking” et les autres formes de financement parallèle de l’économie.

“En raison de ces deux facteurs, les prévisions de risques plus importants pour la croissance que l’an dernier ont augmenté. Toutefois, les décideurs monétaires sont très pragmatiques et savent que si la croissance s’écroule, aucune réforme ne pourra être menée.

“C’est avec ces préoccupations en tête que les décideurs monétaires ont changé de méthode, allant d’une approche très restrictive au second semestre 2017 en début d’année à une politique plus accommodante.”

2 / Comment cette politique moins accommodante se manifeste-t-elle ?

Helen Zhu - “Jusqu’en mars ou avril, tout le monde ne parlait que de désendettement et de démantèlement du système de financement parallèle. Depuis avril, on a eu une réunion du bureau politique où l’on a parlé de stabiliser la croissance, le marché actions, le marché obligataire et le marché des changes.

“On a aussi eu une baisse inattendue du taux de réserves obligatoires, ce qui revient à libérer de la liquidité pour les banques commerciales et les institutions financières reconnues. Concrètement, pendant que l’on ferme à la liquidité la porte de derrière, on lui entrouvre la porte de devant.

“Le crédit ne peut plus croître autant qu’avant en termes de flux mais comme le crédit existant est important, l’idée est de mieux l’utiliser et d’en faire parvenir une partie aux banques.

“On assiste à des changements subtils et pragmatiques en matière de politique monétaire. Ainsi, l’objectif cette année n’est plus de réduire l’endettement mais de limiter sa croissance et de le stabiliser.

“Les deux dernières fois que la Fed a relevé ses taux, la banque centrale a suivi avec de légers ajustements. Cette fois-ci, il n’y pas eu d’ajustement. C’est une confirmation que la posture en matière de politique monétaire est légèrement plus accommodante que par le passé.”

3 / Les derniers indicateurs chinois n’annoncent-ils pas un ralentissement de la croissance ?

Helen Zhu - “Les indicateurs de mai ne sont pas aussi mauvais qu’ils peuvent le paraître. La production industrielle a légèrement baissé mais ce n’est qu’un ajustement très léger. Si vous regardez la production d’électricité et les indicateurs du même genre, vous voyez qu’ils restent très robustes. En ce qui concerne les ventes de détail, les gens s’inquiètent d’un ralentissement mais il provient surtout du secteur automobile avec l’effet induit de la baisse des taxes sur les véhicules importés, qui fait que les gens attendent avant d’acheter leur voiture.

“Ce sont des facteurs provisoires. Si vous regardez les fondamentaux de l’économie, ils restent très bons et les chefs d’entreprise auxquels nous avons parlé sont loin de se plaindre.

“Le ralentissement de la croissance va arriver mais il faut prendre en compte le fait que la croissance au premier semestre, autour de 6,8-6,9%, a été supérieure aux attentes.

“Il y aura une décélération mais le rythme en sera maîtrisé parce que les décideurs monétaires sauront prendre en compte les incertitudes et préféreront ralentir plutôt que d’accélérer au risque de perdre le contrôle et de provoquer un atterrissage brutal qui ne serait bon ni pour la Chine, ni pour le reste du monde.

“Donc oui, il y aura un ralentissement de la croissance, mais il pourrait être légèrement plus faible que ce qui est anticipé actuellement. En ce qui concerne la trajectoire de désendettement, elle reste en place mais sera maniée avec précaution plutôt que mise en oeuvre de façon abrupte.”

Voir aussi :

*Pékin laisse ses taux inchangés face aux incertitudes économiques

*Chine/Indicateurs-Ralentissement inattendu des ventes de détail

Propos recueillis par Patrick Vignal, édité par Marc Angrand

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