June 14, 2018 / 9:33 AM / a month ago

LEAD 2-Paris et Rome jouent l'apaisement avant leur rencontre vendredi

* Crispations depuis mardi autour de l’Aquarius

* “On ne renie rien” mais pas de volonté d’escalade-Elysée

* Macron réaffirme la nécessité accrue de solidarité avec Rome (Actualisé avec Macron)

ROCHEFORT, Charente maritime/ROME, 14 juin (Reuters) - La France et l’Italie, dont les relations se sont crispées ces derniers jours sur la question du sort des migrants de l’Aquarius, ont joué la carte de l’apaisement jeudi, à la veille d’un déjeuner entre Emmanuel Macron et Giuseppe Conte à Paris.

Le chef de l’Etat français et le nouveau président du Conseil italien se sont entretenus au téléphone mercredi soir après deux jours d’échanges vifs entre les deux capitales alimentés par le refus de Rome de laisser accoster le navire.

Emmanuel Macron avait dénoncé mardi le “cynisme” et l’”irresponsabilité” du gouvernement italien élu sur une plate-forme anti-immigration, composé de la Ligue (extrême droite) et du Mouvement Cinq Etoiles (M5S, antisystème).

Ces déclarations, tenues en conseil des ministres et rapportées par le porte-parole du gouvernement, ont suscité l’ire des autorités italiennes qui ont convoqué l’ambassadeur de France à Rome et reporté une rencontre prévue entre les deux ministres de l’Economie. Le ministre de l’Intérieur Matteo Salvini a estimé mercredi qu’il valait mieux annuler la visite de Giuseppe Conte sans excuses de la part de la France.

Lors de leur entretien téléphonique mercredi soir, Emmanuel Macron a assuré à Giuseppe Conte “qu’il n’avait tenu aucun propos visant à offenser l’Italie et le peuple italien”, selon un communiqué de l’Elysée. Le chef de l’Etat français a par ailleurs “rappelé qu’il avait toujours défendu la nécessité d’une solidarité européenne accrue avec le peuple italien.”

Prié de dire si l’heure était à l’apaisement, Emmanuel Macron a déclaré jeudi à Rochefort (Charente-Maritime), où il était en déplacement : “Oui bien sur, l’heure est au travail collectif .”

“Notre Europe à besoin de quoi? De solutions, ce à quoi je m’évertue depuis que j’ai été élu, les solutions passent parfois par des tensions légitimes quand on est en désaccord, elles passent aussi par une volonté de travailler ensemble”, a-t-il ajouté.

PAS DE RENIEMENT, ASSURE L’ELYSEE

De source diplomatique française, on indique que Paris “ne renie en rien” les propos d’Emmanuel Macron mardi.

“Il ne faut pas être naïf dans nos relations” a-t-on dit. “Mais la France n’est pas dans une volonté d’escalade, c’est contre-productif, il faut toujours maintenir le dialogue”.

Dans le communiqué de l’Elysée, on peut lire que les deux dirigeants “ont confirmé l’engagement de la France et de l’Italie à organiser les secours dans le cadre des règles de protection humanitaire des personnes en danger”.

“L’Italie et la France doivent approfondir leur coopération bilatérale et européenne pour mener une politique migratoire efficace avec les pays d’origine et de transit, par une meilleure gestion européenne commune des frontières et par un mécanisme européen de solidarité dans la prise en charge des réfugiés”, ajoute l’Elysée.

“Emmanuel Macron et Giuseppe Conte sont convenus, en vue du prochain Conseil européen fin juin, que de nouvelles initiatives étaient nécessaires et devaient être discutées ensemble”, conclut le communiqué.

Le palais Chigi a confirmé de son côté dans un communiqué la venue de Giuseppe Conte vendredi et la volonté de s’accorder sur de nouvelles initiatives à Bruxelles les 28 et 29 juin.

L’Italie, qui, reconnaît-on de source française, a accueilli en 2018 80% des migrants ayant transité par la Libye, paraît d’ailleurs en partie soutenue par ses partenaires

Mercredi, le ministre allemand de l’Intérieur Horst Seehofer, dirigeant de l’Union chrétienne sociale (CSU) bavaroise, a estimé que l’Allemagne devrait s’allier avec l’Autriche et l’Italie sur les politiques à mener en matière de migration et de sécurité.

AGENDA MIGRATOIRE AU CONSEIL EUROPÉEN

Angela Merkel a pour sa part déclaré que les Européens devaient opter pour une “approche unifiée” de la question migratoire, l’Italie ayant selon elle le sentiment que la solidarité de ses partenaires au sein de l’UE est insuffisante.

Une source gouvernementale française affirme que les tractations entre Paris et Berlin sur le dossier de l’immigration portent sur la définition d’un “agenda migratoire” qui concerne la protection des frontières, l’aide aux pays de transit et la solidarité avec les pays d’origine.

La réforme du règlement du Dublin qui oblige les pays de l’Union européenne où débarquent les migrants à gérer leurs demandes d’asile - et vers lesquels sont renvoyés ceux qui passent dans d’autres pays - n’est en revanche pas mûre et ne devrait pas l’être avant décembre.

“On doit trouver un accord en décembre, sinon le sujet migratoire sera notre poison collectif”, a dit la source en estimant que les élections européennes de mai 2019 risquent de se jouer en grande partie sur ce thème.

Emmanuel Macron a proposé la création d’une agence européenne de l’asile qui permettrait d’harmoniser les conditions d’octroi de l’asile en fonction du pays d’origine, ce qui supprimerait les différences de traitement.

A deux semaines du Conseil européen, le pape François a appelé jeudi à un “changement de mentalité” sur la question des migrants et à ne plus considérer chaque migrant “comme une menace envers notre confort, mais l’estimer comme quelqu’un qui, avec son expérience de vie et ses valeurs peut apporter beaucoup et contribuer à la richesse de notre société.” (Marine Pennetier et Steve Scherer, édité par Yves Clarisse)

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