June 11, 2018 / 3:13 PM / 5 months ago

GRAPHES-La volatilité recule, les investisseurs renoncent-ils à se couvrir?

par Jamie McGeever

LONDRES, 11 juin (Reuters) - Les marchés ont bien pu connaître un début d’année agité, la volatilité sur les différentes classes d’actifs flirte à nouveau avec ses plus bas au point qu’il est justifié de se demander si les investisseurs prennent encore le soin de couvrir leurs risques.

Les mesures de référence de la volatilité implicite sur les marchés d’actions, de change et de taux ont renoué avec leurs plus bas historiques malgré le resserrement monétaire attendu par la Banque centrale européenne (BCE) après celui déjà engagé de la Réserve fédérale, le retour des doutes sur certaines dettes souveraines de la zone euro, Italie en tête, et la montée des tensions commerciales.

Tout cela sans oublier le fiasco du G7 de ce week-end qui a rappelé aux investisseurs que le cadre de la coopération multilatérale entre grandes puissance patiemment construit depuis plus d’un demi-siècle était peut être en train de voler en éclat.

Les récents accès de volatilité, liés à la Turquie, à l’Argentine ou à l’Italie, sont tous restés circonscrits et leur propagation sur les marchés financiers a été négligeable et de courte durée. Même le pic de volatilité sur le S&P 500 au mois de février a été vite oublié.

Une économie mondiale robuste dont la croissance est attendue à plus de 3% cette année peut justifier cette confiance des investisseurs parfois taxée de complaisance.

Les dernières données disponibles de la Commodity Futures Trading Commission montrent une persistance des positions vendeuses nettes attachées aux contrats de l’indice Vix de volatilité sur les options sur l’indice S&P 500.

Les positions vendeuses nettes ont certes été un peu réduites à 36.189 contrats contre 44.380 une semaine auparavant mais il s’agit de données au 5 juin. Or depuis, le Vix a encore reculé, tombant sous 12% pour la première fois depuis la fin janvier.

A mois de 12,50% actuellement, il est inférieur à sa valeur médiane sur les cinq dernières années qui est de 14,6%. Il avait connu il y a seulement quatre mois sa plus forte hausse jamais enregistrée, les investisseurs s’affolant devant une soudaine accélération de la croissance des salaires aux Etats-Unis qui aurait pu déclencher un durcissement monétaire de la Fed beaucoup plus rapide qu’anticipé.

Que le Vix ait baissé si rapidement laisse penser que les investisseurs ne sont guère enclins à protéger leurs positions et leurs portefeuilles en recourant au marché des options.

“Est-ce que les investisseurs ont renoncé à se couvrir? Se couvrir apparaît comme une mauvaise idée parce que vous finissez toujours par perdre de l’argent, même sur des événements contre lesquels vous vous êtes couverts comme le Brexit ou l’élection de Trump”, relève Matt King (Citi). “Jusqu’à présent, les marchés ont toujours rebondi dans la foulée.”

La situation n’est pas fondamentalement différente, bien que moins frappante, sur les devises ou l’obligataire.

Les politiques d’assouplissement quantitatif des banques centrales ont modifié la mentalité des investisseurs qui estiment qu’elles seront toujours prêtes à intervenir aux premiers signes de turbulences sur les marchés financiers ou de fragilité des économies, le fameux “put des banques centrales”.

Le S&P 500 a atteint un pic à 2.872 points le 26 janvier et chuté de plus de 10% dans les deux semaines qui ont suivi tandis que l’envolée de l’indice Vix secouait l’ensemble des marchés financiers mondiaux. Mais il s’est solidement repris depuis et a terminé la semaine dernière à moins de 100 points de son record. Le boom des valeurs technologiques continue de propulser le Nasdaq toujours plus haut.

Cet environnement a favorisé le développement de comportements moutonniers et peu d’investisseurs sont prêts à acheter de la volatilité, au moins pour l’instant.

Ce ne sont pourtant pas les risques à couvrir qui manquent même s’il est impossible et extrêmement coûteux de se protéger contre tous les aléas. Et si les banques centrales sont censées venir à la rescousse quoi qu’il arrive, pourquoi s’en préoccuper?

Mais les choses pourraient changer au second semestre. Pour Matt King comme pour les analystes de Morgan Stanley, la volatilité implicite est trop basse et la rémunération sur les ventes à découvert de volatilité est trop faible au vu des risques encourus en cas de remontée soudaine. Ils recommandent d’être acheteur de volatilité.

Le juge de paix pourrait bien être la longueur du cycle d’expansion aux Etats-Unis. Beaucoup d’économistes soulignent qu’au vu de sa durée et d’un taux de chômage au plus bas depuis des décennies, la phase de reprise pourrait bientôt arriver à terme. D’autres, comme les analystes de Blackrock, pensent que la croissance de l’économie américaine a encore de belles années devant elle.

“Vendre de la volatilité sur les actions, le crédit ou les taux semble bien audacieux sauf à être très optimiste sur la longévité du cycle”, résumait Morgan Stanley dans une note publiée le mois dernier.

Marc Joanny pour le service français, édité par Wilfrid Exbrayat

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