May 3, 2018 / 10:44 AM / in 2 months

GRAPHES-Dollar-La poursuite du rebond, une cote à six pour 10

* L’indice du dollar a rebondi de 4% depuis la mi-février

* Six facteurs pour une poursuite du mouvement-BofA Merrill Lynch

* Dix arguments en faveur d’une dépréciation - SYZ AM

* Une simple correction dans un marché baissier - NN IP

PARIS, 3 mai (Reuters) - Le rebond marqué du dollar depuis la mi-avril déjoue le consensus des prévisionnistes qui le voit s’affaiblir cette année et interrompt la phase de baisse amorcée fin 2016, après un début d’année incertain.

Cette remontée n’est-elle qu’une correction dans un mouvement baissier, à l’instar de celle que la devise américaine avait subie de la mi-septembre au début novembre l’an dernier, ou augure-t-elle d’un mouvement durable d’appréciation ?

L’indice mesurant l’évolution de la devise américaine face à un panier de six autres monnaies a repris près de 4% depuis son point bas (88,253) du 16 février. Celui-ci marquait un repli de près de 15% par rapport au pic de janvier 2017 (103,82), un plus haut de plus de 14 ans atteint dans la foulée de l’élection de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis.

La médiane des prévisions des stratégistes changes interrogés par Reuters ressort à 1,28 dollar pour un euro à un horizon d’un an contre moins de 1,20 dollar actuellement.

Après avoir annoncé un “come-back” du dollar au deuxième trimestre, les analystes de Merrill Lynch conseillent de surveiller six facteurs pour s’assurer que la devise américaine va continuer de s’apprécier comme ils le pensent.

BEAUCOUP DE “SI”

Ils recommandent ainsi de s’interroger sur la vigueur de l’économie américaine et sur l’évolution à venir de l’inflation. “Au delà d’une saisonnalité défavorable au premier trimestre, les données conjoncturelles vont-elles rester solides voire se renforcer alors que l’effet saisonnier va se dissiper et que les effets de la relance budgétaire vont se faire sentir?”

Ils soulignent par ailleurs que les marchés ont pour l’instant intégré une fin de cycle de relèvement des taux par la Fed l’année prochaine et une probabilité élevée de récession aux Etats-Unis dans les deux prochaines années.

“Si les données conjoncturelles aux Etats-Unis restent solides, les investisseurs vont-ils converger vers la trajectoire de taux annoncée par la Fed au travers des ‘dot plots’, et quand ?”, s’interrogent-ils. Troisième facteur à suivre: les rapatriements de profits “parqués” à l’étranger par les entreprises américaines, encouragés par les nouvelles dispositions fiscales adoptées par le Congrès fin 2017. Ils n’en sont qu’à leur début et seront en partie convertis en dollars, estiment les spécialistes de la banque d’investissement.

Les tensions commerciales en cours devraient en outre trouver une issue favorable et soutenir le billet vert, poursuivent-ils dans leur dernière note hebdomadaire sur les changes.

“Nous nous attendons à un compromis sur l’accord de libre-échange nord-américain (Aléna) et avec la Chine” continuent-ils. “S’il en allait autrement, tout le monde serait perdant. Les économies ayant des excédents extérieurs souffriraient le plus mais une guerre commerciale déclenchée par les Etats-Unis nuirait à la crédibilité des politiques américaines dans leur ensemble et serait négative pour le dollar.”

Les flux de capitaux montrent aussi un retour vers le dollar au cours des dernières semaines, notent-ils aussi tout en rappelant que la tendance de long terme des investisseurs, banques centrales comprises, est plutôt de réduire leur exposition au dollar.

“Si nous avons raison sur l’imminence d’accords commerciaux, il faut s’attendre à un retour des ventes de dollars par les banques centrales vers la tendance de long terme, ce qui permettra au dollar de se reprendre.”

Enfin, les difficultés de la zone euro, sous-estimées par les investisseurs, sont susceptibles de peser sur la parité euro-dollar, préviennent les analystes de Merrill Lynch.

“Nous voyons trois risques pour l’euro dans les mois à venir: une faiblesse persistante de l’économie, une trop grande complaisance des investisseurs vis-à-vis de l’Italie et nous ne sommes pas optimistes sur les réformes; en particulier, nous n’attendons pas de mesures décisives sur l’union budgétaire ou l’union bancaire.”

Dans le dernière enquête sur les changes réalisée par Reuters et publiée le 9 avril, BofA Merrill Lynch prévoyait un euro à 1,15 dollar à un horizon de trois mois, 1,17 dollar à six mois et 1,20 dollar à un an.

MARCHÉ BAISSIER

Pour Jaco Rouw et Thomas Ippoliti, responsables des investissements sur les changes de NN Investment Partners, le récent rebond du dollar n’est qu’une correction dans un marché baissier.

“Comme ce mouvement d’appréciation du dollar a coïncidé avec une nouvelle phase de hausse des rendements obligataires aux Etats-Unis avec le franchissement du seuil de 3% sur le dix ans, l’explication du rebond devrait être que des taux plus élevés aux Etats-Unis soutiennent le dollar. Mais il y a plusieurs difficultés avec ce récit”, estiment-ils.

S’il est probable que la Fed va continuer à relever ses taux, cela est déjà pris en compte par les marchés, selon eux.

“De plus, la Banque centrale européenne (BCE) - et peut-être la Banque du Japon (BoJ) - devraient aussi resserrer leur politique monétaire. En conséquence, il n’est pas acquis que les taux d’intérêt vont continuer à évoluer en faveur du dollar.”

Ils relèvent aussi que le lien traditionnel entre les taux d’intérêt et les taux de change ne s’est pas seulement rompu pour le dollar mais aussi pour de nombreux taux de change n’impliquant pas la devise américaine.

Concernant cette dernière, les spécialistes de NN IP notent que ce lien a notamment été cassé entre la mi-décembre et la mi-février bien que les marchés aient alors continué d’intégrer la perspective de la relance budgétaire américaine et de nouvelles hausses de taux par la Fed.

Pour eux, “l’augmentation du déficit budgétaire américain devient incontrôlable et les marchés s’inquiètent de son ampleur et d’un possible accroissement du déficit du compte courant”, ce qui pèse sur le dollar.

A leurs yeux, le rebond du dollar s’explique principalement par des ajustements de positions après neuf mois d’affaiblissement de la devise et un marché survendu.

“La vivacité de la récente appréciation du dollar et l’absence d’arguments convaincants en faveur de son appréciation laissent penser que nous n’assistons qu’à une nouvelle correction dans un marché baissier”, concluent-ils.

Pour les responsables de la gestion de SYZ Asset Management, il n’y a pas moins de dix arguments en faveur d’une dépréciation du billet vert en 2018.

“Le dollar américain poursuivra sa tendance baissière en 2018, et nous prévoyons un cours cible de 1,30 par rapport à l’euro”, écrivent-ils dans une note publiée à la fin du mois dernier.

Outre la dynamique relative des politiques monétaires entre la Fed d’un côté, la BCE et la BoJ de l’autre, ils mettent en avant les excédents de balance courante de la zone euro et du Japon, des facteurs de soutien structurel pour la devise européenne et le yen.

Ils notent aussi que les flux financiers qui ont soutenu le dollar ces dernières années devraient s’inverser.

“Compte tenu des taux négatifs des Bunds à 10 ans ou des emprunts d’Etat japonais (JGBs) de même échéance, les investisseurs européens et japonais avaient dû se tourner vers les bons du Trésor américain pour générer des rendements”, rappellent-ils.

“Désormais, le coût de couverture des paires de devises euro-dollar et yen-dollar rend cette diversification bien moins intéressante, a fortiori lorsque le taux des Bunds, et peut être un jour des JGBs, sont positifs.”

Ils font aussi observer que les programmes d’achats d’emprunts d’Etat de la BCE et de la BoJ étaient nettement supérieurs aux émissions nettes, contrairement à celui de la Fed, ce qui pourrait exercer une pression haussière plus forte sur les taux européens (et potentiellement japonais) que sur les américains au moment de la normalisation de la politique monétaire.

“Les valorisations des actions européennes et japonaises sont moins élevées que celles des américaines tandis que leur potentiel de croissance semble supérieur au vu du stade de leur cycle économique”, font-ils aussi valoir.

Ils notent par ailleurs que la Chine exerce une pression baissière sur le dollar en ne laissant pas chuter le cours de sa monnaie de peur d’être accusée de manipulation du taux de change et en achetant moins d’emprunts d’Etat américains qu’en temps normal.

Sources :

*USD rally is probably just a correction. House View. NN Investment Partners. 2 may 2018

*The USD comeback. Global FX Weekly. Merrill Lynch. 27 avril 2018

*Dix arguments en faveur d’une dépréciation du dollar en 2018. Focus. SYZ Asset Management. Avril 2018

Marc Joanny, édité par Marc Angrand

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