April 10, 2018 / 10:16 AM / 3 months ago

GRAPHES-2018, le printemps des télécoms ?

* Nette sous-performance du secteur depuis deux ans

* La croissance est de retour

* Des opportunités stratégiques internes comme externes

PARIS, 10 avril (Reuters) - Pénalisés en Bourse par un environnement déflationniste, de faible croissance et une image de fournisseurs de tuyaux, les opérateurs télécoms pourraient connaître un retour en grâce estiment des gérants qui soulignent la faible valorisation du secteur et la capacité de certains de ses acteurs à embrasser de nouvelles opportunités.

L'indice sectoriel européen des télécoms a dans l'ensemble sous-performé l'indice large Stoxx 600 depuis la sortie de la crise financière et les deux évoluent même à front renversé depuis la mi-2016, conséquence de l'incapacité du secteur à dégager de la croissance, estime Cédric Pointier, analyste buy-side sur le secteur chez Groupama Asset Management. Graphique: bit.ly/2Jw8GKu

“Les télécoms affichent la plus faible croissance dans le secteur des technologies de la communication et de l’information”, ajoute-t-il.

Graphique: bit.ly/2II8irh

“Il n’y aurait pas eu de révolution digitale sans les évolutions de technologies, d’architectures de réseaux et de hausse de débits mais les opérateurs ont supporté tous les coûts sans en tirer aucun bénéfice”, rappelle Cédric Pointier, soulignant les déséquilibres au sein de la chaîne de valeur du digital.

Graphique : bit.ly/2qkJ0YE

“DES VALORISATIONS RIDICULEMENT BASSES”

Pour Jeffrey Taylor, responsable des investissements en actions européennes d’Invesco, “les valorisations dans les télécoms sont aujourd’hui ridiculement basses”.

Son fonds actions zone euro, Invesco Euro Equity Fund est surexposé sur ce secteur qui pèse 3,7% de son indice de référence, le MSCI EMU, mais représente 11,5% du portefeuille, Orange en constituant la première ligne à près de 3,8% des actifs et Telefonica la cinquième à 3,31%.

“J’ai une prédilection pour les situations qui combinent un certain potentiel de reprise de la croissance des bénéfices et des valorisations basses”, poursuit Jeffrey Taylor.

Il souligne ainsi que les bénéfices cumulées dans certains secteurs sont actuellement très supérieurs au précédent pic d’avant la grande crise financière de 2008 alors même que ces secteurs affichent des primes de valorisation très élevées.

A l’inverse, d’autres secteurs comme la finance, l’énergie ou les télécoms dégagent des résultats cumulés encore très inférieurs au pic d’avant la crise et des décotes importantes.

Graphique : bit.ly/2GKLyGf

“La plupart des investisseurs restent convaincus que les télécoms correspondent à une situation sans issue, sans la moindre possibilité d’amélioration”, déplore Jeffrey Taylor.

“Cela était peut-être vrai par le passé mais ce n’est plus le cas maintenant et avec un peu de croissance qui revient, cela devrait mener à une inflation graduelle des multiples accordés à ce secteur en Bourse”.

Prenant l’exemple d’Orange, il note la tendance à l’amélioration des revenus, de l’Ebitda et même des free cash flows de l’opérateur aussi bien sur le marché français qu’en Espagne, son deuxième marché le plus important.

Graphique : bit.ly/2GM5Bs3

“Ce qui a changé chez Orange et pour certaines sociétés de ce secteur, c’est peut-être la monétisation partielle, graduelle de l’appétit des consommateurs et des entreprises pour des services liés aux data”, estime Jeffrey Taylor qui met particulièrement en exergue l’opérateur finlandais Elisa , “archi-efficace, vraie machine à dividende”, qui surperforme nettement le secteur depuis deux ans.

B2B PLUS QUE B2C

Cédric Pointier estime aussi qu’après des années sur la défensive, les opérateurs télécoms retrouvent des marges de manoeuvre, qui dépendent en partie de leur situation financière et de leur capacité à gérer la transformation et les risques réglementaires.

Pour lui, deux choix stratégiques sont possibles avec d’un côté la recherche de l’efficacité opérationnelle et de l’autre la pénétration de nouveaux marchés.

Sur le premier, il met en avant les économies qui peuvent encore être réalisées grâce à l’amélioration de la relation et de la satisfaction client et aux efforts possibles pour rationaliser la distribution - de la réduction des commissions distributeurs à la simplification des offres commerciales en passant par une meilleure segmentation du portefeuille clients.

Un autre axe réside dans la simplification des architectures réseaux par le recours aux technologies SDN et NFV et dans la standardisation des équipements.

Au-delà de ces opportunités internes, Cédric Pointier note que les opérateurs multiplient aussi les initiatives pour capter de nouvelles sources de revenus en s’appuyant sur leurs actifs clés que sont leurs réseaux et leurs réservoirs de données sur leurs clients. Il cite sur ce dernier point l’exemple de Vodafone où plus de 1.000 personne travaillent sur les “Data analytics”, le groupe ayant mené une réflexion sur l’utilisation interne et externe de ses données.

Il estime toutefois que les possibilités les plus prometteuses se situent dans les services aux entreprises (B2B) plutôt que vers les abonnés individuels (B2C).

“En première approche, le marché B2C restera difficile sauf pour les opérateurs capables d’une vraie proposition de valeur au client contre ses données personnelles”, prévient-il prenant toutefois l’exemple de VEON, ex-Vimplecom, qui offre des services gratuits à ses abonnés en échange de la possibilité de monétiser leurs données utilisateurs.

Il note aussi que les opérateurs, qui pour certains ont déjà saisi des opportunités en matière de paiements et de transferts de fonds, notamment dans les pays émergents, pourraient investir le marché de la banque en ligne, à l’image d’Orange.

Mais c’est dans le B2B que les opportunités lui semblent les “plus légitimes” qu’il s’agisse de la publicité digitale, du cloud, de la cybersécurité ou des promesses de l’internet des objets.

Si le marché de la publicité digitale est très largement dominé par les géants de l’internet, sa taille évaluée à près de 300 milliards de dollars à l’horizon 2020 par Magna, filiale d’Interpublic, et la méfiance croissante des internautes, peut permettre aux opérateurs d’y trouver une place, estime Cédric Pointier.

Il cite le récent rachat du spécialiste de la publicité en ligne Teads par Altice, le rachat de Yahoo par Verizon Wireless ou le blocage par l’opérateur des Caraïbes Digicel des publicités Google afin de s’approprier une part des profits ou de contraindre le géant du Net à un partage de revenus.

Dans le déploiement des services B2B, lui aussi met Telefonica en avant, citant notamment la diversification de l’opérateur historique espagnol dans le cloud, la cybersécurité, ou l’intelligence artificielle avec son outil Aura. Mais, il mentionne également Deutsche Telekom pour ses investissements dans le Cloud et la cybersécurité ou l’acquisition par Verizon Wireless du spécialiste irlandais de la gestion à distance de flotte automobile, Fleetmatics.

Le déploiement des opérateurs dans les services digitaux présente toutefois un risque réglementaire marqué, prévient Cédric Pointier, soulignant la sensibilité de la question des données personnelles dans un contexte de régulation européenne en évolution avec l’entrée en vigueur le mois prochain du Règlement général sur la protection des données (RGPD) ou la réflexion en cours sur la ePrivacy, “qui reste un point d’incertitude pour les industriels du secteur.”

Sources :

* European Equities. Opportunities in changing markets. Jeffrey Taylor. Head of European Equities. Invesco. Présentation le 4 avril 2018.

* Big Browser : Les opportunités digitales dans les télécoms. Présentation Groupama Asset Management. 27 mars 2018 (Marc Joanny, édité par Jean-Michel Bélot)

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