February 28, 2018 / 3:20 PM / 4 months ago

Berlin face au casse-tête de l'interdiction des moteurs diesel

par Madeline Chambers

BERLIN, 28 février (Reuters) - Le gouvernement allemand s’est efforcé mercredi de trouver des pistes pour éviter une multiplication des interdictions des véhicules diesel dans les villes d’Allemagne et rassurer ainsi automobilistes et constructeurs au lendemain d’une décision de justice autorisant une telle mesure antipollution.

Le jugement du tribunal administratif fédéral de Leipzig a mis dans l’embarras le gouvernement d’Angela Merkel, accusé d’entretenir des liens étroits avec une industrie automobile qui emploie environ 800.000 personnes en Allemagne, berceau du moteur à combustion.

Il contraint en outre les constructeurs à envisager de coûteuses modifications sur leurs modèles alors qu’ils font déjà face à de lourds investissements dans le développement de modèles électriques.

Le gouvernement s’emploie à minimiser le risque d’interdictions généralisées des voitures diesel dans les centres urbains, qui, selon les estimations des constructeurs, pourraient réduire la valeur à la revente de 15 millions de véhicules en Allemagne, premier marché automobile d’Europe.

“C’est un sujet compliqué. Il y a des situations différentes dans des villes différentes”, a déclaré le porte-parole du gouvernement, Steffen Seibert.

Affirmant que les niveaux de dioxyde d’azote (NOx) avaient baissé ces dernières années, il a jugé que de nombreuses villes n’auraient pas besoin de recourir à de telles interdictions pour préserver la santé de leurs habitants. Il a toutefois reconnu que des solutions devaient être trouvées pour les villes affichant toujours des niveaux élevés de NOx susceptibles de provoquer des maladies respiratoires.

“Nous nous attendons à ce que les villes présentant des dépassements modérés n’aient pas à recourir à des interdictions”, a-t-il ajouté.

DISSENSIONS ENTRE CONSERVATEURS ET SOCIAUX-DÉMOCRATES

Le futur gouvernement en cours de négociation entre les conservateurs d’Angela Merkel et les sociaux-démocrates pourrait envisager au niveau national la création d’une vignette bleue collée sur les véhicules les plus polluants, ouvrant ainsi la voie à leur bannissement de certaines zones en fonction des circonstances, a dit Steffen Seibert. Les détails d’un éventuel dispositif de ce type ne sont pas encore arrêtés.

Depuis que Volkswagen a reconnu en septembre 2015 avoir manipulé des tests antipollution aux Etats-Unis, les constructeurs allemands dans leur ensemble, y compris Daimler et BMW, sont confrontés à une hostilité croissante vis-à-vis de la technologie diesel, dans laquelle ils ont beaucoup investi.

Malgré leurs engagements à produire davantage de véhicules électriques, il leur est reproché, ainsi qu’au gouvernement, de ne pas prendre d’initiatives plus fortes telles qu’un abandon progressif du diesel ou l’adoption de solutions technologiques plus coûteuses mais plus efficaces pour réduire la pollution.

La France et la Grande-Bretagne comptent interdire d’ici 2040 la vente de voitures à moteur essence ou diesel.

En Allemagne, toute prise de décision est actuellement compliquée par la situation politique du pays, suspendue au vote des adhérents du Parti social-démocrate (SPD) sur le renouvellement de leur alliance gouvernementale avec les conservateurs.

Le sujet de la pollution automobile est un facteur de divisions, illustré mercredi par les propos d’un porte-parole du ministère des Transports, tenu par les conservateurs, selon lequel la modification des véhicules diesel coûtera très cher et doit être mise en relation avec la valeur du véhicule.

Heiko Maas, ministre social-démocrate de la Justice et de la Protection des consommateurs, a jugé pour sa part que c’était aux constructeurs de trouver les solutions.

“Les automobilistes ne doivent pas payer l’addition de la défaillance de l’industrie automobile”, a-t-il dit, cité par le quotidien Rheinische Post, ajoutant que “des mises à jour de logiciels ne suffisent pas”.

Parmi les mesures parfois avancées en Allemagne figure la gratuité des transports publics dans certaines villes. Le gouvernement envisage aussi d’interdire la circulation de véhicules diesel sur certaines routes dans des circonstances exceptionnelles. (Bertrand Boucey pour le service français, édité par Wilfrid Exbrayat)

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