March 26, 2018 / 10:04 AM / a month ago

PORTRAIT-L'Oréal-Nicolas Hieronimus, un gagnant aux portes du pouvoir

par Pascale Denis

PARIS, 26 mars (Reuters) - Nicolas Hieronimus, propulsé numéro deux de L’Oréal en mai 2017, est inconnu du grand public mais fait figure de favori dans la course à la direction du leader mondial des cosmétiques.

Sa nomination comme directeur général adjoint, un poste créé sur mesure pour lui, a été ressentie au sein du groupe comme un signal pour la succession du PDG Jean-Paul Agon qui a annoncé qu’il quitterait ses fonctions à 65 ans, en 2021.

“Nicolas Hieronimus est clairement perçu comme le futur dirigeant et les gens seraient très surpris si ce n’était pas lui”, note un cadre de L’Oréal sous couvert d’anonymat.

Certains, en interne, évoquent même une possible passation de pouvoir anticipée avec une scission des fonctions, Jean-Paul Agon prenant la présidence et Nicolas Hieronimus la direction générale.

Interrogé, L’Oréal s’est refusé à tout commentaire, tandis que Nicolas Hieronimus, lui, assure être “animé par la réussite du groupe dans un monde qui se transforme à grande vitesse”.

A l’heure où le digital et l’intelligence artificielle peuvent remettre en cause les positions acquises des grands groupes, la réactivité et l’agilité comptent parmi les grands défis auxquels doit faire face une entreprise qui pèse plus de 26 milliards d’euros de chiffre d’affaires.

A 54 ans, cet homme énergique et souriant, né à Paris d’une mère ingénieur et d’un père communicant devenu scénariste, a brillamment gravi les échelons d’une carrière de pur l’oréalien.

Diplômé de l’Essec, il a le marketing chevillé au corps et choisit L’Oréal, séduit par les oeuvres d’art qui ornent le siège du groupe, alors propriétaire de la galerie Artcurial.

“La beauté, c’est le plus beau métier du monde, c’est créer des produits qui ont pour vocation à rendre les gens plus beaux”, a-t-il confié à Reuters depuis ses nouveaux bureaux de Levallois-Perret (Hauts-de-Seine).

Il débute en 1987 comme chef de produit chez Garnier, où il signe son premier succès avec la création des shampoings Fructis aux flacons vert pomme, devenus emblématiques de la marque.

TOURNANT

Après avoir dirigé L’Oréal Paris en France puis dans le monde, il prend les rênes de la filiale mexicaine du groupe avant de revenir en France comme PDG de la division de produits dits “professionnels”, vendus dans les salons de coiffure.

Le véritable tournant de sa carrière interviendra en 2011 avec sa nomination à la tête de la division de produits de luxe et ses marques Lancôme, YSL ou Armani.

Sous sa houlette, dans un marché tiré par l’explosion des ventes de maquillage liée à la mise en scène de soi sur les réseaux sociaux, les ventes décollent.

Depuis 2011, la division signe une croissance moyenne annuelle de 7,7% en données comparables, la plus solide de l’ensemble des divisions du groupe. Yves Saint Laurent, Armani et Kiehl’s franchissent le cap du milliard d’euros de chiffre d’affaires. Celui de Lancôme dépasse les 2,5 milliards.

Il pilote également avec succès l’acquisition des marques américaines Urban Decay et IT Cosmetics, puis, en tant que directeur général en charge des division sélectives, le développement du “travel retail” (ventes aux voyageurs).

“Il y a eu une sorte d’alchimie entre L’Oréal et lui et je pense qu’il voit plus loin que la plupart des gens”, estime Fabrice Boé, PDG d’Inès de la Fressange et ancien de L’Oréal.

Seule ombre au tableau: le rachat de Clarisonic. Les ventes de ces brosses de nettoyage pour la peau ne sont pas au rendez-vous, contraignant L’Oréal à passer, en 2016, 234 millions d’euros de provisions pour dépréciation d’actifs.

“IL ADORE GAGNER”

Dans le groupe, certains louent son écoute et sa capacité d’entraînement. “Il a un vrai leadership, sait s’entourer et il est très apprécié”, commente Marc Dubrule, directeur de la prospective et de l’intelligence consommateur, tandis que d’autres évoquent une attitude parfois cassante.

Lui, estime que sa “capacité à donner confiance tout en faisant preuve d’exigence est une clé de succès importante”.

“L’exigence, c’est une évidence dans une entreprise leader très attaquée (...) on ne peut se permettre des approximations.”

Nicolas Hieronimus aime le terrain. Il est curieux mais aussi très intuitif, selon Elie Ohayon, son ami depuis l’Essec. “Il sait capter l’air du temps et c’est une force dans une entreprise qui doit saisir les tendances.”

En voyage, il demande toujours à la filiale locale de lui préparer une sélection de produits pour découvrir et essayer de nouvelles marques, raconte Marc Dubrule.

Sportif, passionné de vélo qu’il pratique chaque week-end, Nicolas Hieronimus est aussi tenace et mû par un fort esprit de compétition, un atout dans un groupe réputé pour son exigence de résultats et la pression à laquelle sont soumis ses salariés.

“C’est quelqu’un qui adore gagner. Il est très déterminé. Il ne lâche rien, mais toujours avec le sourire”, note Chris de Lapuente, PDG de Sephora (groupe LVMH). “Il est très ambitieux et quand il fait quelque chose, ce n’est pas pour finir deuxième”, confirme un proche.

De l’avis général, il est aussi doué d’une mémoire hors du commun. “Il est légèrement hypermnésique et peut vous donner les scores d’un match PSG-Barça d’il y a cinq ans”, commente un de ses amis, Frédéric Messian, PDG de l’agence de design Lonsdale.

La silhouette svelte et sanglée dans d’impeccables costumes près du corps, Nicolas Hieronimus ne collectionne pas les montres de luxe ou les chaussures sur mesure et avoue pour seul luxe d’aimer “confortablement voyager”.

Hormis la fréquentation du Siècle, prestigieux cénacle parisien de la politique et des affaires, il ne goûte guère les mondanités et, aux dires de ses proches, reste fidèle en amitié.

Amateur de cinéma américain, de science-fiction, de musique RnB ou encore de pop anglaise, il peut aussi passer quatre heures dans un festival électro avec ses fils de 21 et 16 ans. “La musique fait partie des moments où l’on peut se retrouver avec ses enfants. C’est une bonne façon de garder le contact avec ce qui se fait”, dit-il.

Avec Jean-Paul Agon, le partage des tâches est acté. A Nicolas Hieronimus la stratégie des divisions et des marques. Au PDG les fonctions transversales touchant notamment les finances, l’industrie ou la recherche.

A ses débuts, Nicolas Hieronimus vantait les vertus d’Invisible, une laque de Garnier. Il pourrait, plus d’une trentaine d’années plus tard, prendre davantage la lumière. (Avec Sarah White, édité par Jean-Michel Bélot)

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