February 7, 2018 / 3:42 PM / 6 months ago

France-Avis de gros temps social pour le gouvernement

* Après les prisons et les Ehpad, grève des fonctionnaires

* Spectre d’un conflit dur à la SNCF

* Impatiences sur l’emploi et le pouvoir d’achat

par Elizabeth Pineau

PARIS, 7 février (Reuters) - Bronca des fonctionnaires et des retraités, grogne à la SNCF, grèves dans les prisons et les maisons de retraite : des incendies s’allument pour Emmanuel Macron confronté à l’impatience des Français sur l’emploi et le pouvoir d’achat.

Au pouvoir depuis huit mois sans réel frein de la rue, le chef de l’Etat s’est retrouvé début 2018 confronté au long conflit des gardiens de prisons, tardivement circonscrit par la ministre de la Justice, Nicole Belloubet. Puis, à la grève inédite des établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) qui a mis en lumière des souffrances constatées dans l’intimité de la quasi-totalité des familles.

Dans la grande distribution, la réorganisation de Carrefour , qui prévoit des départs volontaires, fait hausser le ton des syndicats inquiets pour l’emploi.

A peine esquissée la semaine dernière, la réforme de la fonction publique envisageant un plan de départs volontaires et 120.000 fonctionnaires de moins en 2022 vaudra à Emmanuel Macron une journée d’action le 22 mars, à l’appel de tous les syndicats du secteur à l’exception de l’Unsa et de la CFDT.

La colère monte aussi à la SNCF, où le rapport à venir sur l’ouverture à la concurrence du rail préparé par Jean-Cyril Spinetta, ex-PDG d’Air France, réveille le spectre d’une grève des cheminots attachés à leur statut aussi forte que celle de 1995, qui avait paralysé le pays pendant trois semaines.

“Les conditions sont réunies pour aller vers un mouvement plus dur qu’en 1995”, déclare mercredi dans Le Parisien un délégué Sud-Rail, Fabien Villedieu.

“2018 EST UNE ANNÉE DIFFICILE”

Après des premiers mois menés tambour battant et le vote d’une batterie de lois - via des ordonnances pour la réforme du travail - censées débloquer un pays dont l’avènement d’Emmanuel Macron a incarné la volonté de changement, le “choc de perception” espéré par la majorité tarde à venir.

“Effectivement, 2018 est une année difficile, on a voté beaucoup de choses, ça va prendre du temps pour vraiment se voir dans les effets”, reconnaissait lundi sur France Inter la députée LaRem Amélie de Montchalin.

Le gouvernement fait, lui aussi, montre de pédagogie. “Notre stratégie ce n’est pas de redistribuer de la richesse avant de l’avoir créée, c’est de créer plus de richesses par les entreprises, par les entrepreneurs, par l’emploi, pour pouvoir la redistribuer à ceux qui en ont le plus besoin”, a tenté d’expliquer mercredi à l’Assemblée nationale le ministre de l’Economie et des Finances, Bruno Le Maire.

La croissance a beau avoir été plus forte que prévu l’an dernier - 1,9% contre 1,7% anticipé par le gouvernement -, le chômage ne baisse que légèrement en attendant la triple réforme formation-apprentissage-assurance chômage prévue cette année, pour une entrée en vigueur en 2019.

Des sujets déjà âprement débattus par les partenaires sociaux qui soupçonnent le gouvernement de vouloir, au final, décider sans eux. “Nous ne resterons pas obligatoirement si nous ne sommes que spectateurs d’un système ingouvernable”, prévenait mardi le président du Medef, Pierre Gattaz.

En attendant la suppression de la taxe d’habitation promise, les baisses de cotisations qui devaient redonner en janvier du pouvoir d’achat à 20 millions de salariés n’ont pas compensé le malaise ressenti par quelque 60% de retraités touchés par la hausse de la contribution sociale généralisée.

WAUQUIEZ ATTAQUE SUR LE THÈME DU “PAYS RÉEL”

Les seniors, qui manifesteront de nouveau le 15 mars, sont parmi les plus nombreux à retirer leur confiance à Emmanuel Macron - dix points de moins dans le baromètre Elabe pour Les Echos et Radio classique de février.

Dans ce sondage, le chef de l’Etat perd quatre points, à 38% de bonnes opinions, au même niveau que son prédécesseur François Hollande à la même période de son quinquennat.

Dans une autre enquête Odoxa-Dentsu Consulting pour Le Figaro et franceinfo, 87% des Français approuvent les récentes journées d’action mettant en exergue le manque de moyens et d’effectifs et les deux tiers d’entre eux (64%) jugent possible “un mouvement de contestation généralisé”.

Surfant sur ce thème, le président des Républicains, Laurent Wauquiez, accuse Emmanuel Macron d’ignorer le “pays réel” dont lui-même se veut le héraut, malgré les divisions de son camp.

A ses yeux, aucun doute : la défaite de la majorité dimanche dans deux élections législatives partielles disputées dans le Val-d’Oise et le Territoire de Belfort constitue un “désaveu” adressé au pouvoir par le pays.

Des attaques repoussées mercredi par Christophe Castaner, délégué général de La République en marche (LaRem), qui entend précisément être la “vigie” des territoires grâce à un ancrage local fort de plus de 380.000 adhérents revendiqués.

“Ces impatiences, ces constats d’échec étaient partagés par tous les Français, c’est ce qui a amené à la fois à ce dépassement politique et à cette transformation que nous proposons”, a-t-il dit devant la presse. “Celles et ceux qui nous expliquent que nous sommes déconnectés du pays réel sont celles et ceux qui ont porté le pays dans la réalité qu’il est”. (Avec Caroline Pailliez, édité par Yves Clarisse)

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