February 7, 2018 / 1:57 PM / 7 months ago

LEAD 1-France-Nouvelle dégradation du déficit commercial en 2017

    * Deuxième année de dégradation après quatre ans d'amélioration
    * Eléments encourageants sur les exportations, la reprise du tourisme 
    * La nouvelle stratégie pour l'export présentée le 23 février
    * Pas d'amélioration anticipée pour 2018 

 (Actualisé tout du long avec déclarations de Jean-Baptiste Lemoyne, précisions
supplémentaires)
    PARIS, 7 février (Reuters) - La balance commerciale de la France s'est
creusée en 2017 pour la deuxième année consécutive, enregistrant sa plus forte
dégradation depuis 2011, pénalisée par l'alourdissement de la facture
énergétique et un déficit manufacturier record. 
    Selon les données publiées mercredi par les Douanes, le déficit commercial a
atteint 62,3 milliards d'euros l'an dernier, contre 48,3 milliards en 2016. 
    La balance commerciale de la France - dont le dernier excédent remonte à
2003 - a enregistré l'an dernier son déficit le plus élevé depuis 2012, alors
que quatre années d'amélioration s'étaient succédé sur la période 2012-2015.    
    "On n'atteint pas l'annus horribilis de 2011" - avec un déficit de 74,5
milliards - mais ces chiffres "montrent l'ampleur des défis à relever", a
déclaré Jean-Baptiste Lemoyne, secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Europe
et des Affaires étrangères, lors d'un point de presse. 
    Dans un contexte marqué par l'accélération de la croissance du commerce
mondial, les échanges de la France sont également repartis à la hausse. 
    
    LA REPRISE DOPE LES IMPORTATIONS
    Les exportations, qui avaient reflué de 0,6% en 2016, ont augmenté de 4,5%,
soit leur meilleur taux de croissance depuis 2011, pour atteindre un montant de
473,2 milliards d'euros. Mais les importations ont bondi dans le même temps de
6,8%, à 535,5 milliards, après une hausse limitée à 0,1% l'an dernier.
    Au-delà de la hausse des importations d'énergie (+24,6% à 56,8 milliards
d'euros), la vigoureuse progression des importations a notamment été alimentée
par une demande intérieure dynamique, sur fond de reprise économique.
    La hausse de la demande des entreprises s'est notamment manifestée par la
reprise des achats de biens intermédiaires et l'accélération des importations
d'équipements, en lien avec un recours accru au dispositif fiscal de
suramortissement des investissements, arrivé à échéance en avril.  
    Côté exportations, la progression est quasi généralisée, à l'exception des
livraisons aéronautiques et spatiales, en repli de 3,8% à 55,7 milliards en 2017
par rapport à leur niveau record des deux années précédentes à 57,9 milliards.
    Les plus fortes hausses sont à mettre au crédit des secteurs des parfums et
cosmétique (+11,0%), des produits chimiques (+8,3%) et de l'agroalimentaire
(+6,2%).
    L'automobile a largement contribué, les exportations de véhicules affichant
leur plus forte hausse depuis 2010 (+12,6%), pour atteindre un montant total de
32,9 milliards en 2017, soit le niveau le plus élevé des dix dernières années.
    A 5,7 milliards d'euros, les exportations militaires s'inscrivent en
revanche en repli après les ventes record de 2016. 
    
    REFONTE DU SYSTÈME DE SOUTIEN À L'EXPORT    
    Globalement, ces évolutions ont entraîné une amélioration significative des
soldes liés aux parfums et à l'automobile, alors que la plupart des soldes
sectoriels se sont dégradés, en particulier l'aéronautique dont l'excédent s'est
réduit d'un milliard d'euros (-5,6% à 17,4 milliards). 
    Le déficit manufacturier, hors pétrole raffiné, s'est creusé de 5,3
milliards en 2017 pour atteindre un montant record de 40,6 milliards, tandis que
la facture énergétique s'est alourdie de 7,5 milliards (+24% à 39,0 milliards). 
    A l'inverse de la balance commerciale, la balance des services, à
l'équilibre en 2016, a vu son excédent augmenter l'an dernier à 5,4 milliards. 
    Cette progression s'explique principalement par l'amélioration de l'excédent
des services de voyages, en hausse de 7,6% à 41,3 milliards d'euros du fait
d'une reprise de la fréquentation touristique après les attentats ayant frappé
la France en 2015 et 2016.
   Cette "attractivité touristique retrouvée", avec un "rebond bien réel",
représente pour Jean-Baptiste Lemoyne un autre "signe encourageant", en plus du
dynamisme de l'export.  
    Mais ces chiffres montrent "qu'il va falloir se retrousser les manches pour
redonner à l'économie française un allant supplémentaire, et c'est tout l'objet
d'ailleurs des réformes" déjà lancées par le gouvernement dans le domaine du
droit du travail et en matière fiscale, a-t-il déclaré.  
    "On ne peut pas rester les bras ballants, on doit faire plus que prendre
juste la part qui pourrait nous revenir automatiquement", a souligné
Jean-Baptiste Lemoyne en ajoutant : "Il faut aller à l'offensive, créer une
véritable équipe de France à l'export".  
    Pour augmenter le nombre d'entreprises exportatrices - stable autour de
124.000 - et une part de marché qui n'a fait qu'interrompre son érosion en se
stabilisant, le gouvernement prépare une réforme des dispositifs de soutien au
commerce extérieur.
    Le Premier ministre présentera le 23 février la stratégie de soutien à
l'export, qui visera à avoir un système "efficace, opérationnel, depuis nos
territoires et jusqu'à l'international", pour plus "de fluidité et de
simplicité", a précisé Jean-Baptiste Lemoyne. 
    L'amélioration de la balance commerciale de la France, qui devrait aussi
être soutenue par des "accords de commerce ambitieux, qui permettent d'ouvrir de
nouveaux marchés", ne devrait cependant pas être immédiate.    
    A l'automne, le gouvernement tablait sur une stabilisation du déficit
commercial en 2018 après une dégradation en 2017, sous l'hypothèse d'un gel du
prix du pétrole. 
    Après plusieurs années marquées par des éléments conjoncturels favorables
(baisse des prix de l'énergie et de l'euro), la faiblesse du dollar ne constitue
pas un facteur d'inquiétude pour Jean-Baptiste Lemoyne, qui estime que "le
change n'est pas le principal déterminant de nos exports".          
    De son côté, l'assureur-crédit Euler Hermes se montre moins optimiste et
anticipe un déficit commercial atteignant 70 milliards en 2018.
    "Malgré un contexte conjoncturel porteur, la France souffre encore de
faiblesses structurelles, comme sa dépendance énergétique. C'est ce qui nous
empêche d'inverser la tendance pour le moment", explique Stéphane Colliac,
économiste France chez Euler Hermes, dans un communiqué. 
       
    Données détaillées sur le site des Douanes : 
    bit.ly/2GTRyNo
        
 Le point sur la conjoncture française               
 Graphique: Les chiffres clés de l'économie  tmsnrt.rs/2B7G9qP
   

 (Yann Le Guernigou et Myriam Rivet, édité par Sophie Louet)
  
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