February 5, 2018 / 3:33 PM / in 10 months

GRAPHES-Actions-La hausse des profits, une assurance en trompe-l'oeil?

PARIS, 5 février (Reuters) - La hausse attendue des profits des entreprises cette année n’est peut-être pas la planche de salut des marchés actions, confrontés depuis la mi-décembre à une brusque remontée des rendements qu’ils avaient jusqu’à présent bien absorbée.

Les perspectives de hausse des profits des entreprises pourraient s’avérer optimistes, ce qui contribuerait à conforter le mouvement de correction sur les marchés actions amorcé fin janvier.

Les analystes de Bank of America Merrill Lynch notent la corrélation étroite entre l’évolution des prévisions de bénéfice par action pour l’indice MSCI des Bourses mondiales et le niveau moyen sur trois mois glissants de l’indice PMI manufacturier aux Etats-Unis. Et ils n’excluent pas des déceptions à venir si ce dernier venait à confirmer le retournement qu’il a récemment amorcé après avoir atteint un pic historique.

Pour Eric Bourguignon, directeur général délégué chez Swiss Life Asset Management, “il y a un lien direct entre la vigueur de la conjoncture et la remontée des taux”.

Dans l’environnement actuel, la capacité du marché à absorber une forte hausse de taux est limitée au vu des valorisations tendues, notamment sur le marché du crédit ou de certains émetteurs souverains, estime-t-il.

“En ce qui concerne la vigueur de la reprise économique mondiale, l’on est passé en un an des conjectures à la conjoncture” note-t-il ajoutant qu’une reprise soutenue et auto-entretenue entraîne mécaniquement une remontée des anticipations d’inflation, de resserrement des politiques monétaires et des rendements.

“Les banques centrales doivent se retirer du jeu, ce n’est qu’une question de temps pour qu’elles soient toutes dans le même sens.”

Eric Bourguignon souligne aussi que la hausse des taux n’est pas nouvelle. “On a l’air de découvrir que les taux montent mais ils ont plus que doublé depuis la mi-2016” sans que cela ait entravé jusqu’à tout récemment la hausse des actifs risqués qu’il s’agisse des actions ou du crédit à haut rendement.

“Nous sommes rentrés dans un cycle de hausse de taux et ce changement de régime doit inciter à la prudence”, poursuit-il, d’autant que “les banques centrales n’ont plus guère de marge de manoeuvre en cas de dérapage sur les marchés financiers.”

CHANGEMENT DE RÉGIME ?

Withold Bahrke, stratégiste chez Nordea Asset Management constate lui aussi que ce mouvement de remontée généralisée des taux.

Le rendement des obligations d’Etat américaines à dix ans a récemment atteint son plus haut niveau depuis 2014 et le rendement à deux ans évolue à un pic inédit depuis 2008, rappelle-t-il.

“Les investisseurs se demandent aujourd’hui si ces mouvements marquent l’inversion d’un cycle baissier des taux d’intérêt ancré depuis plusieurs décennies, ce qui signifierait un changement de régime pour les marchés et l’économie.”

Pour Withold Bahrke, la volatilité des obligations pourrait repartir à la hausse mais l’évolution du marché obligataire ne marque pas un renversement majeur de la tendance.

“Les ‘Trumponomics’ ont été un facteur clé de l’évolution récente des rendements des bons du Trésor américains, qui se sont révélés très corrélés à l’agenda politique - assez mouvant - du président américain Donald Trump. Les réductions d’impôts ont été déterminantes dans la hausse des rendements”, estime-t-il.

“Le marché est convaincu que la croissance va accélérer à court terme et que la Réserve fédérale est davantage disposée à augmenter ses taux directeurs dans le sillage de ces réductions d’impôts.”

Il relève aussi que les allégements fiscaux vont creuser le déficit budgétaire américain, ce qui entraînera une augmentation des émissions d’obligations d’Etat, et que les anticipations d’inflation se sont redressées.

“Ces conditions ont incité les opérateurs de marché à renforcer leurs positions baissières sur les obligations souveraines et peuvent soutenir la hausse des taux d’intérêt à court terme.”

Mais pour Withold Bahrke, l’environnement de faible inflation en vigueur depuis plusieurs années n’est pas remis en cause à moyen terme en raison des freins à la hausse des salaires.

“Nous ne croyons pas à la fin des obligations d’Etat en tant que classe d’actifs et notre scénario est celui d’une correction temporaire mais sans renversement du cycle d’appréciation pluriannuel que nous connaissons”, écrit-il dans une note publiée lundi.

“Si les rendements obligataires se maintiennent autour des niveaux actuels, les investisseurs en actions peuvent continuer à se tourner vers les classes d’actifs dites risquées (...) mais une nouvelle hausse des taux obligataires risquerait d’interrompre la progression des actions”, prévient-il toutefois.

Sources :

*Doit-on s’attendre à un changement de régime des marchés financiers ? Démystifier la hausse récente des rendements obligataires. Nordea Asset Management. 5 février 2018.

*The Flow Show : Sell Signal. Bank of America Merrill Lynch. 2 février 2018

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Marc Joanny, édité par Marc Angrand

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