February 2, 2018 / 12:47 PM / 5 months ago

3 QUESTIONS À-Nomura-Une crise en Chine est très peu probable

PARIS, 2 février (Reuters) - Malgré des menaces bien présentes, la Chine a peu de chances de sombrer dans une crise en raison de la capacité de ses autorités à gérer la deuxième économie du monde, estime Sébastien Djaoui, vendeur marchés asiatiques chez Nomura.

1/ La menace d’une crise en Chine est-elle réelle ?

Sébastien Djaoui - “Une crise en Chine est très peu probable parce que 98% des actifs sont détenus par des Chinois. Les crises traduisent, selon nous, la volonté d’investisseurs étrangers de sortir d’un pays, d’une classe d’actifs. Or les étrangers ne possèdent que 4 à 5% du flottant du marché domestique chinois, à peu près 2,5% du marché obligataire, qui reste très petit, et environ 1,5% d’actifs déposés en yuans. La Chine a également les moyens de freiner les investissements chinois à l’étranger, dont les flux directs ont reculé de 16% en 2017.

“Il n’y a donc pas vraiment de pression extérieure, d’un point de vue purement financier, même si de nombreux risques existent. C’est la Chine qui décidera à quel moment elle doit ralentir l’économie et à quel moment elle doit l’accélérer. La Chine est peut-être la seule économie au monde qui arrive à se gérer seule à 95%. Elle le fait parfaitement et a beaucoup appris des erreurs commises par le Japon lors de la crise de la fin des années 1990 mais aussi de ses propres erreurs, notamment en 2015, lorsqu’elle avait laissé les investisseurs s’emballer avant de mal gérer une dévaluation de sa devise.”

2/ La Chine saura-t-elle maîtriser son endettement ?

Sébastien Djaoui - “La Chine n’a pas vraiment commencé à réduire son endettement, elle se contente juste de freiner son essor. De plus, sa dette est détenue par des locaux, au sens large, et donc il n’y aura pas de réel problème tant que la balance commerciale et les flux directs d’investissements seront positifs.

“L’indicateur à surveiller en priorité en Chine est celui de la masse monétaire M2, soit la liquidité disponible dans l’ensemble du système financier. A environ 26.000 milliards de dollars, cette masse M2 est égale globalement aujourd’hui à l’ensemble de la dette chinoise. La Chine est parallèlement en train d’essayer de casser le ‘shadow banking’, soit le système de financement parallèle à court terme, avec la remontée des taux sur le marché domestique interbancaire. Elle est très consciente du ralentissement de son économie depuis la fin du troisième trimestre 2017 et arrive à le gérer par une réponse ciblée du ratio de réserve obligatoire de ses banques (financement officiel en opposition à un financement occulte du shadow banking).

“Aujourd’hui, la Chine sait que l’endettement du pays est le risque majeur pour les investisseurs étrangers. Dans le même temps, la question cruciale pour les trois à cinq prochaines années sera : comment financer son économie pour la croissance de demain ? Elle y répond par une forme d’ouverture ‘dissymétrique’, c’est-à-dire en laissant entrer certain capitaux étrangers de façon mesurée dans le temps et en interdisant la sortie de certain capitaux chinois depuis début 2017. La Chine veut aussi que sa devise s’internationalise mais ne peut le faire du jour au lendemain sans prendre un risque de faire dérailler son économie. La Chine a vraiment besoin de stabilité pour faire ses réformes.”

3/ Quels sont les principaux risques pour l’économie chinoise ?

Sébastien Djaoui - “Le vrai risque de la Chine sera toujours l’immobilier, le seul actif à avoir une incidence à la fois sur la consommation, sur les financements et sur l’investissement du pays. Toutefois, depuis 2009, année du plan de relance chinois suite à la crise mondiale, tous les investisseurs avaient prédit un “krach” dans ce secteur et il ne s’est pas produit parce que les autorités ont su empêcher une trop forte correction sur les prix et parce que l’immobilier résidentiel bénéfice d’une forte demande structurelle en matière de remplacement des logements.

“Le seul véritable risque que la Chine ne maîtrise pas, c’est le risque extérieur, comme une crise aux Etats-Unis avec une accélération de l’inflation, une remontée brutale des taux ou encore un conflit commercial.

“Je suis plutôt optimiste pour les cinq ans à venir en raison de la capacité de la Chine à gérer son économie et à opérer un changement structurel de la vieille industrie vers l’innovation technologique avec la volonté de créer dans tous les secteurs des champions nationaux.”

Voir aussi :

ECLAIRAGE-Les marchés émergents, premiers de la classe à surveiller

propos recueillis par Patrick Vignal, édité par Blandine Hénault

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