January 29, 2018 / 11:56 AM / 3 months ago

GRAPHES-La corrélation entre changes et taux mise à mal par la vigueur de la croissance

par Saikat Chatterjee et Tommy Wilkes

LONDRES, 29 janvier (Reuters) - Les corrélations entre les taux d’intérêt et les changes approchent de leurs plus bas niveaux depuis plus de dix ans, ce qui pousse les investisseurs à s’interroger sur la pertinence de ce traditionnel catalyseur majeur pour les devises.

En temps normal, le marché des changes évolue au gré des différences de taux d’intérêt entre les économies: un écart croissant entre ces taux d’intérêt incite les investisseurs à emprunter sur les marchés obligataires à faible rendement et à investir sur les marchés offrant des rendements plus élevés, où ils espèrent obtenir plus de performance tant que la volatilité reste peu élevée.

Mais depuis le troisième trimestre 2017, et particulièrement depuis le début du mois de janvier, cette corrélation s’est rompue entre le dollar et les autres principales devises, notamment l’euro.

Les corrélations à 90 jours entre l’écart de rendement séparant les emprunts à deux ans américains et allemands et le taux de change euro-dollar sont proches de leurs plus bas niveaux depuis la fin 2005.

Selon Kamakshya Trivedi, directeur adjoint de la stratégie mondiale sur les changes chez Goldman Sachs à Londres, une telle décorrélation n’est pas en elle-même inhabituelle, d’autant qu’elle suit une période de forte corrélation entre 2010 et 2014.

“Parfois, d’autres facteurs sont en jeu au-delà des flux sur le marchés obligataires comme des flux non couverts sur les actions, une diversification des réserves de changes et une solide croissance dans le reste du monde, comme nous l’observons actuellement”, explique-t-il.

La semaine dernière, le Fonds monétaire international (FMI) a relevé sa prévision de croissance mondiale à 3,9% cette année en raison de l’impact positif attendu à court terme de la réforme fiscale américaine.

La faiblesse persistante du dollar, en repli de 15% depuis le début 2017, encourage par ailleurs les banques centrales et les fonds souverains à commencer doucement à diversifier leur réserves de changes aux dépens du billet vert, un mouvement qui pourrait s’accélérer alors que leurs avoirs totaux grimpent.

La part du dollar dans les réserves allouées détenues par les banques centrales a baissé à 63% en septembre 2017 contre 66% en 2015. Parallèlement, la proportion d’euros a augmenté à 20% mais reste inférieure au pic de 28% atteint en 2009.

Bien que les taux d’intérêt américains soient supérieurs d’environ 150 points de base à leurs homologues européens, les perspectives de croissance relatives sont en faveur de la zone euro, comme en témoigne les flux vers les marchés d’actions de la région.

Une enquête de Bank of America-Merrill Lynch menée en janvier auprès de gérants internationaux montre que la proportion de positions à “surpondérer” sur les actions de la zone euro dans les portefeuilles s’élevait à 45%, bien au-dessus de sa moyenne de long terme.

Pour Simon Derrick, responsable de la stratégie des changes chez BNY Mellon, la décorrélation entre les taux d’intérêt et les changes est aussi évidente lorsque l’on observe les taux longs.

De son point de vue, ce phénomène signale un prochain changement majeur dans les anticipations de politique monétaire.

Aux Etats-Unis, Janet Yellen est sur le point de céder son siège de présidente de la Réserve fédérale (Fed) à Jerome Powell, après avoir procédé à trois relèvement de taux l’an dernier. Les marchés financiers attendent trois nouvelles hausses de la part de la banque centrale américaine cette année.

En zone euro, le dernier relèvement de taux de la Banque centrale européenne (BCE) date de 2011 et beaucoup d’analystes ne s’attendent pas à une première hausse des taux avant l’an prochain. Les responsables de la BCE tentent actuellement d’évaluer l’impact du renchérissement de l’euro sur l’économie de la région.

“Cela explique certainement pourquoi la politique en Allemagne et la réforme fiscale américaine se sont révélés être des facteurs importants pour la parité euro-dollar”, explique Simon Derrick.

“Néanmoins, il existe toujours un risque que la décorrélation entre les rendements obligataires et les changes puisse être le signal de quelque chose de significatif”.

Blandine Hénault pour le service français, édité par Marc Angrand

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