January 26, 2018 / 2:01 PM / 3 months ago

POINT HEBDO-Les devises, trouble-fête du bon début d'année boursier

* Baisse du dollar et hausse de l’euro ont dominé la semaine

* La BCE a évoqué une inquiétude sans freiner le mouvement

* Les craintes de tensions commerciales refont surface

* La Fed devrait prolonger le statu quo

* Déluge de résultats en vue, en Europe comme aux Etats-Unis

par Marc Angrand

PARIS, 26 janvier (Reuters) - Il y a des montées plus angoissantes que d’autres. Pendant que certains scrutaient avec angoisse le niveau de la Marne ou celui de la Seine, d’autres surveillaient l’envolée de l’euro.

L’accélération soudaine de la monnaie unique européenne, passée en deux semaines seulement de moins de 1,20 à plus de 1,25 dollar, son plus haut niveau depuis 2014, est ainsi venue perturber un début d’année réussi pour les actions.

A l’origine de ce mouvement, les propos du secrétaire américain au Trésor, Steven Mnuchin, au Forum économique mondial de Davos laissant entendre que Washington s’accommodait fort bien de la faiblesse du billet vert.

Et même si Donald Trump s’est par la suite employé à réaffirmer sa volonté d’un dollar fort, il n’est pas parvenu à enrayer le mouvement baissier du billet vert.

Quelques heures avant les déclarations du président américain, Mario Draghi, le président de la Banque centrale européenne (BCE), avait évoqué les risques que ferait courir une hausse excessive de l’euro - notamment sur l’inflation, déterminant numéro un de la politique monétaire -, sans parvenir, lui non plus, à provoquer un retournement de tendance.

L’impact de la montée de l’euro sur les actions a été sensible: jeudi, le franchissement du seuil de 1,25 dollar a provoqué un retournement rapide des indices européens, qui ont fini dans le rouge une séance jusqu’alors en hausse, un repli qui a logiquement affecté les valeurs particulièrement exposées au risque euro-dollar, comme Airbus, Publicis ou Kering.

“Lors du mouvement de hausse précédent, quand l’euro était passé de 1,15 à 1,21-1,22 dollar, certains de ces titres avaient perdu jusqu’à 10%”, rappelle Xavier de Buhren, gérant actions françaises chez Mirabaud AM. “L’exagération du mouvement à 1,25 dollar pose de vraies questions pour les entreprises exportatrices européennes.”

LE SPECTRE DE LA “GUERRE DES MONNAIES” DE RETOUR

Car le mal est fait: le spectre des “dévaluations compétitives” et de la “guerre des monnaies” plane de nouveau sur les marchés. D’autant que 48 heures avant les déclarations de Steven Mnuchin, Washington a relevé les droits de douane sur les lave-linge et les panneaux solaires importés, une décision critiquée par la Corée du Sud et surtout la Chine.

Cette offensive commerciale de Washington n’est peut-être qu’un début: l’administration Trump doit décider d’ici avril si elle s’attaque aussi aux importations d’acier, un enjeu bien plus important.

A Davos, Donald Trump a par ailleurs prévenu vendredi les partenaires des Etats-Unis que son pays ne tolérerait plus les pratiques commerciales inéquitables et prédatrices.

Si le thème des changes et du commerce international a volé la vedette à la politique monétaire lors de la réunion de la BCE, il devrait être moins présent lors de celle de la Réserve fédérale américaine, mardi et mercredi.

Car la courbe de l’euro-dollar ne masque pas totalement celle des taux qui, elle aussi, s’est infléchie ces derniers jours: le rendement à dix ans américain a atteint son plus haut niveau depuis le printemps 2014 et son équivalent allemand a dépassé 0,6% pour la première fois depuis juillet.

De quoi rappeler qu’au-delà des fluctuations des devises, et même si le thème de l’inflation est pour l’instant relégué au second plan, celui du resserrement monétaire reste on ne peut plus d’actualité.

Le prochain relèvement de taux de la Fed n’est toutefois attendu qu’en mars et la réunion de mardi et mercredi sera surtout celle des adieux de la présidente Janet Yellen, forcée de céder son siège à Jerome Powell.

Pour les économistes de Bank of America-Merrill Lynch, le marché continue de sous-estimer le potentiel de hausse des taux américains au vu des perspectives de croissance, ce qui devrait contribuer à un rebond du dollar dans les prochains mois.

“C’est le vrai sujet”, souligne Xavier de Buhren. “Le marché américain attend pour l’instant trois hausses de taux de la Réserve fédérale cette année mais un ou deux membres de la Fed ont commencé à évoquer la possibilité de quatre hausses.”

“Si on assiste à une accélération de la hausse des taux, à une accélération de l’inflation, et si les banques centrales sont obliger de remonter les taux plus vite, plus fort, plus rapidement, c’est un vrai risque pour le marché, parce qu’il n’y est pas prêt.”

A l’appui de sa prévision de remontée du dollar, BofA-ML met aussi en avant l’impact attendu de la réforme fiscale américaine, qui pourrait selon ses estimations se traduire par le rapatriement aux Etats-Unis de quelque 400 milliards de dollars de liquidités thésaurisées à l’étranger par des multinationales.

LES PRÉVISIONS DE RÉSULTATS À SURVEILLER

Si le marché des changes est appelé à rester sous haute surveillance, les résultats de sociétés seront l’autre thème majeur des prochains jours.

La semaine à venir sera en effet la plus chargée du trimestre en la matière avec - entre autres - les publications d’ArcelorMittal, Unibail-Rodamco, SAP, Siemens, Santander, Ericsson, Nokia, Unilever, Roche et Deutsche Bank en Europe, McDonald’s, Pfizer, Boeing, Facebook, Alphabet, Apple, Microsoft, Amazon et Exxon Mobil aux Etats-Unis ou encore Alibaba et Sony en Asie.

Les bénéfices du quatrième trimestre 2017 devraient afficher une nouvelle fois des croissances à deux chiffres en rythme annuel, mais les investisseurs attendent surtout d’en savoir plus sur les perspectives 2018, et bien sûr, pour les sociétés de la zone euro, sur l’impact des changes.

“Il sera intéressant de voir les divergences éventuelles entre les sociétés multinationales, exportatrices, exposées au dollar, et les expositions domestiques, qui n’ont pas de problématique de change, pour voir si la croissance économique tient”, explique Xavier de Buhren.

“On va voir si le consensus était trop ambitieux et doit être révisé à la baisse, ou s’il tient. Aujourd’hui le marché français n’est pas excessivement valorisé, à 15 fois les attentes de bénéfices actuelles, donc pas du tout hors de prix.”

VOIR AUSSI :

Flux record sur les actions, la correction se rapproche-BAML

Edité par Blandine Hénault

0 : 0
  • narrow-browser-and-phone
  • medium-browser-and-portrait-tablet
  • landscape-tablet
  • medium-wide-browser
  • wide-browser-and-larger
  • medium-browser-and-landscape-tablet
  • medium-wide-browser-and-larger
  • above-phone
  • portrait-tablet-and-above
  • above-portrait-tablet
  • landscape-tablet-and-above
  • landscape-tablet-and-medium-wide-browser
  • portrait-tablet-and-below
  • landscape-tablet-and-below