January 30, 2018 / 12:12 PM / a year ago

ECLAIRAGE-Les marchés émergents, premiers de la classe à surveiller

* Les émergents plus forts que les marchés développés en 2017

* Un monde en pleine mutation avec des opportunités

* Certains prédisent encore un bon cru en 2018

* D’autres voient se profiler une correction

par Patrick Vignal

PARIS, 30 janvier (Reuters) - Au coeur de toutes les inquiétudes il y a à peine plus de deux ans, les marchés émergents ont réalisé l’an dernier des performances supérieures à celles de leur homologues des économies développées avant de démarrer 2018 en trombe, conduisant certains observateurs à prédire un coup de frein imminent.

Longtemps boudés par les investisseurs en raison d’une forte volatilité, de risques politiques souvent présents et de marchés parfois difficiles à pénétrer, les actifs émergents attirent de plus en plus les investisseurs.

Selon les données de l’Institute of International Finance, le poids des actions émergentes dans les portefeuilles internationaux a atteint 13% fin 2017, son plus haut niveau depuis juin 2015, et celui des obligations émergentes 11,8%, au plus haut depuis 2014, lit-on dans une note d’Aurel BGC.

L’ampleur des flux sur les fonds émergents, actions comme obligations, rend une correction sur cette classe d’actifs très probable, avertissent toutefois les analystes de Bank of America Merrill Lynch dans leur dernier suivi hebdomadaire des flux de souscription.

L’indice MSCI des marchés actions émergents a bondi de 34% l’an dernier, à comparer à des progressions de 19,42% pour le Standard & Poor’s 500 américain et de 7,68% pour le Stoxx 600 européen.

L’élan se prolonge puisque depuis le début de l’année, l’indice de référence des actions émergentes a pris près de 10%, contre autour de 7% pour le S&P 500 et moins de 3% pour le Stoxx 600.

En 2015, ce même indice MSCI des marchés émergents avait chuté de près de 17%.

“L’année 2015 avait été très difficile avec l’effondrement des cours du brut et des craintes sur le resserrement de la liquidité”, rappelle Stéphane Mauppin-Higashino, directeur de Natixis Asset Management pour l’Asie.

Outre la chute des prix du pétrole, en raison d’un rétrécissement de la demande face à une offre surabondante, cette année-là avait été marquée par des craintes concernant un ralentissement brutal de l’économie chinoise, le moindre indicateur chinois vaguement préoccupant envoyant alors des ondes de choc ressenties sur tous les marchés de la planète.

UN CHANGEMENT STRUCTUREL

Le contexte est complètement différent aujourd’hui, en attendant l’arrivée à plus ou moins court terme d’une nouvelle zone de turbulences.

“Il y a eu d’un côté des injections massives de crédit de la part des autorités chinoises qui ont soutenu la croissance et relancé les échanges”, explique Craig Botham, économiste marchés émergents chez Schroders.

“Il faut y ajouter le rebond des cours des matières premières, favorisé par une reprise de la demande en Chine mais aussi aux Etats-Unis et dans la zone euro, ainsi que le redémarrage économique après les récessions au Brésil et en Russie”, poursuit-il.

La situation reste selon lui favorable, avec une croissance soutenue et synchronisée comme jamais à l’échelle mondiale, sans oublier le repli du dollar, qui favorise des marchés encore étroitement lié aux matières premières, quoique moins qu’avant.

“Nombreux sont ceux qui pensent que les marchés émergents sont toujours essentiellement des marchés de matières premières et qu’ils sont devenus chers”, indique Kim Catechis, responsable des marchés émergents chez Martin Currie.

“C’est ignorer un changement structurel de ces marchés avec l’émergence, en Chine mais aussi au Brésil et ailleurs, de classes moyennes avec de nouvelles habitudes de consommation et une grande faculté d’adaptation”, dit-il en conseillant notamment les valeurs technologiques et les biens de consommation, au fort potentiel de croissance.

UN UNIVERS ÉLARGI

En 2017, le plus performant des marchés actions émergents a été la Pologne avec une progression de 53,6%, selon un tableau établi par Natixis AM, dont les experts parlent de rattrapage ponctuel, le bonnet d’âne revenant au Pakistan avec un repli de 24,8%.

Pour 2018, “l’Afrique du Sud, le Brésil et le Mexique offrent un potentiel d’évolution politique favorable”, note Craig Botham en rappelant que des échéances électorales se profilent dans les deux derniers pays cités.

En Afrique du Sud, Cyril Ramaphosa, le nouveau leader de Congrès national africain (ANC), le parti au pouvoir, considéré comme plus favorable à l’économie de marché que Jacob Zuma, pourrait pousser l’actuel président vers la sortie.

Le Mexique pourrait toutefois inquiéter en cas de victoire à la présidentielle du favori des sondages, Andres Manuel Lopez Obrador, le leader de la gauche, qui prône un mélange de populisme et de nationalisme économique, selon l’économiste de Schroders.

“Au Brésil, les investisseurs achètent la reprise économique plutôt que la situation politique”, dit encore Craig Botham avant de poursuivre son tour d’horizon.

“Un autre marché à considérer est la Russie, si vous êtes positifs sur le secteur de l’énergie. Je suis par contre plutôt négatif sur la Turquie, en raison de l’aspect politique mais aussi parce que rien n’a été fait pour améliorer les fondamentaux de l’économie.”

UNE CRISE EN CHINE ?

Un large espace sur la carte des marchés émergents reste néanmoins occupé par la Chine, dont l’économie vit sous perfusion et où l’endettement atteint des niveaux affolants.

“La Chine doit maintenant s’attaquer au risque de crédit dans le système sans impacter la croissance”, estime Craig Botham. “S’ils y arrivent, ils auront tout bon mais il est permis d’en douter”, ajoute-t-il en notant que la Chine n’a encore rien fait pour réduire son endettement, se contentant pour l’instant de freiner son envol.

“Le niveau d’endettement n’est pas encore en territoire de crise mais, même s’il est difficile de prédire ce genre de chose, en extrapolant les objectifs de croissance, la Chine devrait pénétrer dans la zone dangereuse autour de 2020”, prévoit-il.

D’autres sont bien moins pessimistes, comme Kim Catechis, qui fait valoir que la Chine, servie en la matière par la nature autoritaire de son régime, peut appuyer à tout moment sur les nombreux boutons de son arsenal monétaire et budgétaire pour rectifier le tir en cas de besoin.

“Je ne vois pas de crise en Chine dans les 10 prochaines années”, dit-il en pointant notamment la “nouvelle Route de la Soie”, colossal projet d’infrastructures destiné à renforcer les relations entre la Chine et ses partenaires commerciaux capable, à ses yeux, de soutenir durablement la croissance de la deuxième économie du monde.

ATTENTION À L’INFLATION

Autre sujet d’attention pour les investisseurs, le risque d’une poussée de l’inflation susceptible d’accélérer le rythme du resserrement monétaire aux Etats-Unis et de faire monter le dollar.

“L’inflation est à surveiller, en particulier si les prix du pétrole se mettent à grimper de manière excessive”, prévient Chou Chong, responsable de la gestion actions asiatiques chez Natixis AM.

Le gérant relativise toutefois les effets potentiels sur les marchés émergents d’un resserrement monétaire trop vif de la part de la Fed.

“Les hausses de taux aux Etats-Unis sont déjà intégrées par les marchés et une appréciation du dollar aurait un impact limité sur les actions émergentes”, dit-il.

Le nouvel enthousiasme des investisseurs pour les actifs émergents n’est cependant pas à l’abri d’une douche froide plus globale sur les marchés d’actions.

“Les risques en termes de valorisation sont sur les marchés développés, en sachant que lorsqu’on aura un pic, tout le monde va trinquer”, prévient Mathieu Belondrade, gérant du fonds émergents de Natixis AM.

Voir aussi :

LE POINT sur les perspectives de marchés 2018 des gérants et stratèges

édité par Blandine Hénault

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