December 18, 2017 / 1:47 AM / 4 months ago

LEAD 2-Le conservateur Sebastian Piñera revient au pouvoir au Chili

(Précisions sur les élections législatives, réaction des marchés)

par Dave Sherwood et Felipe Iturrieta

SANTIAGO, 18 décembre (Reuters) - Le conservateur Sebastian Piñera va redevenir président du Chili, fonction qu’il a déjà occupée de 2010 à 2014, un retour au pouvoir qui illustre le basculement à droite de plusieurs pays d’Amérique latine ces dernières années.

Cet homme d’affaires milliardaire de 68 ans a obtenu 54,58% des suffrages du second tour du scrutin dimanche contre 45,42% pour son adversaire de centre gauche, le sénateur et ancien journaliste Alejandro Guillier.

Cet écart est plus large que ne le prédisaient les instituts de sondage et marque aussi la pire défaite subie par la coalition de centre gauche qui a dominé la vie politique chilienne depuis la fin de la dictature d’Augusto Pinochet.

Sebastian Piñera a en outre obtenu plus de voix que n’importe quel autre président depuis le rétablissement de la démocratie en 1990.

Tout au long de la campagne, il a su exploiter les divisions apparues à gauche et attirer l’électorat centriste avec ses promesses de baisses d’impôts pour les entreprises, de doublement de la croissance économique et de réduction de la pauvreté.

“Malgré nos grandes différences, il y a de grands points d’accord”, a-t-il dit au sujet de son adversaire devant la foule de ses partisans agitant des drapeaux chiliens dans le centre de Santiago. Dans les rues des quartiers aisés de la capitale, où Sebastian Piñera a recueilli environ 90% des voix, les habitants ont laissé éclater leur joie avec des concerts de klaxon.

Alejandro Guillier a reconnu une “défaite douloureuse” tout en félicitant son adversaire pour son “triomphe massif et sans appel”. Il a invité ses partisans à défendre l’héritage progressiste de la présidente sortante, Michelle Bachelet.

LA BOURSE DE SANTIAGO S’ENVOLE

Aucun des deux candidats n’entendait remettre en cause le modèle libéral du Chili, premier producteur et exportateur mondial de cuivre, mais de nombreux Chiliens ont vu dans cette élection un référendum sur le bilan de Michelle Bachelet, qui s’est efforcée de réduire les inégalités via notamment une réforme des études supérieures et de la fiscalité.

Alejandro Guillier, candidat sous la bannière de la coalition Nueva Mayoria de Michelle Bachelet, avait déjà réalisé au premier tour le plus faible score d’un candidat de centre gauche depuis le retour de la démocratie, signe du large mécontentement de l’opinion contre la présidente sortante.

Une partie de l’électorat de gauche juge que sa politique sociale a été trop timide. Pour l’opposition conservatrice, les mesures qu’elle a prises ont entretenu l’incertitude sur les marchés financiers et nui aux investissements privés.

La croissance économique moyenne a été seulement de l’ordre de 1,8% par an sous sa présidence.

Sebastian Piñera s’est pour sa part efforcé durant la campagne de dépeindre Alejandro Guillier comme un extrémiste dans un pays réputé pour sa modération depuis le retour à la démocratie, comparant cet ancien journaliste de radio et de télévision au président socialiste du Venezuela Nicolas Maduro.

La Bourse de Santiago a salué le résultat du scrutin par sa plus forte hausse depuis plus de neuf ans. Vers 14h15 GMT, l’indice IPSA gagnait 7,42% à 5.622,53 poinrs après avoir inscrit un record à 5.646. Sur le marché des changes, le peso s’appréciait de près de 2% à 624,37 pour un dollar.

SANS MAJORITÉ PARLEMENTAIRE

Economiste formé à Harvard, Sebastian Piñera pourrait néanmoins avoir du mal à mettre en oeuvre son programme, à l’aune des difficultés rencontrées par ses alliés idéologiques au Brésil ou en Argentine pour appliquer des mesures d’austérité budgétaire via des baisses des dépenses publiques.

Le premier obstacle sur sa route sera l’absence de majorité parlementaire. Son parti, Chile Vamos, a obtenu 72 des 155 sièges de la Chambre des députés. Sans majorité non plus au Sénat, il devra compter sur des alliés éventuels pour faire adopter ses textes législatifs.

Alejandro Guillier a bénéficié durant l’entre deux-tours du ralliement de la candidate de la gauche antilibérale Beatriz Sanchez, qui, sous les couleurs de la coalition Frente Amplio, a recueilli environ 20% au premier tour. Mais cela n’a pas suffi.

Le Frente Amplio a décroché néanmoins 20 sièges de député et pourra donc se faire entendre au Congrès. Il a en outre pour la première fois un siège de sénateur.

“Le Frente Amplio s’engage à continuer d’oeuvrer pour le changement au Chili, avec plus de droits et plus de démocratie,” a écrit Beatriz Sanchez sur Twitter dans un message de félicitations au nouveau président élu.

Le report des voix à gauche ne semble pas avoir pleinement fonctionné. Durant le dernier mandat de Michelle Bachelet, la gauche s’est divisée, notamment sur le droit à l’avortement ou le renforcement du poids des syndicats.

Face à ces divisions, Sebastian Piñera a promis de “perfectionner” les réformes mises en oeuvre par la présidente sortante en matière de fiscalité et d’emploi, de réduire les contraintes administratives et de garantir un soutien financier stable à la compagnie minière publique Codelco.

Il s’est entretenu dès lundi matin avec Michelle Bachelet, une rencontre à l’issue de laquelle il a dit qu’il s’efforcerait de former “un large gouvernement, dans la continuité et le changement”. Sa cérémonie d’investiture est prévue le 11 mars. (Avec Antonio de la Jara et Caroline Stauffer, Bertrand Boucey et Gilles Trequesser pour le service français)

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