December 12, 2017 / 3:43 PM / 4 months ago

GRAPHES-2018, l'année du retour de la volatilité

* La volatilité fonction retardée de la politique monétaire

* Elle remonte deux ans après un retournement de taux directeurs

* La Fed a commencé à initier ce mouvement en décembre 2015

* La volatilité est bon marché, contrairement aux valeurs refuges traditionnelles

PARIS, 12 décembre (Reuters) - La progression quasi-linéaire de Wall Street cette année est allée de pair avec une volatilité à ses plus bas niveaux depuis près d’un quart de siècle, mais la poursuite de la normalisation des politiques monétaires pourrait changer la donne l’année prochaine et les signes de nervosité se sont multipliés ces dernières semaines.

La volatilité est une fonction retardée de la politique monétaire et elle remonte généralement environ deux ans après le retournement des taux directeurs à la hausse, rappellent les stratégistes action d’Amundi Asset Management dans la dernière livraison de la publication mensuelle de la société de gestion : “Cross Asset Investment Strategy”.

“La volatilité remonte généralement environ deux ans après le retournement des taux directeurs à la hausse, et la Fed a initié ce mouvement en décembre 2015”, relèvent-ils.

Cette corrélation est liée à la liquidité, l’ajout de liquidité réduisant la volatilité et inversement. Ainsi, même si les banques centrales procèdent avec prudence, l’argument de la liquidité, qui a porté les marchés depuis 2009, inverse désormais sa dynamique et la tendance va s’intensifier courant 2018, estiment les stratégistes d’Amundi.

L’indice Vix de la volatilité sur les options sur l’indice S&P 500, aussi appelé “indice de la peur”, a touché un plus bas historique en séance le 24 novembre à 8,56, contre un peu plus de 14 fin 2016... et un pic à près de 90 au plus fort de la crise financière en 2008.

Pour Malik Haddouk, directeur de la gestion diversifiée de CPR Asset Management, la baisse récente de la volatilité à ses plus bas niveaux depuis 1994 est due en grande partie à la décision de la Fed de ramener ses taux directeurs en réaction au déclenchement de la crise de 2008.

“Aujourd’hui, la banque centrale s’apprête à poursuivre la normalisation de sa politique monétaire en continuant à relever ses taux et l’on pourrait donc s’attendre au cours des deux prochaines années à une remontée significative de l’indice de la peur”, explique-t-il.

ATTENTION AU RISQUE IDIOSYNCRATIQUE

Il note aussi des signes de regain de nervosité sur les marchés avec la multiplication du risque idiosyncratique, ou propre à une entreprise donnée et indépendant de l’évolution d’ensemble du marché.

“Depuis quelques mois, les ‘stress de crédit’ se multiplient (...) sur des sociétés très endettées avec une rentabilité sous pression”, note-t-il en référence notamment au décrochage des cours du groupe de médias Altice ou du spécialiste des médicaments génériques Teva.

Laurent Gaetani, directeur général de Degroof Petercam Gestion fait le même constat: “Je vais citer cinq valeurs, Altice, Teva, Europcar, Elior et Steinhoff, dont les situations peuvent être différentes mais qui ont toutes été lourdement sanctionnées aussi bien sur l’equity que sur l’obligataire.”

Altice a vu sa capitalisation boursière fondre de près de 60% depuis le 3 novembre et la publication de résultats inférieurs aux attentes.

“Ce sont des piqûres de rappel, il faut que le marché soit moins complaisant. Quand on voit qu’Altice se refinançait à 2%-3%, ce n’est pas logique par rapport à un émetteur high yield”, a dit Laurent Gaetani.

Le titre Europcar a dévissé de près de 10% le 9 novembre après que le numéro un de la location de voiture a fait état d’une décélération de sa croissance organique au troisième trimestre. Il a encore perdu plus de 5% lundi après une dégradation du conseil des analystes de HSBC, pour qui cette publication met en cause la crédibilité même de la direction.

La valeur boursière de Teva a été divisée par deux entre début août avec la publication de résultats du deuxième trimestre décevants et début novembre avec un nouvel avertissement sur les résultats.

L’action Elior a perdu près d’un tiers de sa valeur depuis la mi-novembre après une révision en baisse par le groupe de restauration collective de ses perspectives de résultats.

Quant au géant de l’ameublement Steinhoff , il s’est effondré en Bourse la semaine dernière après l’annonce du départ de son directeur général et l’ouverture de plusieurs enquêtes sur des soupçons de trucage des comptes.

“Un mastodonte comme Steinhoff, avec une présence dans 35 pays et 135.000 salariés, a vu sa capitalisation boursière passer de 15 milliards à moins de trois milliards d’euros. Sur les convertibles, c’était l’un des plus gros gisements avec 2,5 milliards d’euros, c’est passé à un milliard en 24 heures”, constate Laurent Gaetani.

“On ne connaît pas l’ampleur de la fraude, mais est-ce que cela justifie que l’entreprise perde 80% de sa valeur et que la dette se traite à 60% du pair ?”, s’interroge-t-il.

“Même si la volatilité est très faible, il y a une vraie nervosité, la moindre déception sur un titre le pénalise de 20%, 30%, 40% voire plus en 48 heures. On ne voyait pas cela il y a encore peu de temps et c’est la contrepartie de valorisations très tendues”, poursuit Laurent Gaetani.

LA VOLATILITÉ, NOUVELLE VALEUR REFUGE ?

“Historiquement, le risque majeur pour les investisseurs a essentiellement résidé dans la perspective d’une récession mais il est nécessaire aujourd’hui de tenir compte d’autres risques potentiels”, comme la montée des populismes, les tensions géopolitiques ou le retour au protectionnisme”, prévient Patrice Gautry, chef économiste de l’Union Bancaire Privée.

Face aux risques, les investisseurs trouvent habituellement refuge au sein des échéances longues des obligations gouvernementales, ou de l’or, voire du franc suisse ou du yen japonais, rappelle-t-il.

“Compte tenu de la surévaluation de ces valeurs refuges traditionnelles, il est désormais nécessaire d’avoir recours à d’autres instruments alternatifs pour faire face à un environnement de risques multipolaire”, estime Patrice Gautry.

“Etant donné la faible volatilité qui prévaut actuellement du côté des actions et des taux d’intérêt, nous avons intégré en portefeuilles des stratégies de type ‘long volatility’ comme outil de protection supplémentaire pour les investisseurs.

Laurent Gaetani souligne aussi le faible niveau actuel de la volatilité sur les actions. “Avec un Vix autour de 10, la probabilité qu’il monte est plus forte que celle d’une baisse”, note-t-il. “Acheter de la volatilité bon marché fait aujourd’hui sens, compte tenu, notamment, du risque géopolitique qui est en train de monter.”

Sources :

*17 facts from ‘17 to remember for 2018. Global Volatility Insights. Bank of America Merrill Lynch. 12 décembre 2017.

*Identifier et gérer les risques dans un monde multipolaire. Tribune Macroéconomie. UBP. 11 décembre 2017

*Cross Asset Investment Strategy. Amundi Asset Management. Décembre 2017.

*Vue des marchés et allocation. CPR Asset Management. 8 décembre 2017

*Perspectives macro & allocations d’actifs pour 2018 - Présentation Degroof Petercam. 8 décembre 2018.

Marc Joanny, édité par Marc Angrand

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