December 4, 2017 / 12:11 PM / 7 months ago

GRAPHES-Le retour du risque chinois

* La croissance chinoise pourrait décevoir dans les prochains trimestres-économistes

* L’indicateur de surprises économiques chinois est négatif

* La Chine a été à l’origine des deux dernières corrections à Wall Street

* Pas de remontée durable des matières premières sans demande chinoise

PARIS, 4 décembre (Reuters) - Le scénario central d’une croissance mondiale robuste, synchrone et accompagnée d’une accélération de l’investissement des entreprises dans les prochains trimestres constitue une toile de fond favorable pour les actifs risqués en dépit de valorisations élevées et d’une nervosité croissance de Wall Street face aux mauvaises nouvelles.

Mais dans cet environnement marqué par un degré de confiance élevé, les interrogations sur la Chine commencent à réapparaître.

“La seule zone qui nous interroge, c’est la Chine et là, une vraie question se pose parce que les chiffres ont été bons jusqu’en octobre, jusqu’au 19e Congrès du Parti communiste chinois qui a permis au président Xi Jinping d’asseoir son pouvoir, mais que va-t-il se passer maintenant ?” s’est interrogé Pierre Sabatier, président du cabinet de recherche PrimeView à l’occasion d’une table ronde organisée par le Cercle des analystes indépendants.

Pour les Bourses mondiales, “le soutien macroéconomique est toujours là mais il faut noter que depuis l’été, les pays développés font mieux que les pays émergents en matière de surprises économiques, avec en particulier un indice des surprises économiques en Chine qui demeure en territoire négatif”, prévient de son côté Koen Straetmans, responsable de la stratégie multi-actifs de NN Investment Partners.

“La sous performance de la Chine et des émergents par rapport aux pays développés a été négligée jusqu’à présent” poursuit-il en soulignant qu’un accès de faiblesse de la Chine ne serait pas sans conséquence pour les marchés de matières premières et de l’énergie, particulièrement dépendants de la demande chinoise.

Il souligne en particulier le positionnement très agressif à l’achat sur les marchés de futures et d’options sur le pétrole et le cuivre.

“Pour nous, les perspectives sur les matières premières reviennent à se positionner sur l’économie chinoise et si la Chine tousse l’année prochaine, tous les émergents s’enrhumeront à travers les matières premières”, renchérit Pierre Sabatier.

Le modèle “credit impulse” développé par Saxo Banque pour suivre le flux des nouveaux crédits rapportés au produit intérieur brut vise à anticiper avec plusieurs trimestres d’avance les évolutions de l’économie réelle à partir de variations dans la distribution de crédit.

“Notre indicateur ‘credit impulse’ s’est contracté de 25% au deuxième trimestre 2017 par rapport à son niveau un an auparavant”, a dit Christopher Dembik, économiste du courtier en ligne, dont le constructeur automobile chinois Geely a pris le contrôle début octobre.

“Si notre modèle est juste, cela veut dire qu’au deuxième, troisième trimestre 2018, nous aurons des chiffres bien plus mauvais en Chine mais aussi au niveau mondial”, résume-t-il.

“Nous considérons que le consensus sur la Chine, mais aussi au niveau mondial, pour 2018 est un peu trop optimiste”, a-t-il ajouté lors de la table ronde du cercle des analystes indépendants.

Pour Véronique Riches-Flores, ex-économiste de la Société générale et fondatrice du cabinet de recherche éponyme, “la capacité d’entraînement par l’économie chinoise de l’économie mondiale, et en particulier du reste du monde émergent, qui a été déterminante pour sortir de la crise de 2008 est désormais absente”.

UN PROBLÈME DE RYTHME PLUS QUE DE TENDANCE ?

La Chine est confrontée à un surendettement massif qui ne rend plus possible le soutien à l’activité par le crédit, prévient-elle.

“La Chine a fait en sept ans ce que les Etats-Unis ont mis 50 ans à faire, c’est à dire hisser le ratio d’endettement de l’économie à 250% du PIB”, relève-t-elle.

“Cette situation doit inciter à la retenue quant à l’optimisme que pourraient nourrir les hauts niveaux des indicateurs de confiance que nous constatons”, poursuit-elle.

Et d’ajouter: “On a beaucoup de mal à envisager dans ces conditions une normalisation ou une remontée des prix des matières premières, ce qui limitera l’inflation et permettra aux banques centrales de maintenir les taux à leurs niveaux actuels et de continuer, ce qui n’est pas forcément rassurant à moyen-long terme.

Les inquiétudes sur l’économie chinoise ont été à l’origine des deux dernières corrections majeures subies par Wall Street - la chute de 12% enregistrée entre mai et octobre 2015 et celle de 14% accusée entre novembre 2015 et février 2016, a rappelé de son côté Jean-Pierre Petit, président des Cahiers vert de l’Economie, lors de la table ronde du Cercle des analystes indépendants.

“Il faut bien regarder la Chine mais le thème du ralentissement chinois n’est pas véritablement surprenant pour les investisseurs”, a-t-il toutefois tempéré.

“Le vrai problème, c’est le rythme de ralentissement, c’est le décrochage, c’est la perte de contrôle, le sentiment qu’il n’y a plus de pilote dans l’avion, comme on a pu l’avoir à l’été 2015”, a-t-il prévenu.

Sources :

*Will China slow more than expected? Global Economics Weekly. Barclays. 1er décembre 2017.

*China’s economy slowing down in October across the board. Activity Gauge. Natixis. 1er décembre 2017

*Better and Bumpier. House View. NN IP. 30 novembre 2017.

*Journée annuelle du cercle des analystes indépendants. La bulle des marchés financiers va-t-elle se dégonfler en 2018 ?. 30 novembre 2017.

Marc Joanny, édité par Marc Angrand

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