November 14, 2017 / 2:57 PM / 10 months ago

LEAD 1-Les banquiers centraux continueront de parler aux marchés

(Actualisé tout du long)

par Balazs Koranyi et Francesco Canepa

FRANCFORT, 14 novembre (Reuters) - Quatre des plus influents banquiers centraux ont promis mardi de continuer à accompagner les investisseurs dans le processus engagé de sortie progressive de leur politique de soutien massif à la croissance mise en place pendant la crise financière.

Après avoir injecté environ 10.000 milliards de dollars (8.500 milliards d’euros) depuis la cris de 2008 - ce qui propulsé de nombreux marchés à des niveaux record - la Réserve fédérale (Fed), la Banque centrale européenne (BCE), la Banque d’Angleterre (BoE) et le Banque du Japon (BoJ) tentent de sevrer les investisseurs de l’argent facile sans créer trop de stress.

Pour ce faire, la parole est un élément clé, ont déclaré les patrons des banques centrales lors d’une conférence de la BCE sur le thème de la communication. Dans le jargon des banquiers centraux, on appelle cela la communication avancée, qui consiste à prévenir délicatement les investisseurs de ce qui les attend.

“La communication avancée (“forward guidance”) est devenue un instrument à part entière de politique monétaire”, a dit le président de la BCE Mario Draghi. “Pourquoi rejeter un instrument de politique monétaire qui a prouvé son efficacité?”

Lui et ses trois homologues en sont toutefois à des stades très différents du processus de démantèlement progressif de leurs politiques monétaires ultra-accommodantes.

La Fed envisage une cinquième hausse de taux et la BoE a relevé son taux directeur ce mois-ci pour la première fois en dix ans. Mais la BCE commence tout juste à réduire son programme de rachat d’actifs et la BoJ continue à injecter massivement des liquidités, même si elle a signalé qu’elle ne devrait pas prendre de nouvelles mesures de stimulation de la croissance.

La présidente de la Fed Janet Yellen a, elle aussi, jugé que la communication avancée avait été bénéfique “tout compte fait”, tout en notant qu’elle devait suivre de près la conjoncture.

“Toute ‘(forward) guidance’ doit être conditionnelle et liée aux perspectives de l’économie”, a-t-elle dit à la conférence.

Les banques centrales disent généralement qu’elles envisagent de faire quelque chose, mais qu’elles se réservent le droit de changer d’avis si les circonstances le justifient.

UN MESSAGE SIMPLE

L’histoire montre qu’il n’est pas toujours facile de préparer les marchés à la sortie d’une politique de relance.

Ben Bernanke, alors président de la Fed, avait provoqué une tempête sur les marchés obligataires en mai 2013 en évoquant une réduction du programme d’achat d’obligations. Ce faux pas et le “taper trantrum” des marchés qui a suivi et paralysé la Fed pendant dix mois, sont restés dans les mémoires.

Mario Draghi a connu son propre “mini-trantrum” lorsqu’il a suggéré en juin, lors d’une conférence devant des étudiants au Portugal, que la politique de la BCE pourrait être ajustée pour refléter l’accélération de la croissance.

Et la communication avancée du gouverneur de la Banque d’Angleterre Mark Carney n’a cessé d’être remise en cause par l’évolution imprévue de la conjoncture britannique, ce qui a poussé un parlementaire à l’appeler “l’ami peu fiable”.

Hyun Song Shin, de la Banque des Règlements internationaux (BRI) a souligné de son côté, lors de la conférence de la BCE, que cette absence de fiabilité n’était pas forcément une mauvaise chose. Un trop plein de “prévisibilité et de progressivité” pourrait inciter les investisseurs à prendre trop de risques.

“La prévisibilité et la progressivité ne sont peut-être pas des vertus si les participants du marché considèrent qu’il s’agit d’un engagement à ne pas tirer le tapis de sous leurs pieds lorsqu’ils accumulent de la dette et des prises de risque”, a dit le responsable de la recherche de la BRI.

Le gouverneur de la Banque du Japon Haruhiko Kuroda, qui intervenait avec Yellen et Draghi, a jugé que la meilleure façon d’éviter d’être mal compris était d’avoir un message simple.

“Il vaut mieux qu’il soit direct”, a-t-il dit. “C’est la meilleure façon de faire.”

Carney a aussi mis en avant l’importance de s’adresser à un public large et pas uniquement aux investisseurs financiers.

“Nous parlons à ceux que nous servons en premier lieu”, a-t-il dit. “Trois cent mille personnes lisent le Financial Times; il y a 30 millions d’utilisateurs de Facebook au Royaume-Uni.”

Yellen a noté en outre que les messages contradictoires des responsables de la Fed risquaient de créer la confusion dans les esprits. Les gouverneurs de la Fed parlent presque tous les jours, Kuroda s’exprime souvent et certains des 25 membres du Conseil des gouverneurs de la BCE semblent évoluer en roue libre, sans toujours se soucier des grandes lignes établies par la BCE.

Yellen sera remplacée à la présidence de la Fed en mars 2018, les mandats de Carney et Draghi prennent fin en 2019, et cette semaine, un proche du Premier ministre Shinzo Abe a recommandé que Kuroda ne soit pas reconduit à la tête de la BoJ.

Balazs Koranyi et Francesco Canepa, Véronique Tison et Juliette Rouillon pour le service français, édité par Wilfrid Exbrayat

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