November 10, 2017 / 12:04 PM / 10 months ago

RPT-POINT HEBDO-Correction passagère ou inversion de tendance, le marché s'interroge

(Répétition sans changement d’une dépêche diffusée vendredi)

* Coup de semonce sur les marchés actions

* Doutes sur la réforme fiscale US et les politiques monétaires

* La saison des résultats globalement satisfaisante

* Les actions européennes restent privilégiées

par Marc Angrand

PARIS, 13 novembre (Reuters) - Pas assez pour s’affoler mais suffisamment pour s’interroger. La baisse subie ces derniers jours par les principaux marchés boursiers mondiaux ne ressemble pas encore à une inversion durable de la tendance de fond mais elle illustre bien les doutes qui commencent à saisir une partie des investisseurs.

L’indice MSCI mondial évoluait dans le rouge vendredi après une série de dix séances consécutives de hausse. A Wall Street, le Standard & Poor’s 500 a cédé 0,5% depuis son record de mercredi et en Europe, le Stoxx 600 européen a abandonné 2,2% depuis son pic du 1er novembre, qui marquait un plus haut de plus de deux ans.

Le repli est donc limité et il est loin de remettre en cause la qualité globale du cru 2017 pour les actions. Mais il oblige les observateurs à réévaluer le risque d’une correction marquée et durable.

“Plus la partie dure longtemps, plus le choc risque d’être violent quand le processus de normalisation des politiques monétaires commencera à se faire sentir”, prévient ainsi Lukas Daalder, directeur de l’investissement de Robeco Investment Solutions.

Un début d’avertissement qui résume bien le dilemme actuel: si les fondamentaux restent très favorables, les valorisations ont atteint des niveaux qui pourraient devenir problématiques en cas de mauvaise surprise.

Déjà, les statistiques sur les flux de capitaux vers les fonds d’investissement montrent un tassement de l’intérêt pour les actions, avec même des sorties sur les américaines.

Et les risques liés aux politiques monétaires et fiscales, aux Etats-Unis comme en zone euro, sont peu à peu réévalués à la hausse.

DES MARCHÉS NAÏFS FACE À LA RÉFORME FISCALE ?

A Wall Street, c’est le projet de réforme fiscale élaboré par la Maison blanche et le Parti républicain qui pose problème: le Sénat et la Chambre des représentants ont modifié chacun de leur côté le texte initial et si la Chambre doit voter cette semaine sur sa version, on est loin d’un compromis.

“Les marchés semblent faire preuve d’une certaine naïveté quant aux avancées susceptibles d’être réalisées au plan fiscal” juge David Lafferty, responsable de la stratégie de marché de Natixis Asset Management.

Ironiquement, Wall Street risque de donner raison a posteriori au secrétaire au Trésor de Donald Trump, Steven Mnuchin, qui avait déclaré il y a trois semaines à Politico que l’adoption du projet ferait monter le marché actions mais que “si on n’y arrive pas, on assistera à un retournement significatif”.

Mesure emblématique du projet de réforme fiscale, la réduction annoncée, de 35% à 20%, du taux de l’impôt sur les sociétés, pourrait notamment être repoussée à 2019 en l’absence de majorité.

“Le chemin vers la réforme fiscale reste jonché de nids de poule”, souligne Scotia Bank en rappelant que l’échéance du plafond de la dette américaine, le 8 décembre, se rapproche.

“Cela rendra peut-être la réunion du FOMC du 13 décembre un peu plus intéressante que ne le laisse paraître la quasi-certitude d’une hausse de taux avec une probabilité de plus de 90% selon les futures sur les ‘fed funds’.”

LE DÉBAT REPREND À LA BCE

Pour la Banque centrale européenne (BCE) aussi, la situation se révèle un peu moins simple que ne le laissaient paraître les conclusions de la réunion du 26 octobre.

Alors que Mario Draghi semblait avoir dégagé l’horizon en annonçant une prolongation de neuf mois des achats d’actifs avec un montant réduit de moitié, à 30 milliards d’euros, à partir de janvier, deux autres hauts responsables de l’institution, Benoît Coeuré et Ewald Nowotny, ont fait entendre leur différence ces derniers jours, exprimant une certaine impatience d’en finir avec l’assouplissement quantitatif (QE).

Et la réaction des marchés n’a pas tardé: les rendements des emprunts d’Etat sont repartis à la hausse, celui du Bund allemand à 10 ans revenant vers le seuil de 0,4%, après être tombé mercredi à un plus bas de deux mois.

Cette correction du marché obligataire est encore encouragée par la remontée des anticipations d’inflation à moyen terme qui ont atteint leur plus haut niveau depuis le mois de mars.

De quoi alimenter le débat qu’organise mardi la BCE sur les “défis et opportunités de la communication des banques centrales”, avec une affiche rare puisqu’elle réunit les quatre principaux banquiers centraux de la planète, Janet Yellen (Fed), Mario Draghi (BCE), Mark Carney (BoE) et Haruhiko Kuroda (BoJ).

LES ACTIONS CONSERVENT DES ATOUTS

Les investisseurs étudieront aussi les chiffres définitifs des prix à la consommation en octobre en Allemagne mardi, en France mercredi et pour l’ensemble de la zone euro jeudi mais aussi aux Etats-Unis, mercredi.

A l’agenda économique figurent en outre le PIB allemand du troisième trimestre (mardi) et celui de la zone euro (mercredi), ainsi que les ventes au détail aux Etats-Unis (mercredi).

De quoi vérifier si le baromètre macroéconomique mondial est toujours au beau fixe, alors qu’aux Etats-Unis, le choc des ouragans semble déjà digéré, qu’en Chine, aucun signe de ralentissement mal maîtrisé n’est perceptible et qu’en zone euro, la Commission européenne a relevé jeudi ses prévisions de croissance.

Les préoccupations politiques et monétaires sont aussi venues perturber ces derniers jours la fin d’une saison de publications de résultats globalement satisfaisante, avec une croissance près de 10% sur un an des bénéfices en Europe comme aux Etats-Unis.

Sur 407 sociétés du S&P 500, 72,2% ont dépassé les attentes en matière de bénéfices, un pourcentage nettement supérieur à la moyenne historique (64%), selon les données Thomson Reuters.

Même si ces chiffres traduisent un ralentissement de la croissance des profits (elle avait atteint 26% en Europe au premier trimestre, rappelle Deutsche Bank), ils continuent de justifier une position acheteuse sur les actions européennes pour de nombreux investisseurs.

“Les bonnes nouvelles économiques, les dividendes qui montent, les taux bas: on reste dans une sorte de ‘carry trade’ au profit des actions, qui nous protège un peu contre la chute des marchés”, explique ainsi Frédéric Rollin, conseiller en investissement chez Pictet.

Edité par Blandine Hénault

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