October 24, 2017 / 1:07 PM / 9 months ago

LEAD 2-Le Parlement européen veut interdire le glyphosate dans cinq ans

* La Commission européenne se prononce mercredi

* L’autorisation du glyphosate expire à la fin de l’année

* Voix dissonantes en France (Actualisé avec porte-parole de la Commission § 7)

STRASBOURG, 24 octobre (Reuters) - Le Parlement européen s’est prononcé mardi pour l’interdiction d’ici cinq ans du glyphosate, l’herbicide le plus répandu dans le monde, à la veille d’une décision que doit prendre la Commission européenne sur le renouvellement de son autorisation pour dix ans.

Dans une résolution adoptée par 355 voix contre 204 et 11 abstentions, le Parlement européen demande à la Commission européenne de retirer sa proposition en l’accusant d’abus de pouvoir et de méconnaissance du principe de précaution.

Il l’exhorte à “adopter les mesures nécessaires à l’élimination progressive de la substance active glyphosate dans l’Union européenne d’ici au 15 décembre 2022”.

C’est un amendement socialiste qui a conduit le Parlement à retenir cette date quand sa commission de l’Environnement s’était arrêtée sur 2020, comme le prône la France. Le Parti populaire européen (centre droit) soutenait une autorisation jusqu’en 2022 sans en faire une date butoir.

Le Parlement, dont la résolution n’est pas contraignante, demande également que l’utilisation du glyphosate à des fins non professionnelles soit interdite dès le 15 décembre 2017.

Les eurodéputés reprochent à la Commission de ne tenir compte que de l’avis de l’Efsa (Autorité européenne de sécurité des aliments), favorable au produit de la firme Monsanto , et non de celui du Centre international de recherche sur le cancer (Circ), une agence des Nations Unies, qui le classe comme “probablement cancérogène”.

Signe que les choses bougent rapidement, la Commission a, selon un de ses porte-parole, demandé à son représentant auprès du Conseil des ministres de voir quel serait le soutien à une autorisation de cinq ou sept ans, l’objectif étant de trouver le consensus le plus large possible.

Le glyphosate est un herbicide non sélectif qui entre notamment dans la composition du Roundup de Monsanto et est très critiqué par les défenseurs de l’environnement. Son autorisation d’utilisation dans l’UE expire à la fin de l’année.

Une grande partie des agriculteurs “conventionnels” estiment ne pas pouvoir s’en passer à court terme.

Leurs fédérations européennes, le Copa et le Cogeca, demandaient à l’UE, le 19 octobre, “de ré-autoriser pour 15 ans cette substance active au vu des preuves scientifiques qui confirment son innocuité”, ajoutant que “l’absence de ré-autorisation menacerait l’approvisionnement en denrées alimentaires produites dans le respect de l’environnement.”

LA FRANCE CHERCHE “LA BONNE TEMPORALITÉ”

Le ministre de l’Agriculture Stéphane Travert a confirmé mardi que la France voterait contre une reconduction du produit pour dix ans.

“Je veux que l’on en sorte le plus tôt possible, mais il faut les avis scientifiques pour la bonne temporalité”, a-t-il déclaré sur Sud Radio, après avoir récemment évoqué une prolongation “de cinq à sept ans”.

Le ministre français de la Transition écologique et solidaire, Nicolas Hulot, a proposé lundi un renouvellement limité à trois ans. Le temps, a-t-il expliqué sur RTL, de “regarder tout ce que l’on peut trouver en termes d’alternative et aider ceux pour lesquels l’utilisation du glyphosate est indispensable à se pencher sur d’autres pratiques”.

“Je ne suis pas scientifique et ne sais pas quel est le meilleur délai de sortie du glyphosate”, a déclaré mardi Stéphane Travert, tout en précisant que “la position de la France sera portée par tout le gouvernement.”

Ségolène Royal, qui a précédé Nicolas Hulot à l’Ecologie, s’inquiète d’un “ramollissement” de la position française.

“Si la France, qui a reçu la COP 21, qui est exemplaire dans le domaine environnemental par ses lois, dit tout d’un coup, on passe de l’opposition à l’autorisation même sur une durée très courte, je pense que c’est un très mauvais signal et que les pollueurs chimiques vont en profiter”, a-t-elle estimé lundi soir sur CNEWS.

Pour l’eurodéputé écologiste Yannick Jadot, “le signal du Parlement européen est très fort” et signifie qu’on “ne peut pas jouer avec les délais”.

“Il ne faut pas céder au lobby qui dit ‘ce n’est pas possible’”, a-t-il dit sur BFM TV. “Quand vous avez un produit qui est cancérogène, on ne peut pas jouer avec les délais, on ne peut pas jouer avec nos organismes et la santé des enfants.” (Gilbert Reilhac avec Sophie Louet à Paris, édité par Yves Clarisse)

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