11 octobre 2017 / 18:42 / dans 2 mois

LEAD 1-France-Macron dévoile ses pistes pour réorganiser la filière agricole

* Annonce une loi au premier semestre 2018, via ordonnances

* Il propose une inversion de la construction des prix

* Il conditionne le relèvement du seuil de revente à perte

* Il demande des objectifs filière par filière d‘ici décembre (Actualisé avec réactions)

RUNGIS, Essonne, 11 octobre (Reuters) - Inversion de la construction des prix, relèvement limité et sous conditions du seuil de revente à perte : Emmanuel Macron a dévoilé mercredi ses premières pistes pour réorganiser une filière agricole au bord de l‘asphyxie, affectée par la “guerre des prix” qui fait rage depuis quatre ans en France.

Très attendu par le monde agricole, le discours du chef de l‘Etat au marché de Rungis (Essonne) était conçu comme un “point d‘étape” des Etats généraux de l‘alimentation, lancés en juillet et dont la première phase s‘est achevée fin septembre.

Promesse de campagne d‘Emmanuel Macron, cette vaste concertation a vocation à améliorer les relations entre les acteurs de la filière, mieux accompagner les agriculteurs et faciliter l‘accès des consommateurs à des produits sains.

“La toute première responsabilité, c‘est de mettre fin à cette guerre de prix”, a estimé Emmanuel Macron. “Stopper la guerre des prix, c‘est stopper la dévalorisation permanente du revenu des agriculteurs et leur permettre de revivre de leur travail.”

“Pour ce faire, je souhaite que nous puissions acter de la mise en place d‘une contractualisation rénovée avec un contrat proposé par les agriculteurs et non plus par les acheteurs, ce qui est fondamental”, a ajouté le chef de l‘Etat. “Nous modifierons la loi pour inverser cette construction du prix qui doit pouvoir partir des coûts de production”.

Compte tenu du calendrier prévu, cette mesure ne pourra pas s‘appliquer aux négociations commerciales entre distributeurs et industriels qui débuteront le 1er novembre et qui fixeront les prix pour l‘année 2018.

Mais le gouvernement souhaite sur ce point “un engagement clair de toutes les parties prenantes auprès des ministres et sans attendre la loi” prévue pour le premier semestre 2018, qui devrait être adoptée par le biais d‘ordonnances.

REGROUPEMENT

Le monde agricole a subi plusieurs crises ces dernières années, provoquées par la chute des cours ou les épidémies de grippe aviaire dans le Sud-Ouest. Selon la Mutualité sociale agricole (MSA), un tiers des agriculteurs gagnent actuellement moins de 350 euros par mois.

La nouvelle méthode de calcul ne sera efficace pour le monde agricole que “si les agriculteurs se regroupent en organisations de producteurs pour peser plus dans les négociations”, a estimé Emmanuel Macron. Pour les y inciter, le gouvernement conditionnera certains dispositifs d‘aide à la taille des organisations de producteurs.

L‘Etat entend plus largement accompagner les agriculteurs, les aider à se professionnaliser et à définir des indicateurs de marché.

Autre mesure, controversée cette fois, le relèvement du seuil de revente à perte (SRP) - le prix en dessous duquel un distributeur ne peut pas vendre un produit. Cette mesure est dénoncée par Michel-Edouard Leclerc et des associations de consommateurs, qui redoutent une hausse des prix.

“Je suis favorable au relèvement du seuil de revente à perte économique pour les produits alimentaires et à l‘encadrement des promotions” et qu‘il soit inscrit dans la loi qui sera votée au Parlement au 1er semestre 2018, a dit Emmanuel Macron.

PAS DE CHÈQUE EN BLANC SUR LE SRP

Mais “le seuil de revente à perte qu‘on augmenterait seul sans demander aucun effort, aucun accompagnement, aucune transformation, c‘est une forme de chèque en blanc”, a-t-il ajouté. “C‘est pourquoi je vous demanderai de votre côté, d‘ici la fin de l‘année de travailler pour donner une pleine visibilité” via des plans de filières, filière par filière.

Ces plans devront assurer que le double objectif - un juste revenu garanti au producteur et une qualité supérieure pour le consommateur - soit rempli, avait indiqué l‘Elysée mardi, pour expliquer un report de cette mesure.

Pour la présidente de la Fédération nationale des syndicats d‘exploitants agricoles (FNSEA), Christiane Lambert, Emmanuel Macron a “compris qu‘il y avait de vrais enjeux”.

“Il s‘engage, il veut que nous nous engagions, mais la nature et le cadencement de ses engagements sont encore à clarifier”, a-t-elle dit à la presse.

L‘Association nationale des industries alimentaires (Ania) salue elle un “socle pour un sursaut positif pour tous les acteurs de la filière avec une volonté commune inédite de mettre fin à la guerre des prix”. Son président Jean-Philippe Girard regrette toutefois dans un communiqué “que ces mesures ne soient pas appliquées” pour les prochaines négociations commerciales. (Marine Pennetier et Sybille de La Hamaide, édité par Sophie Louet)

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