9 octobre 2017 / 11:23 / il y a 9 jours

GRAPHES-L'envolée des techs émergentes, un casse-tête pour les gérants

* L‘indice MSCI des marchés émergents de plus en plus “concentré”

* Les technologiques représentent la majeure partie de sa performance

* Réduire l‘exposition aux “techs” implique un risque de sous-performance

par Helen Reid

LONDRES, 9 octobre (Reuters) - L‘engouement des investisseurs pour les grandes valeurs technologiques émergentes se transforme en véritable casse-tête pour les gérants de tous types.

L‘envolée de la capitalisation boursière de quelques entreprises emblématiques comme les chinois Alibaba et Tencent a fortement accru leur poids dans l‘indice MSCI des marchés émergents.

En conséquence, les investisseurs qui s‘en remettent à une gestion passive en achetant des parts de fonds indiciels cotés (ETF), qui ne font que répliquer un indice en contrepartie de frais de gestion moindres, se trouvent en fait de plus en plus exposés à un seul secteur.

Dans le même temps, les gérants actifs, qui justifient des frais de gestion plus élevés par leur capacité à sélectionner les valeurs les plus performantes, doivent aussi investir dans ces entreprises technologiques au risque de voir la performance de leur fond décrocher de celle de l‘indice de référence.

Que les deux grandes familles de gérants en soient réduites à poursuivre le même but ne fait qu‘accroître le risque de dégagements massifs si les valeurs qu‘elles convoitent le plus venaient à trébucher.

“C‘est exactement l‘inverse de ce que vous essayez de faire avec un ETF: alors que vous recherchez une exposition diversifiée à moindre coût, vous vous retrouvez avec une exposition concentrée sur une dizaine de valeurs”, a dit Rory McPherson, responsable de la stratégie d‘investissement chez Psigma, un fonds de fonds émergents actifs.

EFFET GAFAM

Les cinq premières valeurs en termes de capitalisation dans l‘indice MSCI sont les géants chinois d‘internet et du commerce en ligne Alibaba et Tencent, le sud-coréen Samsung, le groupe médias et internet sud-africain Naspers, dont l‘un des principaux actifs est une participation dans Tencent, et le fabricant taïwanais de semi-conducteurs TSMC , qui représente près de 19% de la capitalisation totale de l‘indice MSCI Emergents selon des données de MSCI.

Le poids de ces cinq groupes s‘est renforcé avec l‘envolée de leur cours puisqu‘ils ne représentaient que 13,9% de l‘indice en janvier, un poids similaire à celui des cinq premières capitalisations technologiques du S&P 500, les “GAFAM” pour Google (Alphabet), Apple, Facebook, Amazon et Microsoft, elles aussi à l‘origine d‘une part croissance de la performance de l‘indice de référence de Wall Street.

Les fonds dédiés aux actifs émergents ont bénéficié de 56 milliards de dollars de flux de souscription nets depuis le début de l‘année, selon des données de Lipper, une filiale de Thomson Reuters. Sur ce montant, 23 milliards se sont dirigés vers les ETF.

Le basculement vers la gestion passive, toutes classes d‘actifs confondues, a été particulièrement remarqué dans le cas des actions émergentes en hausse de 60% depuis début 2016.

Sous l‘effet des flux de souscriptions des investisseurs, les valorisations d‘entreprises technologiques comme Alibaba et Tencent ont même dépassé celles de géants américains comme Facebook ou Alphabet, se traitant à des multiples de capitalisation des bénéfices attendus de plus de 50.

Cette dépendance aux valeurs technologiques de l‘indice MSCI Actions Emergentes suscite un certain malaise chez de nombreux gérants qui préfèrent investir dans les actions de constructeurs automobiles ou de groupes agroalimentaires émergents, qui offrent une meilleure exposition à la croissance attendue de la consommation des ménages dans ces pays.

Pour Ed Kerschner, responsable des investissements de la société de gestion Columbia Threadneedle, la performance des valeurs technologiques émergentes reflète celle de leurs grandes équivalentes américaines plus qu‘elle n‘offre une exposition aux pays émergents dans lesquels elles ont leur siège.

“La question est de savoir si vous achetez les marchés émergents ou si vous achetez de la technologie ?”, a-t-il dit. “Le risque en investissant dans les indices de référence émergents est de ne pas se diversifier par rapport au S&P 500.”

Du fait de l‘envolée des valeurs technologiques, l‘indice actions émergentes pondéré en fonction de la capitalisation boursière a surperformé tous les indices émergents équipondérés.

SUREXPOSITION

Le revers de la médaille est que tout décrochage des champions des techs aurait un effet majeur sur les ETF, entraînant potentiellement des rachats massifs.

Pour Scott Snyder, co-gérant du fonds marchés émergents ICON, les quatre premières valeurs technologiques en termes de capitalisation boursière sont à l‘origine d‘un tiers de la performance des actions émergentes depuis le début de l‘année.

“Beaucoup de gens qui s‘engouffrent dans les stratégies passives sur les émergents pourraient bien être surexposés aux technologiques actuellement”, prévient-il.

Il apparaît aussi que beaucoup de gérants émergents actifs, dont les investissements devraient être plus diversifiés que ceux des ETF, suivent les indices de plus en plus près.

Cela peut s‘expliquer par les pertes accusées et les fermetures de fonds intervenus depuis 2011 ainsi que par la longue phase de sous-performance des actifs émergents.

Des données de Copley Fund Research montrent que la part moyenne “active” des fonds émergents globaux, mesurée par la divergence de leur composition avec celle de l‘indice de référence, est tombée à 74,7% contre un pic à 78% en avril 2016.

Une tendance qui peut aussi s‘expliquer par l‘inclusion dans l‘indice des actions émergentes de valeurs chinoises cotées aux Etats-Unis, que les gérants actifs détenaient déjà en portefeuille avant cette décision, mais la concurrence des ETF est aussi en cause.

“La conséquence de l‘augmentation des flux vers les ETF a été de pousser les gérants actifs à se rapprocher de leurs indices de référence”, relève Edward Cole, gérant de portefeuille chez GLG Man Group.

Parmi les gérants actifs, beaucoup détiennent des valeurs technologiques pour une “mauvaise” raison, à savoir la crainte de sous-performer l‘indice, estime Kiran Nandra-Koehrer, membre de l‘équipe dédiée aux actions émergentes chez Pictet Asset Management.

D‘un côté, de nombreux investisseurs ne sont pas prêts à payer des frais de gestion plus élevés pour des fonds qui en réalité ne font que répliquer l‘indice; de l‘autre, les gérants actifs veulent éviter de trop sous-performer l‘indice au risque de voir les investisseurs leur retirer leur confiance.

Les données de Copley montrent que les fonds les moins actifs sont ceux qui se sont le plus rapprochés de l‘indice de référence l‘année dernière tandis que les plus actifs - définis comme les fonds dont les avoirs diffèrent à plus de 80% de ceux entrant dans la composition de l‘indice - ont accentué leur différenciation, sans doute pour justifier leurs frais de gestion.

Rory McPherson a ainsi cité l‘un des fonds actifs dans son portefeuille, le fonds Emerging Markets de la société de gestion Mirabaud, qui affiche une performance de 33% depuis le début de l‘année, supérieure à celle de 29% de l‘indice MSCI, ce qui montre qu‘un gérant actif peut surmonter l‘écueil de la concentration des risques.

“Nous préférons que nos gérants actifs se positionnent sur les petites valeurs technologiques, qui sont plus intéressantes”, a dit McPherson.

Sur le même thème :

*Les actifs émergents vont rester portés par les fondamentaux - UBP

avec Sujata Rao et Claire Milhench; Marc Joanny pour le service français, édité par Marc Angrand

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