7 octobre 2017 / 12:29 / il y a 13 jours

Les conservateurs redoutent les conséquences de la fronde anti-May sur le Brexit

* Les frondeurs du Parti conservateur ne sont pas assez nombreux pour forcer une primaire contre Theresa May

* Mais en étalant les divisions internes, ils fragilisent Londres face aux négociateurs européens

* Le Telegraph fait état de contacts accrus entre Bruxelles et le travailliste Jeremy Corbyn

par Michael Holden

LONDRES, 7 octobre (Reuters) - Ruth Davidson, chef de file du Parti conservateur britannique en Ecosse et étoile montante des Tories, a appelé samedi les députés tentés de renverser Theresa May à se taire et à se rassembler derrière leur Première ministre.

“Je veux dire à mon parti de faire le ménage dans sa propre cour, de s‘unir, de s‘atteler à la tâche et de s‘assurer que notre premier engagement, notre dernier et notre unique engagement, il est pour notre pays”, a-t-elle dit sur la BBC.

Davidson est sortie renforcée des élections législatives anticipées du mois de juin: tandis que le parti essuyait un grave revers au niveau national, perdant sa majorité absolue à la Chambre des communes, les Tories progressaient en Ecosse.

Theresa May, a-t-elle ajouté, “est une femme d‘action, de courage, de détermination. Je la soutiens aujourd‘hui et je la soutiendrai à l‘avenir”.

Le message en forme de rappel à l‘ordre de Ruth Davidson vise la trentaine de députés conservateurs réunis derrière l‘ancien président du parti Tory, Grant Shapps, qui réclament le départ de Theresa May.

Selon les règles du parti, il en faudrait 48 pour lancer un processus de primaire interne.

Theresa May, dont la fragilité politique s‘est encore accentuée depuis son discours catastrophe mercredi lors du congrès annuel du parti, à Manchester, a répondu aux frondeurs en promettant de donner une “direction sereine” au Royaume-Uni.

“Ce dont le pays a besoin, c‘est une direction sereine et c‘est ce que je lui fournis avec le total soutien de mon gouvernement”, a-t-elle dit dans une déclaration envoyée vendredi aux médias.

LE SCÉNARIO D‘UN BREXIT SANS ACCORD GAGNE EN CRÉDIBILITÉ

Des poids lourds du parti ont fait bloc autour d‘elle mais la rébellion animée par Shapps risque de compliquer les négociations déjà ardues avec les Européens sur les modalités du Brexit, programmé pour mars 2019, soit dans dix-huit mois à peine.

Le scénario d‘une absence d‘accord sur le divorce n‘a jamais été exclu. “Nous voulons être parés à toute éventualité, y compris une absence d‘accord”, déclarait ainsi Michel Barnier, le chef de l‘équipe de négociateurs de l‘UE, en juillet dernier après le début officiel des discussions avec Londres.

Mais face à l‘incertitude politique qui prévaut en Grande-Bretagne, diplomates et fonctionnaires européens ont accentué les préparatifs en prévision d‘une telle issue, qui semble gagner en crédibilité.

“C‘est le sentiment qui progresse”, confirme un haut responsable européen. “Il faut intégrer le fait qu‘il ne s‘agit pas d‘un processus rationnel”, ajoute-t-il, assurant qu‘économiquement, la victoire du camp du Brexit lors du référendum de juin 2016 n‘avait déjà pas beaucoup de sens.

“Il n‘est donc pas improbable que les Britanniques fuient à nouveau les impératifs économiques et que nous finissions par sauter dans le vide faute d‘accord politique”, ajoute-t-il.

La Fédération des industries allemandes (BDI) a du reste invité jeudi les entreprises allemandes à se préparer à un “Brexit très dur”.

“ON COMMENCE À PRENDRE CORBYN AU SÉRIEUX”

Le Daily Telegraph affirme samedi que des négociateurs européens entretiennent des contacts plus étroits avec le leader travailliste Jeremy Corbyn dans l‘éventualité où le cabinet May chuterait et que de nouvelles élections porteraient le Labour au pouvoir.

Selon les sources du Telegraph, il y a eu un “changement de ton significatif” à Bruxelles à l‘égard du Labour depuis les élections anticipées du mois de juin. Et les rencontres à haut niveau sont devenues plus fréquentes. “On commence à prendre Corbyn au sérieux”, rapporte le journal.

Les dirigeants européens se retrouveront les 19 et 20 octobre à Bruxelles, où ils se pencheront sur les derniers développements intervenus dans les négociations avec Londres.

Le Financial Times écrit que l‘Allemagne et la France ne croient plus à la possibilité d‘ouvrir rapidement la deuxième phase des négociations, portant sur les relations entre le Royaume-Uni et les Européens une fois le Brexit en vigueur, et veulent que les modalités du divorce soient fixées dans le détail avant de passer à la suite.

En Grande-Bretagne, certains conservateurs redoutent que la fronde amorcée par Grant Shapps ne soit exploitée par les Européens pour imposer leurs vues à Londres.

“Les tirs de personnalités comme Grant Shapps vont être utilisés par des gens comme Michel Barnier et Jean-Claude Juncker qui vont se dire qu‘il y a des divisions au sein de notre gouvernement et qu‘il pourrait être possible de nous proposer un plus mauvais accord ou de faire traîner les choses”, a dit le député Nigel Evans à la BBC. (avec Alastair Macdonald et Jan Strupcewski à Bruxelles; Henri-Pierre André pour le service français)

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