6 octobre 2017 / 03:01 / il y a 2 mois

LEAD 2-Incitée à démissionner, Theresa May promet une "direction sereine"

* May va négocier le Brexit en position de faiblesse

* Un ancien dirigeant conservateur juge son départ inéluctable

* Aucun candidat de remplacement consensuel ne s‘impose (Actualisé tout du long)

par Guy Faulconbridge et Costas Pitas

LONDRES, 6 octobre (Reuters) - La Première ministre britannique Theresa May a promis vendredi de donner une “direction sereine” au Royaume-Uni, repoussant les appels à la démission émanant de son propre parti, ressorti encore plus divisé de son congrès annuel, cette semaine à Manchester.

La chef du gouvernement, qui ne s‘était pas exprimée en public depuis son discours jugé désastreux mercredi soir en clôture du congrès, a répondu à l‘ancien président des Tories Grant Shapps, qui a réclamé vendredi son départ sur les ondes de la BBC, jugeant même celui-ci inéluctable.

“Ce dont le pays a besoin, c‘est une direction sereine et c‘est ce que je lui fournis avec le total soutien de mon gouvernement”, dit Theresa May, dans une déclaration envoyée aux médias.

Alors que Londres entame une phase délicate des négociations avec l‘Union européenne, la Première ministre apparaît très fragilisée, même si aucun successeur indiscutable ne s‘impose pour pacifier un parti déchiré entre partisans et adversaires du Brexit.

D‘après Grant Shapps, qui a présidé le Parti conservateur de 2012 à 2015, une trentaine de députés, dont cinq ex-ministres, souhaitent comme lui la pousser vers la sortie pour épargner aux Tories une déroute lors des prochaines législatives face aux travaillistes de Jeremy Corbyn.

“Je pense qu‘elle devrait convoquer une élection pour la direction du parti”, a-t-il déclaré vendredi à la BBC. “C‘est écrit.”

Pour qu‘un tel vote soit organisé, le président du “comité de 1922” du Parti conservateur doit être sollicité par un minimum de 48 députés.

AFFAIBLIE FACE À BRUXELLES

Interrogé vendredi par la BBC sur cette éventualité, le vice-président du comité, Charles Walker, a préféré la tourner en dérision.

“Le 10 Downing Street sera ravi d‘apprendre que Grant Shapps est à la tête de cette tentative de putsch”, a-t-il dit. “Grant a beaucoup de talents mais s‘il y en a un qu‘il n‘a pas, c‘est celui de suivre la ligne du parti.”

Le principal argument des partisans du maintien au pouvoir de Theresa May, comme des ministres qui se sont succédés ces derniers jours pour la soutenir, est de faire valoir que le Royaume-Uni a besoin de stabilité à un moment aussi crucial de son histoire.

Il n‘empêche que c‘est dans une position de faiblesse sans précédent que la Première ministre va devoir négocier avec l‘Union européenne, si elle reste aux affaires.

Son autorité avait déjà été ébranlée par son pari raté des élections anticipées du mois de juin, qui ont coûté aux Tories leur majorité absolue au Parlement de Westminster, et par sa valse-hésitation sur la stratégie à adopter en vue du Brexit, qui a laissé les observateurs pantois de Bruxelles à Londres.

Le congrès de Manchester, pendant lequel elle espérait se relancer, a produit l‘effet inverse, avec un discours sans relief interrompu par des quintes de toux et par l‘irruption d‘un comédien qui lui a remis une fausse lettre de licenciement prétendument signée par Boris Johnson, son fantasque ministre des Affaires étrangères.

Ardent partisan d‘un “Brexit dur”, le chef de la diplomatie a été l‘un des acteurs les plus en vue dans la ville du nord de l‘Angleterre, listant un jour ses conditions aux négociations avec Bruxelles pour éviter de trop grandes concessions, et proclamant le lendemain son allégeance à Theresa May et à son discours de Florence ouvrant la voie à une sortie de l‘Union européenne moins brutale.

PAS DE REMPLAÇANT INDISCUTABLE

D‘après Grant Shapps, les manoeuvres visant à évincer la Première ministre ne datent pas du congrès de Manchester et rassemblent aussi bien des partisans que des adversaires du Brexit.

“Ils ne se mettront jamais d‘accord de manière automatique sur un même candidat”, a reconnu l‘ancien dirigeant des Tories, résumant la difficulté de la tâche des “frondeurs”.

Dans son édition de vendredi, le Sun, un des tabloïds les plus lus, écrit que cette tentative de “putsch” a d‘ores et déjà échoué, faute d‘un nombre suffisant de députés prêts à soutenir l‘élection d‘un nouveau dirigeant.

La plus grande crainte de nombreux conservateurs est de devoir organiser dans un futur proche de nouvelles élections législatives qui pourraient porter au pouvoir le travailliste Jeremy Corbyn et son programme “révolutionnaire”.

Pour les partisans de Theresa May, comme son vice-Premier ministre Damian Green, il n‘y a donc pas d‘autre choix que de souhaiter le “succès de ce gouvernement”,

“Elle doit rester”, martèle aussi vendredi la ministre de l‘Intérieur, Amber Rudd, dans les colonnes du Telegraph. Le discours de la Première ministre était parfois difficile à regarder, reconnaît-elle, mais Theresa May a géré les interruptions “avec courage et élégance”. (Julie Carriat, Pierre Sérisier et Tangi Salaün pour le service français)

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