4 octobre 2017 / 20:49 / il y a 2 mois

LEAD 1-L'indépendance en suspens, le président catalan veut une médiation

(Actualisé tout du long)

par Sonya Dowsett et Angus Berwick

BARCELONE, 4 octobre (Reuters) - Le chef de l‘exécutif catalan, Carles Puigdemont, n‘a pas explicitement confirmé mercredi que la Catalogne proclamerait unilatéralement son indépendance au vu du résultat du référendum d‘autodétermination de dimanche, préférant renouveler son appel au dialogue avec Madrid et à une médiation extérieure.

Dans une allocution très attendue prononcée en début de soirée depuis la Généralité de Catalogne, le siège du pouvoir régional à Barcelone, Carles Puigdemont a adopté un ton moins catégorique qu‘au cours des jours précédents et a soigneusement évité de prononcer le mot “indépendance”, véritable chiffon rouge pour Madrid.

“C‘est un moment qui réclame une médiation. Nous avons reçu diverses offres au cours des dernières heures et nous allons en recevoir d‘autres. Tout le monde sait que je suis prêt à entamer un processus de médiation”, a-t-il déclaré lors de son discours retransmis à la télévision.

Madrid a aussitôt rejeté cette main tendue.

“Si M. Puigdemont veut discuter ou négocier, ou s‘il veut envoyer des médiateurs, il sait parfaitement ce qu‘il doit commencer par faire: revenir au respect de la loi”, ont réagi les services du chef du gouvernement, Mariano Rajoy, dans un communiqué.

S‘il n‘a pas évoqué explicitement l‘indépendance pendant son allocution, comme il l‘avait fait à plusieurs reprises depuis dimanche soir, Carles Puigdemont n‘a de fait pas refermé cette porte, loin s‘en faut.

“Je suis sûr que dans les prochains jours, nous montrerons le meilleur de notre pays lorsque les institutions de Catalogne mettront en oeuvre les résultats du référendum”, a notamment déclaré le dirigeant catalan.

L‘INDÉPENDANCE PROCLAMÉE LUNDI?

Une élue du parti indépendantiste CUP (Candidature d‘unité populaire), Mireia Boya, a assuré sur Twitter que la Catalogne déclarerait son indépendance lundi lorsque le Parlement régional se réunira pour examiner le résultat du référendum.

“Nous savons qu‘il y aura des exclusions, des arrestations... Mais nous sommes prêts et rien ne nous arrêtera”, a-t-elle écrit.

Des sources proches de l‘exécutif catalan ont aussi laissé entendre mercredi que la Catalogne devrait proclamer son indépendance lundi prochain.

Carles Puigdemont a salué la détermination des Catalans qui ont participé au scrutin pour gagner leur “souveraineté” et qui ont défilé mardi dans le calme dans les rues de Catalogne pour dénoncer les violences policières.

Il a opposé le pacifisme de ses compatriotes à la violence de la police espagnole et sa propre volonté de dialogue à l‘intransigeance du chef du gouvernement espagnol, Mariano Rajoy, et du roi Felipe VI, dont il a jugé le dernier discours “catastrophique”.

Felipe VI a déploré mardi soir l‘attitude “irresponsable” des dirigeants sécessionnistes catalans, qu‘il a accusés d‘avoir divisé la société catalane et “bafoué (...) le système de règles approuvées par la loi, démontrant une déloyauté inadmissible envers les pouvoirs de l‘Etat”.

Préférant retenir des réactions de la Commission européenne et de pays européens (voir et) les appels au dialogue plutôt qu‘au respect de l‘ordre constitutionnel espagnol, Carles Puigdemont a déploré que Madrid ne veuille pas entendre parler de négociations.

RAJOY REJETTE UNE OFFRE DE PODEMOS

Dans la journée, déjà, Mariano Rajoy avait refusé une offre de médiation du parti d‘extrême gauche Podemos en exigeant que Carles Puigdemont s‘engage au préalable à ne pas proclamer unilatéralement l‘indépendance.

“Ce n‘est pas négociable. On ne peut pas traiter avec des gens qui veulent exercer un chantage aussi brutal sur l‘Etat”, a-t-on précisé de source gouvernementale à Madrid.

Pour faire monter la pression sur les autorités espagnoles, Carles Puigdemont a multiplié les entretiens avec des médias européens, dont le journal allemand Bild, auquel il a dit qu‘il n‘aurait pas d‘autre choix que de déclarer l‘indépendance si Mariano Rajoy refuse de négocier et continue à agir de manière “autoritaire”.

“Le gouvernement espagnol permet l‘arrestation d‘opposants politiques, il influence les médias et bloque les sites internet. Nous sommes surveillés jour et nuit”, a dit le chef de l‘exécutif catalan à Bild.

Dans une autre interview, accordée à la BBC, il estime qu‘une intervention de Madrid pour établir un contrôle direct sur la Catalogne serait “une erreur” susceptible de “tout changer”.

La crise constitutionnelle en Espagne, qui est sans précédent depuis le rétablissement de la démocratie il y a une quarantaine d‘années, inquiète en Europe et pèse aussi sur les marchés financiers.

L‘indice phare de la Bourse de Madrid, l‘Ibex, est passé mercredi sous la barre des 10.000 points pour la première fois depuis mars 2015. Il a finalement cédé 2,85%. Les tensions en Espagne pèsent en outre sur l‘ensemble du secteur bancaire européen. (Avec Adrian Croft et Julien Toyer à Madrid, Henri-Pierre André, Gilles Trequesser et Tangi Salaün pour le service français, édité par Benoît Van Overstraeten)

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