26 septembre 2017 / 12:53 / il y a 3 mois

ENCADRE-Les enjeux et risques d'une fusion d'Alstom et Siemens Mobility

PARIS, 26 septembre (Reuters) - Siemens devrait choisir ce mardi de fusionner ses activités dans le secteur ferroviaire avec le français Alstom, et les conseils des deux groupes se réunissent dans l‘après-midi pour examiner le dossier.

Voici en résumé la logique industrielle qui sous-tend ce possible rapprochement et les risques potentiels qu‘il comporterait, sur la base des sources au fait du dossier contactées par Reuters :

LA HAUTE MAIN POUR SIEMENS ?

Siemens Mobility, la branche de matériel roulant et de signalisation ferroviaire de Siemens, devrait prendre 50% plus une action du groupe Alstom. L‘entité combinée afficherait un chiffre d‘affaires de quelque 15 milliards d‘euros, pour mieux faire face à la concurrence du champion chinois CRRC qui s‘est lancé dans une offensive mondiale pour rafler des parts de marché et affiche des revenus deux fois plus importants.

UNE FUSION ENTRE ÉGAUX ?

Les autorités françaises, qui plaident pour un tel rapprochement, insistent sur la nécessité d‘une fusion “équilibrée”. Dans le cadre des discussions actuelles, le président non exécutif de la future entité serait choisi par Siemens et le directeur général serait l‘actuel président d‘Alstom Henri Poupart-Lafarge, qui serait aussi administrateur. Le conseil compterait 11 membres, dont six nommés par Siemens.

Selon la presse, la nouvelle société aurait son siège en France.

LES DESSOUS POLITIQUES

Un accord entre Siemens et Alstom scellerait la première alliance franco-allemande depuis l‘arrivée à l‘Elysée d‘Emmanuel Macron, qui milite pour une plus grande intégration économique européenne. Les opposants du chef de l‘Etat, cependant, ont commencé à faire pression sur le gouvernement en critiquant la manière dont un nouveau “fleuron industriel français”, et non des moindres puisque le TGV fabriqué par Alstom est de longue date une des fiertés françaises, passerait sous pavillon allemand.

LES REVENDICATIONS SYNDICALES

Siemens n‘a pas d‘usine en France, tandis qu‘Alstom en a une en Allemagne. Alstom et Siemens négocient un accord sur le maintien de l‘emploi pendant quatre ans, qui protégerait les salariés français d‘Alstom. Suffira-t-il à juguler une éventuelle levée de boucliers politique et sociale en France ?

D‘ores et déjà en alerte, des syndicats ont écrit à Emmanuel Macron la semaine dernière en lui demandant de clarifier sa stratégie pour Alstom.

L‘ÉTAT FRANÇAIS SERA-T-IL ACTIONNAIRE ?

Le groupe Bouygues détient 8,3% du capital d‘Alstom et est propriétaire de 20% supplémentaires qu‘il a prêtés à l‘Etat français en 2014 pour faciliter la cession à General Electric des activités d‘Alstom dans l‘énergie.

L‘Etat n‘exercera pas son option d‘achat sur ces 20% au prix du marché, qui expirera le 17 octobre, ont dit des sources à Reuters. Dans ce cas, Bouygues disposera de 28,3% du capital d‘Alstom et en sera le premier actionnaire, mais il verra cette participation diluée de moitié dans le cadre d‘un accord avec Siemens.

QUE FERA BOUYGUES DE SA PARTICIPATION ?

Bouygues est entré au capital d‘Alstom en 2006 lors du sauvetage par l‘Etat du spécialiste du ferroviaire. Depuis, Alstom est devenu un actif non stratégique pour Bouygues, conglomérat dont les activités sont centrées sur le BTP, les télécoms et les médias. Bouygues a cependant dit à plusieurs reprises qu‘il ne sortirait pas d‘Alstom à moins de 35 euros par action (le titre Alstom se traite à un peu plus de 33 euros actuellement). Mais il pourrait aussi conserver cet actif, du moins dans un premier temps.

LES QUESTIONS RÉGLEMENTAIRES DE CONCURRENCE

Une fusion entre Alstom et Siemens Mobility devra avoir le feu vert de la Commission européenne, ce qui pourrait impliquer des cessions d‘actifs pour éviter des abus de position dominante.

Les autorités françaises ne sont pas inquiètes concernant ces questions anti-trust, un aspect que, selon les analystes de Barclays, le PDG d‘Alstom Henri Poupart-Lafarge a cependant cité à plusieurs reprises comme un élément de préoccupation dans le cadre d‘une consolidation européenne du secteur ferroviaire.

Dominique Rodriguez pour le service français, édité par Marc Joanny

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