30 août 2017 / 21:58 / dans 22 jours

Macron va maintenir le cap malgré "l'impatience" et "le monde ancien"

* Interview publiée à la veille de la réforme du Code du travail

* Macron entend agir en profondeur, “sans rien céder”

* Il s‘en prend aux “forces du monde ancien”, défend ses réformes

PARIS, 30 août (Reuters) - A l‘aube d‘un mois de septembre qui s‘annonce agité, Emmanuel Macron affiche, dans une longue interview au Point publiée mercredi soir, sa détermination à maintenir le cap de ses réformes malgré l’“impatience du peuple” et les réticences des “forces du monde ancien”.

Dans cet entretien d‘une quinzaine de pages publié à la veille de la présentation des ordonnances sur le Code du Travail, réforme phare et potentiellement explosive de son début de quinquennat, le chef de l‘Etat défend sa politique de “reconstruction” après “trois décennies d‘inefficacité”.

“Les cent premiers jours qui se sont écoulés sont les plus denses qui aient suivi une élection présidentielle”, souligne Emmanuel Macron, citant notamment la loi sur la moralisation de la vie publique, la lutte contre le terrorisme, contre le réchauffement climatique et la loi Travail.

“Je sais l‘attente de nos concitoyens en matière de renouvellement”, poursuit-il. “Mais je ne suis pas dupe. Il y a aussi beaucoup de gens qui ont voulu faire barrage au FN, j‘apparais pour eux comme un dernier recours”.

“Je vais devoir vivre pendant des mois avec l‘impatience du peuple, constamment je devrai refixer le cap, expliquer où nous allons et la France que nous voulons construire”, ajoute Emmanuel Macron. “Avec vision, pédagogie, méthode. Je dois agir en profondeur, sans rien céder. Les Français se remettront à croire au discours politique quand les résultats seront là”.

Trois mois après son accession à l‘Elysée, le chef de l‘Etat voit sa cote de popularité plonger, pour s‘établir à 40% de bonnes opinions. Selon un nouveau sondage publié mercredi, seule une minorité de Français (43%) déclare désormais avoir une bonne opinion de lui contre 55% qui en ont une mauvaise .

“MYOPIE”

L‘été a été particulièrement mouvementé pour le couple exécutif, entre la réduction de l‘aide personnalisée au logement, la volte-face fiscale et la passe d‘armes avec le chef d‘état-major des armées. La rentrée pourrait se révéler tout aussi houleuse avec l‘annonce attendue d‘importantes économies conjuguée à la réforme de loi ravail, qui cristallise les critiques de l‘opposition et l‘inquiétude des syndicats.

Deux journées de manifestations sont prévues, le 12 septembre par le CGT et le 23 par La France insoumise, vent debout contre ce que Jean-Luc Mélenchon considère être un “coup d‘Etat social”.

“Je sais plus qu‘un autre que les articles (de la réforme du Travail-NDLR) auront des conséquences sur la vie de nos concitoyens et c‘est pour cela que j‘y suis extrêmement attentif”, assure Emmanuel Macron. “Mais je voudrais nous mettre collectivement en garde contre la myopie qui en résulte.”

“La réforme du marché du travail est une réforme de transformation profonde et, comme je m‘y suis engagé, elle doit être assez ambitieuse et efficace pour continuer à faire baisser le chômage de masse et permettre de ne pas revenir sur ce sujet durant le quinquennat”, poursuit-il, évoquant une “révolution copernicienne”.

Quant à ceux qui plus globalement “réclament un bilan dès aujourd‘hui, ce sont les mêmes qui disaient d‘abord que j‘étais un intrus, un opportuniste”, estime le président de 39 ans, qui a remporté l‘élection présidentielle aux dépens des partis politiques traditionnels.

“Je constate, au passage, que les forces du monde ancien sont toujours là, bien présentes, et toujours engagées dans la bataille pour faire échouer la France”, ajoute le chef de l‘Etat.

RÉPONSE À HOLLANDE ET MÉLENCHON

L‘opposition, notamment La France insoumise, a fustigé ces dernières semaines la politique économique du couple exécutif, la jugeant favorable aux ménages les plus aisés, au détriment des Français les plus fragiles.

“Je respecte toutes les oppositions. Mais notez que Jean-Luc Mélenchon n‘apporte aucune solution pour les vrais sacrifiés du système”, note Emmanuel Macron. “C‘est quand vous réformez le marché du travail et du logement que vous faites un politique pour la jeunesse. C‘est en recréant des libertés et de la mobilité.”

“Pour les plus fragiles, on pense qu‘on a tout fait en leur donnant des droits abstraits et de l‘argent. Or c‘est un accès et de l‘accompagnement qu‘il faut leur garantir”.

Quant à la mise en garde de François Hollande contre des “sacrifices inutiles”, Emmanuel Macron estime “étrange que l‘impossibilité qui a été la sienne de défendre son bilan devant les Français puisse motiver une tentation, dans les années qui viennent, de la justifier devant les journalistes”.

Cet entretien fleuve, sans véritables annonces, met un terme à une période de relatif silence médiatique du chef de l‘Etat, qui depuis son élection en mai n‘a accordé que trois interviews à la presse écrite, cette dernière comprise.

“Le président de la République n‘est pas seulement un acteur de la vie politique, il en est la clé de voûte”, estime Emmanuel Macron. “Il ne peut plus être dans le commentaire au jour le jour.” (Marine Pennetier, édité par Sophie Louet)

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