24 août 2017 / 11:53 / dans un mois

Les groupes européens cherchent la riposte aux fonds activistes

* Les campagnes activistes en Europe ont doublé en cinq ans

* Des poids lourds, comme BHP Billiton ou Nestlé, pris pour cible

* Les banques conseils de plus en plus sollicitées

* Le taux de réussite des fonds activistes a baissé

par Clara Denina , Ben Martin et Maiya Keidan

LONDRES, 24 août (Reuters) - Confrontés à la menace de plus en plus réelle des investisseurs activistes, qui cherchent à imposer des changements de stratégie pour doper le cours de leur cible, de plus en plus d‘entreprises européennes se voient conseiller par leurs banques de se rapprocher de leurs actionnaires historiques.

Les actionnaires activistes sont principalement des fonds spéculatifs qui gèrent des dizaines de milliards de dollars. Les plus importants viennent des Etats-Unis mais désormais, forts de leurs succès à Wall Street et favorisés par l‘appréciation du dollar, ils cherchent hors du marché américain de nouvelles opportunités d‘investissement.

Selon JPMorgan, les investisseurs activistes ont lancé 119 campagnes en Europe entre juillet 2016 et juin 2017, contre 100 sur les 12 mois précédents et 62 cinq ans plus tôt.

Cette montée en puissance incite les cdirections des grands groupes européens cotés à demander à leurs banquiers de les aider à préparer leur défense.

“Nous avons constaté une augmentation sensible des appels de nos clients demandant notre avis sur la façon de se préparer au cas où ces investisseurs viendraient frapper à leur porte, surtout après l‘annonce de l‘entrée d‘activistes chez Nestlé et Clariant-Huntsman”, souligne Hernan Cristerna, co-directeur des fusions et acquisitions chez JPMorgan au niveau mondial.

LES GROUPES BRITANNIQUES, CIBLES DE CHOIX

Le fonds new-yorkais Corvex pousse le groupe chimique suisse Clariant a abandonner son projet de fusion avec son concurrent américain Huntsman. Third Point, dirigé par le gérant de fonds spéculative Dan Loeb, a pris une participation de 3,5 milliards de dollars dans Nestlé en juillet et commencé à faire pression pour une réorganisation.

Mi-août, Danone a grimpé à la Bourse de Paris après des informations de presse selon lesquelles Corvex aurait investi 400 millions de dollars dans son capital.

Plusieurs fonds activistes européens existent déjà, comme TCI Fund Management et Cevian, mais la plupart des plus grands fonds, comme Third Point, Elliott Management et ValueAct, sont américains et se livrent à une vive concurrence aux Etats-Unis.

Une raison de plus de se tourner vers l‘Europe, dont l‘attrait est renforcé par l‘amélioration de la conjoncture économique et le reflux des tensions financières.

Les sociétés britanniques sont les plus recherchées en raison des règles de gouvernance dans le pays, qui accordent plus d‘influence aux actionnaires, et des tours de table souvent éclatés entre un grand nombre d‘investisseurs minoritaires.

Le géant minier anglo-australien BHP Billiton s‘efforce ainsi depuis cinq mois de parer aux pressions d‘Elliott Management, qui réclame une remise à plat de la stratégie. Mardi, BHP a annoncé son intention de sortir du pétrole et du gaz de schiste aux Etats-Unis, cédant ainsi à une des exigences du fonds.

JOUER LES ACTIONNAIRES HISTORIQUES ET LES CESSIONS CIBLÉES

Les fonds activistes commencent généralement par discuter discrètement d‘éventuels changements de stratégie avec la direction de leur cible. Certains groupes les accueillent favorablement, trouvant en eux un soutien susceptible de convaincre d‘autres actionnaires d‘approuver des transformations importantes.

Mais la plupart des sociétés les considèrent comme une menace, surtout lorsqu‘ils commencent à afficher publiquement leurs exigences et qu‘ils critiquent les cadres dirigeants.

“De plus en plus de sociétés en Europe ressentent le besoin de discuter de ces investisseurs activistes avec leurs conseils; personne n‘a envie d‘avoir à parer au grand jour une attaque d‘un activiste”, dit Hernan Cristerna.

Des banquiers expliquent qu‘il conseillent à leurs clients de se rapprocher des autres actionnaires pour les dissuader de soutenir ces attaques. Ils recommandent aussi à certains de passer en revue leurs actifs afin d‘identifier des cessions potentielles susceptibles d‘améliorer la distribution de liquidités aux actionnaires.

Ces manoeuvres préventives peuvent contribuer à expliquer la baisse des taux de réussite des campagnes activistes depuis 2014. Selon les données du cabinet d‘études spécialisé Activist Insight, en 2017, seules 32,8% de ces campagnes ont “au moins partiellement atteint leur but”, contre 43,2% en 2016.

Parmi les victoires incontestables de cette année figure la campagne du fonds nordique Accendo Capital Managers, devenu le premier actionnaire du groupe suédois de fibre optique Hexatronic Group, dont le titre s‘est envolé de près de 80% depuis entrée au tour de table.

D‘autres campagnes affichent des succès plus mitigés, comme celle du fonds britannique TCI contre l‘offre de Safran sur Zodiac Aerospace, dont il contestait le bien-fondé. “Nous avons obtenu l‘essentiel de ce que nous demandions”, a déclaré l‘associé de TCI Jonathan Amouyal à Reuters en mai, après la modification de l‘offre de Safran, simplifiée et revue à la baisse.

En revanche, TCI n‘a pas encore obtenu de changement notable de la stratégie de Volkswagen et le titre du groupe automobile a baissé de 2,14% depuis qu‘il a lancé sa campagne.

En France, le fonds américain a récemment franchi le seuil de 5% du capital d‘Eurotunnel.

DIFFÉRENCES CULTURELLES

Les banquiers américains disent qu‘avec la montée en puissance des offensives contre des entreprises européennes, ils renforcent leur activité de conseil dans cette partie du monde.

“Les investisseurs institutionnels européens sont moins à l‘aise avec le concept d‘activisme du point de vue de la culture d‘entreprise, surtout lorsqu‘il s‘agit d‘un fonds américain”, note Chris Young, responsable de l‘équipe chargée des situations de conflit chez Credit Suisse à New York.

“Aux Etats-Unis, les activistes sont souvent traités comme des ‘rock stars’, ils ont une bonne couverture médiatique, ce qui n‘est pas le cas en Europe”, ajoute-t-il.

Pour Harlan Zimmerman, associé de l‘investisseur activiste anglo-suédois Cevian Capital, les sociétés européennes commencent à changer d‘attitude.

“Avec la prolifération des offensives d‘activistes, les sociétés et leurs conseils ont acquis une meilleure compréhension du spectre de l‘activisme et de la façon de traiter avec des activistes de tous bords”, dit-il.

“Le fait d‘avoir des activistes au capital et au conseil d‘administration n‘est plus stigmatisé. Certains conseils d‘administration y voient au contraire une forme de validation et de soutien à leurs propres objectifs.” (Juliette Rouillon pour le service français, édité par Marc Angrand)

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