23 août 2017 / 17:12 / il y a 3 mois

GRAPHES-Vendre la dette italienne, un pari qui reste risqué

par Ritvik Carvalho et John Geddie

LONDRES, 23 août (Reuters) - La dette italienne est de nouveau sous pression cette semaine, l‘ampleur de l‘endettement public et l‘instabilité politique du pays inquiétant à nouveau les investisseurs, mais certains fonds se montrent prudents à l‘idée de se positionner à la vente sur les emprunts d‘Etat transalpins, un pari qui n‘a guère été payant cette année.

La dette souveraine et les actions italiennes semblaient promises à la baisse à la fin de l‘année dernière, plombées par la démission de Matteo Renzi de la présidence du Conseil après un référendum perdu sur la réforme électorale et par les difficultés d‘un secteur bancaire handicapé par ses créances douteuses.

Si la première partie de l‘année n‘a pas été de tout repos, la Bourse de Milan a progressé de plus de 10% depuis le 1er janvier et les emprunts d‘Etat italiens ont tenu bon face à leurs équivalents allemands, référence au sein de la zone euro.

Lorsque l‘ex-président du Conseil Silvio Berlusconi a ressorti le week-end dernier sa proposition déjà ancienne de création d‘une monnaie parallèle aux côtés de l‘euro en Italie, de grandes banques d‘investissement internationales ont alerté leurs clients pour leur rappeler les risques que peut faire peser le pays sur l‘union monétaire européenne dans son ensemble.

Vous trouverez ci-dessous une revue des principales plaies de l‘Italie aux yeux des investisseurs qui ne sont toutefois pas toutes aussi béantes que cela:

1. Le poids de l‘endettement public

Alors que les investisseurs s‘inquiètent toujours d‘un éventuel “cygne noir”, un événement imprévisible dont le déclenchement aurait des conséquences négatives majeures pour les marchés, l‘Italie, avec un endettement élevé et une croissance faible, est avec la Chine - où la croissance est nettement plus soutenue mais la dette privée en plein boom - un “rhinocéros gris” pour les marchés, estime l‘analyste Michele Wucker, à l‘origine de cette nouvelle comparaison animalière.

Pour Erik Nielsen, l‘économiste en chef d‘UniCredit, les craintes sur la soutenabilité de la dette italienne sont toutefois exagérées et le niveau d‘endettement du pays devrait se stabiliser même en cas de hausse modérée des taux d‘intérêt.

“Une croissance de 1%-1,5% (par an) n‘a rien d‘impressionnant mais elle est suffisante pour dissiper les craintes sur la soutenabilité de la dette”, estime-t-il.

2. L‘absence de marge de manoeuvre budgétaire

L‘Italie s‘est plutôt bien débrouillée pour contrôler son déficit budgétaire et tant qu‘elle y parvient, le pays devrait être en mesure de refinancer sa dette dans les temps.

Eric Lascelles, économiste en chef de RBC Global Asset Management, se demande toutefois si cela va pouvoir durer avec le vieillissement de la population, qui va transformer un nombre croissant de contribuables en retraités.

“Du point de vue de la soutenabilité de la dette, la dynamique démographique est franchement atroce pour les 30 prochaines années”, estime-t-il.

3. Les difficultés du secteur bancaire

Autre point noir pour les finances publiques: le nombre croissant de banques qui risquent d‘avoir besoin d‘un soutien public. Plusieurs injections de fonds publics se sont déjà ajoutées au plan de sauvetage d‘envergure dont a bénéficié Banca Monte dei Paschi di Siena, que les autorités européennes ont approuvé.

Les banques italiennes restent plombées par près de 300 milliards d‘euros de créances douteuses, qui pèsent sur leur rentabilité et leur capacité à distribuer des crédits.

Mais pour Erik Nielsen, les créances douteuses sont désormais clairement en recul et si l‘on prend en compte la faiblesse de la demande de crédit en Italie, conséquence d‘une croissance plus faible que dans le reste de la zone euro, la production de crédit en Italie est comparable à celle des autres banques européennes.

4. Le moindre soutien de la Banque centrale européenne

Les investisseurs craignent que le resserrement attendu de la politique monétaire ultra-accommodante de la BCE ne remette en lumière les faiblesses fondamentales de l‘économie italienne.

“Lorsque les marchés anticipent un durcissement des conditions monétaires, les pays les plus exposés sont ceux qui se caractérisent par un endettement relativement élevé et un système bancaire instable. Il est donc normal qu‘ils surveillent l‘Italie de près”, estime Michele Wucker.

5. Le risque politique

Si l‘élection d‘Emmanuel Macron à la présidence de la République française a semblé mettre un terme à la vague populiste et au scepticisme vis-à-vis de la construction européenne, la popularité dont continue de jouir le Mouvement 5-Etoiles (M5S), eurosceptique et anti-élites, et les déconvenues électorales du Parti démocrate, la formation de centre gauche au pouvoir, ont remis la question de l‘instabilité politique italienne sur le devant de la scène. Des élections générales doivent se tenir avant le 23 mai 2018.

Le projet de “monnaie parallèle” soutenu par Silvio Berlusconi, qui, à 80 ans, espère reconquérir le pouvoir avec sa formation de centre-droit Forza Italia, pourrait lui permettre de fédérer d‘autres formations plus radicales et anti-euro, estiment des analystes.

Dans ce contexte, ”il n‘est pas étonnant que des spéculations sur un Italexit (une sortie de l‘Italie de la zone euro) resurgissent périodiquement, relève Neil MacKinnon, en charge de la stratégie sur la macroéconomie chez VTB Capital.

Marc Joanny pour le service français, édité par Marc Angrand

0 : 0
  • narrow-browser-and-phone
  • medium-browser-and-portrait-tablet
  • landscape-tablet
  • medium-wide-browser
  • wide-browser-and-larger
  • medium-browser-and-landscape-tablet
  • medium-wide-browser-and-larger
  • above-phone
  • portrait-tablet-and-above
  • above-portrait-tablet
  • landscape-tablet-and-above
  • landscape-tablet-and-medium-wide-browser
  • portrait-tablet-and-below
  • landscape-tablet-and-below