23 août 2017 / 14:56 / dans 4 mois

La pression budgétaire continue de compliquer la rentrée de Macron

* Baisse en deux temps des cotisations, la CSG augmentera d‘un coup

* Aggravation d‘une réforme déjà rejetée par les Français-sondeur

* La contrainte budgétaire doit renforcer la crédibilité de la France

par Jean-Baptiste Vey

PARIS, 23 août (Reuters) - Le report à l‘automne 2018 d‘une partie des gains de pouvoir d‘achat promis par Emmanuel Macron aux salariés pendant la campagne est un signal négatif supplémentaire envoyé par l‘exécutif à quelques jours d‘une rentrée compliquée.

La décision de finalement supprimer en deux temps les cotisations salariales maladie et chômage doit aider à résoudre une équation budgétaire difficile, mêlant des baisses d‘impôts, parfois guère populaires comme celle de l‘ISF, et la maîtrise du déficit public sous la limite de 3% du produit intérieur brut.

Pour franchir cette barre cette année comme la France s‘est engagée à le faire, l‘exécutif a déjà sacrifié une partie de sa popularité, le rabotage des budgets en cours d‘exécution déclenchant une série de polémiques.

Les économies imposées aux armées ont entraîné la démission du chef d‘Etat major, une baisse des aides au logement a été annoncée sans prévenir et la volonté de réduire le nombre d‘emplois aidés a été affirmée, alors même que la réforme la plus sensible du début du quinquennat était engagée, celle du droit du travail.

Le report d‘une partie de la baisse des cotisations salariales, alors que la hausse CSG qui doit la financer aura bien lieu dès le 1er janvier, “vient aggraver la situation”, explique Gaël Sliman, président de l‘institut de sondages Odoxa.

“Même avec un allègement des charges immédiat, deux tiers des Français étaient contre - donc a fortiori si on paye tout de suite le négatif et on verra le positif ultérieurement”, ajoute-t-il.

Emmanuel Macron et le gouvernement doivent annoncer en septembre un important train d‘économies pour l‘an prochain, estimé à une vingtaine de milliards d‘euros.

Leur objectif est de stabiliser le niveau de la dépense publique hors inflation, ce qui impliquera des coupes importantes pour effacer la progression naturelle de certaines dépenses.

“UNE ARNAQUE”

Le ministre des Comptes publics, Gérald Darmanin, a défendu mercredi un équilibre entre “politique de soutien au travail et sérieux budgétaire”. “Ce sera plus de pouvoir d‘achat pour les salariés et les ouvriers et moins de déficit”, écrit-il sur Twitter.

“Les indépendants et les agents de la fonction publique connaîtront aussi des mesures de compensation de pouvoir d’achat dès 2018 : je les détaillerai ici dans les semaines qui viennent”, a-t-il ensuite précisé sur Facebook.

Selon le ministère, la suppression de ces 3,15 points de cotisations l‘an prochain, parallèlement à la hausse de 1,7 point de la CSG, représentera un gain de pouvoir d‘achat de 260 euros par an pour un salarié au Smic.

Au lendemain des critiques du précédent président François Hollande envers le projet de réforme du droit du travail, l‘annonce du report d‘une partie de la baisse des cotisations a fait des remous à gauche.

“Ça confirme que ce bidouillage est une arnaque à tous les étages. Parce qu‘on va prendre d‘abord aux Français avant soi disant de le rendre en pouvoir d‘achat”, a déclaré Eric Coquerel, député de La France insoumise.

Sur Europe 1, il a dénoncé la réforme annoncée de l‘ISF et le futur prélèvement unique sur les revenus du capital, jugeant qu‘ils ne feraient qu‘avantager les plus riches.

“Je ne sais pas pourquoi on diffère tout ça”, s‘est étonné le président de la CFTC, Philippe Louis, à propos des cotisations salariales.

“Je pense que les Français ont fait des efforts depuis suffisamment longtemps sans qu‘on les remette à contribution aujourd‘hui”, a-t-il ajouté après une rencontre avec le cabinet de la ministre du Travail.

Emmanuel Macron a fait de la sortie de la France de la procédure européenne de déficit excessif une priorité car cette situation affecte la crédibilité du pays et donc la capacité du chef de l‘Etat à mener les réformes qu‘il prône pour l‘Europe.

Sortir de cette procédure suppose de ramener le déficit public, qui agrège les comptes de l‘Etat, des administrations de sécurité sociale et des collectivités locales sous 3% deux années de suite, ce qui serait une première depuis 2006-2007.

Les projets de budgets de l‘Etat et de la sécurité sociale seront présentés fin septembre. L‘objectif initial de l‘exécutif est de réduire le déficit public à 2,7% du PIB fin 2018. (avec Simon Carraud et Caroline Paillez, édité par Emmanuel Jarry et Myriam Rivet)

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