22 juin 2017 / 15:34 / dans 3 mois

France-Le véhicule autonome dans la course au dernier kilomètre

par Gilbert Reilhac

STRASBOURG, 22 juin (Reuters) - Les expérimentations de véhicules autonomes pour le transport public se multiplient en France et dans le monde où ils pourraient résoudre le problème du “premier” et du “dernier” kilomètre, en attendant que les évolutions technologiques et réglementaires permettent leur généralisation.

Navettes collectives ou voitures à la demande, ces véhicules électriques sans chauffeur et disponibles 24 heures sur 24 pourraient notamment contribuer, sur des sites dédiés, à convaincre les derniers réticents à emprunter les transports en commun.

“Le trafic urbain va être saturé dans les prochaines années. Or, dans le dernier kilomètre, le transport public présente des manques”, explique Nicolas De Crémiers, directeur marketing du lyonnais Navya, l‘un des deux constructeurs français de navettes autonomes avec Easymile, basé à Toulouse.

L‘Arma de Navya était en test à Strasbourg pour le 12ème congrès européen des ITS (Systèmes de transport intelligent) qui s‘est achevé jeudi.

Ce véhicule long de 4,75 mètres et large de 2,11 accepte 15 passagers, dont quatre debout, et navigue en autonomie, à une vitesse d‘exploitation de 25 km/h grâce à un “rail virtuel” qu‘il suit avec une précision centimétrique au moyen d‘un logiciel de cartographie 3D et d‘un GPS. Vision laser, caméras et autres capteurs lui permettent d‘éviter les obstacles.

Sans conducteur, Arma ne peut pas encore circuler sur une voie publique ouverte à d‘autres véhicules, selon les termes de la Convention internationale de Vienne de 1968 sur la circulation routière.

Une trentaine d‘exemplaires de cette navette, proposée à la location pour 10.000 euros par mois, maintenance et supervision comprise, ou vendue 260.000 euros, sont néanmoins en service dans le monde sur des sites privés ou dédiés tels que le quartier Confluence à Lyon, l‘aéroport de Christchurch en Nouvelle Zélande ou la centrale nucléaire de Civaux, dans la Vienne.

Après avoir expérimenté la navette d‘Easymile en début d‘année sur le pont Charles-de-gaulle qui relie les gares parisiennes d‘Austerlitz et de Lyon – avec un accompagnateur prêt à intervenir pour respecter la réglementation - la région Ile-de-France va tester celle de Navya à la Défense.

Pour Stéphane Beaudet, vice-président du conseil régional chargé des Transports, le “dernier kilomètre” présente aussi un intérêt pédagogique auprès de l‘usager.

“Cela permet, à moindre coût, d‘avoir des navettes plus pertinentes et, en même temps, comme les bus hybrides ont permis de faire évoluer la motorisation des particuliers, d‘habituer le public à l‘idée du véhicule autonome”, dit-il à Reuters.

EVITER LES TRANSPORTS A VIDE

Le véhicule à la demande est l‘autre option susceptible de révolutionner le transport public là où la densité de passagers est faible.

“Plutôt que d‘avoir un minibus avec chauffeur qui tourne à vide, on va laisser un véhicule sur un stationnement donné et il va venir chercher le client”, explique Clément Aubourg, chef de projet chez Keolis, groupe de transport urbain détenu à 70% par la SNCF, et lui-même actionnaire de Navya.

Vedecom, un Institut pour la transition énergétique (ITE) lié à l‘Université de Versailles-Saint-Quentin en Yvelines et au pôle de compétitivité Mov‘eo, présentait à Strasbourg une Renault Zoé adaptée à ce cahier des charges.

Pour un parcours programmé de quelques kilomètres à travers le pont de l‘Europe, la réglementation imposait toutefois une présence humaine et les mêmes doubles commandes qu‘à bord d‘une auto-école.

Les retours sur diverses expériences européennes présentés au salon ITS ont montré l‘intérêt du public mais aussi ses critiques face à la lenteur des véhicules, imposée pour éviter des arrêts d‘urgence trop brusques. Ceux-ci peuvent aussi être provoqués par une pluie battante ou un simple mouvement de branche.

Le véhicule autonome n‘est pas encore apte à se rendre partout, reconnaît Luc Marbach, directeur général de Vedecom, qui compte Renault et PSA parmi ses partenaires industriels.

“Ce qui l‘empêche, c‘est la complexité. La traversée de la place de l‘Etoile à Paris, par exemple. Le conducteur humain a tendance à forcer le passage, le véhicule autonome s‘arrête”, dit-il.

Autre question non résolue, les interactions entre le véhicule et un piéton sur le bord de la route. Plus question d‘un regard ou d‘un geste de la main pour savoir qui passe le premier.

“Les sujets techniques ne vont pas être les plus compliqués, cela dépendra surtout des aspects réglementaires et de l’acceptabilité sociale”, prévoit Luc Marbach. (Edité par Gilles Guillaume)

0 : 0
  • narrow-browser-and-phone
  • medium-browser-and-portrait-tablet
  • landscape-tablet
  • medium-wide-browser
  • wide-browser-and-larger
  • medium-browser-and-landscape-tablet
  • medium-wide-browser-and-larger
  • above-phone
  • portrait-tablet-and-above
  • above-portrait-tablet
  • landscape-tablet-and-above
  • landscape-tablet-and-medium-wide-browser
  • portrait-tablet-and-below
  • landscape-tablet-and-below