22 juin 2017 / 15:44 / il y a 2 mois

France-Interrogations sur les visées "gestionnaires" de Parly

* Une "techno" inconnue des milieux militaires

* L'objectif "otanien" des 2% du PIB lui incombe

* Quelle indépendance vis-à-vis de Bercy?

PARIS, 22 juin (Reuters) - L'exécutif a balayé jeudi les réserves et interrogations suscitées, particulièrement dans la communauté militaire, par la nomination de Florence Parly aux Armées, soulignant qu'elle agirait en "femme de gestion" dans un ministère promis à un budget égal à 2% du PIB à l'horizon 2025.

La prise de fonctions de cette "techno" de gauche révélée par Lionel Jospin, inconnue des milieux de la Défense, intrigue, pour user d'un vocabulaire diplomatique, dans les rangs de militaires déjà échaudés par le passage-éclair de l'ex-eurodéputée Sylvie Goulard, qui a préféré démissionner mardi face à l'enquête visant son parti, le MoDem.

Emmanuel Macron a promis d'atteindre l'objectif des 2% du PIB pour la Défense en 2025 (un budget de plus de 50 milliards d'euros, hors pensions et surcoûts des opérations extérieures), mais les plus sceptiques redoutent un report de l'effort en fin de période, alors que les militaires ne cessent de souligner l'urgence d'une hausse des financements. En 2017, le budget du ministère est de 32,4 milliards d'euros.

Pour le député (Les Républicains) François Cornut-Gentille, fin connaisseur des problématiques financières de la Défense, "c'est Bercy qui pilote désormais le ministère de la Défense".

Florence Parly, administratrice civile spécialiste des questions budgétaires mais n'ayant pas de connaissance spécifique des questions militaires, avait été nommée à 37 ans secrétaire d'Etat au Budget par Lionel Jospin (janvier 2000-mai 2002). Elle occupait depuis 2006 des postes de direction à Air France, puis à la SNCF.

"Si vous voulez un signe sur la qualité d'une femme, il faut faire confiance à Lionel Jospin pour l'avoir identifiée dès ce moment-là", a plaidé jeudi Christophe Castaner, le porte-parole du gouvernement lors du compte rendu du conseil des ministres.

"On a aujourd'hui une femme de gestion, qui a fait ses preuves", a-t-il souligné face aux questions des journalistes.

MINISTRE OU MANAGER?

"Elle a eu une carrière qui montre sa capacité à 'manager', à transformer et justement pour lutter contre le terrorisme - avec cette perspective de créer un nouveau corps d'armée qui soit dédié au renseignement - avoir quelqu'un avec l'expérience et cette qualité-là est une force", a dit Christophe Castaner.

Des références à la culture d'entreprise suffisamment appuyées pour conforter le scénario, pressenti dès l'accession d'Emmanuel Macron à la présidence, d'une prééminence retrouvée de l'Elysée - et du Quai d'Orsay sous la gouverne de Jean-Yves Le Drian, ancien ministre de la Défense - sur les opérations extérieures, la lutte anti-terroriste ou les ventes d'armements.

"Si vous pensez qu'il faut être militaire et seulement militaire pour s'occuper de l'armée, je vais vous faire une confidence : il y a plusieurs corps d'armée, et quand vous en choisissez un, vous fragilisez votre relation avec les autres", a dit par ailleurs le porte-parole du gouvernement.

Florence Parly devra mener à bien la revue stratégique et la loi de programmation militaire 2019-2025, que la commission de Défense du Sénat presse d'anticiper, et la mise en oeuvre du "service national universel et obligatoire", dont le coût est estimé à 30 milliards d'euros sur cinq ans.

Dans l'attente d'un audit de la Cour des comptes début juillet sur les finances françaises, qui risque de mettre au jour une trajectoire tendant vers un déficit supérieur à la cible de 2,8% du PIB, la ministre doit marquer sa volonté de ne pas éroder le budget Défense, qui fut trop souvent une variable d'ajustement, dit-on de source militaire.

Le 13 juin dernier, l'ancien Premier ministre Jean-Pierre Raffarin, dont le nom a circulé pour succéder à Sylvie Goulard, avait mis en garde : "La Défense est toujours la cible silencieuse dès qu'il s'agit d'arbitrages". (Sophie Louet avec Elizabeth Pineau, édité par Yves Clarisse)

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