9 juin 2017 / 13:11 / dans 3 mois

POINT HEBDO-Les marchés se tournent vers la Fed après une semaine folle

* Après la BCE, place à la Fed

* May perd son pari, la livre chute

* Le témoignage de Comey fragilise Trump

* Nuages sur la périphérie de la zone euro

* Le Qatar isolé par ses voisins, le pétrole replonge

par Patrick Vignal

PARIS, 9 juin (Reuters) - Après une semaine agitée marquée surtout par le pari perdu de la Première ministre britannique Theresa May, l‘attention des marchés se tournera la semaine prochaine vers la Réserve fédérale américaine qui devrait annoncer mercredi qu‘elle poursuit la normalisation de sa politique monétaire.

Une hausse d‘un quart de point de l‘objectif de taux des “fed funds” est considérée comme pratiquement acquise par les investisseurs, la probabilité en étant de 95,8% selon le baromètre FedWatch de CME Group, et l‘attention se focalisera surtout sur ce que dira la Fed sur le rythme des resserrements à venir.

L‘agenda de la semaine prochaine est très chargé sur le front des banques centrales avec non seulement la Fed mais également les décisions de politique monétaire de la Banque d‘Angleterre et la Banque nationale suisse (BNS), jeudi, puis de la Banque du Japon, vendredi.

Cette dernière devrait revoir à la hausse sa prévision croissance mais se montre toujours préoccupée par le faible élan de l‘inflation, qui repart mollement après des années de déflation.

La Banque centrale européenne (BCE) a précédé ses homologues en délivrant jeudi un verdict qui avait été largement anticipé mais qui mérite d‘être étudié dans le détail.

L‘institution de Francfort a abandonné toute référence à d‘éventuelles baisses de taux face à l‘amélioration des perspectives économiques dans la zone euro, même si la faiblesse persistante de l‘inflation l‘a amenée à maintenir en l‘état sa politique monétaire ultra-accommodante.

La BCE a relevé ses prévisions de croissance jusqu‘en 2019 mais, pour refléter le recul des cours du pétrole, elle a en revanche abaissé ses anticipations d‘inflation, qu‘elle voit désormais à 1,5% cette année, soit 0,2 point de moins qu‘en mars. Cette annonce a fait reculer l‘euro, qui est en passe d‘accuser face au dollar son plus fort repli hebdomadaire depuis la fin mars.

LE STERLING SOUS PRESSION

Mais la pression subie par la monnaie unique n‘est rien face à celle qui pèse sur la livre sterling, qui a perdu vendredi jusqu‘à plus 2% face au dollar et à l‘euro.

La devise britannique a chuté sous le seuil de 1,27 dollar, pour la première fois depuis le 18 avril et l‘annonce par Theresa May d‘élections législatives anticipées dont elle espérait obtenir un majorité renforcée à la Chambre des communes pour pouvoir mieux négocier le Brexit.

Après une campagne jugée ratée et marquée par les attentats à Londres et Manchester, la Première ministre a finalement perdu sa majorité absolue au Parlement et doit former un gouvernement, ouvrant une période d‘incertitude politique alors que le pays va bientôt entamer les négociations sur une sortie de l‘Union européenne.

La Bourse de Londres ne devrait pas trop s‘en plaindre, la dépréciation du sterling favorisant ses valeurs exportatrices, mais le moindre accroc dans les discussions entre Londres et les autorités européennes pourrait la déstabiliser.

“Ce dont nous pouvons être sûrs aujourd‘hui est que l‘incertitude politique et la prime sur les actifs britanniques augmenteront considérablement”, commente Michael Metcalfe, responsable monde de la stratégie macro chez State Street Global Markets. “C‘est un choc que les marchés avaient mal anticipé, et par conséquent, la livre sterling va probablement demeurer sous pression.”

BANCO POPULAR SAUVÉE

Si l‘avenir s‘éclaircit pour la zone euro, des nuages obscurcissent encore sa périphérie, notamment l‘Italie, avec la perspective d‘élections législatives à l‘automne et des banques qui ploient sous les créances douteuses.

Cette situation met sous pression le marché obligataire italien. L‘écart de rendement entre les emprunts d‘Etat à 10 ans de l‘Italie et de l‘Espagne s‘est ainsi élargi mercredi pour s‘approcher de son pic atteint lors de la crise de la dette de 2011-2012 dans la zone euro.

L‘Italie et l‘Espagne sont souvent comparées sur le marché de la dette et l‘écart de rendement entre leurs emprunts est un baromètre du risque dans l‘union monétaire.

L‘Espagne inquiète moins et son secteur bancaire a poussé un soupir de soulagement quand Banco Santander, la première banque du pays, a annoncé mercredi qu‘elle allait racheter pour un euro symbolique sa concurrente Banco Popular , que les autorités européennes jugeaient au bord de la faillite.

Cela a permis au secteur bancaire européen d‘afficher un gain hebdomadaire, le premier en cinq semaines.

TRUMP FRAGILISÉ

Outre-Atlantique, l‘économie va plutôt bien, ce qui devrait conduire la Fed à relever ses taux, mais le risque politique est loin d‘avoir disparu, comme l‘a rappelé jeudi le témoignage de James Comey devant le Sénat américain.

Donald Trump y a survécu parce que le récit de l‘ancien directeur du FBI ne contenait pas de révélations explosives sur d‘éventuelles relations entre des membres de son équipe de campagne et la Russie.

Le président américain en ressort toutefois fragilisé, James Comey ayant déclaré avoir considéré ses entretiens avec le chef de la Maison blanche comme une tentative de déstabiliser l‘enquête du FBI sur une possible collusion entre l‘entourage du candidat républicain à la présidentielle de 2016 et la Russie.

Les doutes sur la capacité de Donald Trump à mettre en oeuvre ses réformes, voire à terminer son mandat, sont donc relancés et menacent de peser durablement sur les marchés.

“Cela va devenir encore un peu plus difficile pour l‘administration Trump de proposer un train de mesures de relance”, commente John Canavan, responsable de la stratégie de marché de Stone & McCarthy Research Associates. “Cela repousse le calendrier de ces mesures à 2018, voire 2019”.

LE QATAR ISOLÉ

En France, en revanche, le risque politique semble avoir totalement disparu, les sondages prédisant un raz-de-marée pour le mouvement d‘Emmanuel Macron à l‘issue des élections législatives dont le premier tour a lieu dimanche.

“Au vu de la campagne des élections législatives, nous restons plutôt confiants quant aux chances de voir aboutir des réformes favorables au marché”, estime Stefan Kreuzkamp, directeur des investissements chez Deutsche Asset Management.

Le risque politique, après avoir migré aux Etats-Unis et en Grance-Bretagne, a aussi atteint cette semaine le Moyen-Orient, où le Qatar fait face à l‘isolement que lui ont imposé ses voisins sous l‘accusation de complaisance envers les islamistes et l‘Iran.

L‘Arabie saoudite et ses alliés du Golfe, ainsi que l‘Egypte et le Yémen, ont rompu lundi leurs relations diplomatiques avec l‘émirat.

Cette crise menace une région déjà instable et fait planer un doute sur l‘avenir des accords entre producteurs de pétrole pour réduire leurs pompages afin de désengorger un marché saturé pour soutenir les prix.

Dans ce contexte, les cours du brut ont chuté pour une nouvelle semaine consécutive, retombant sur leur plus bas annuels.

Au terme de cette semaine folle et à haut risque, les indices actions mondiaux devraient également accuser des replis hebdomadaires, mais somme toute limités au regard des enjeux soulevés ces derniers jours sur les marchés. (édité par Blandine Hénault)

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