9 juin 2017 / 09:51 / dans 6 mois

ENTRETIEN MARCHÉS -Les actions japonaises injustement délaissées-SYZ AM

* La “décennie perdue” est finie, l‘inflation repart

* Un marché actions délaissé et pourtant attrayant

* Des valorisations intéressantes et une bonne visibilité

par Patrick Vignal

PARIS, 9 juin (Reuters) - Largement négligées par les investisseurs européens, les actions japonaises offrent pourtant des opportunités avec des valorisations attrayantes dans un environnement économique assaini après des années de déflation, fait valoir Joël Le Saux, gérant du fonds OYSTER Japan Opportunities de SYZ Asset Management.

La déflation chronique qui a longtemps pénalisé la troisième économie du monde mais aussi la volatilité du yen figurent parmi les raisons pour lesquelles le marché japonais, très peu connecté à son homologue européen, est souvent délaissé.

La situation, cependant, est en train de changer, avec des actions au profil intéressant sur fond de plein emploi et du retour de l‘inflation, souligne Joël Le Saux dans un entretien accordé à Reuters.

“Il y a une dynamique bénéficiaire qui est installée de manière durable sur les actions japonaises”, dit-il. “2017 est la sixième année consécutive de hausse de la Bourse japonaise, mesurée par le Topix, ce qui montre qu‘il y a une robustesse du marché en dépit de la fluctuation de la devise.”

Le Japon, explique-t-il, a mis des années à se relever de l‘éclatement, à la fin des années 1980, de la bulle immobilière qui a mis à terre le système financier et beaucoup de sociétés. Cette situation a accouché de la “décennie perdue” - une quinzaine d‘années, en fait.

“Les sociétés se sont attachées, au cours des années 1998-2013, à restaurer leur bilan et à résorber les capacités de production excédentaire”, raconte Joël Le Saux. “Le marché du travail est devenu extrêmement défavorable avec le remplacement des emplois de type CDI par des CDD. Les entreprises ont parallèlement sacrifié leurs marges pour écouler leurs produits. On est arrivé à la fin de cela, au bout de la déflation sur les prix mais également sur les salaires.”

PRIORITÉ AUX VALEURS DOMESTIQUES

L‘embellie se matérialise pleinement sur le front de l‘emploi avec un marché du travail extrêmement tendu puisque le taux de chômage est inférieur à 3%.

Le “grand changement de paradigme” que constitue, selon Joël Le Saux, la sortie de la déflation s‘étend sur les années au pouvoir de l‘actuel Premier ministre, Shinzo Abe, même si le gérant estime que ce dernier n‘y est pas pour grand-chose.

Pendant ces années-là, le yen est passé à autour de 80 pour un dollar à autour de 109 aujourd‘hui, un mouvement d‘affaiblissement qui a bénéficié aux sociétés exportatrices comme Toyota ou Sony.

Mais pour Joël Le Saux, “la dynamique la plus intéressante en termes de prix et de croissance des bénéfices est vraiment sur les sociétés domestiques. La visibilité est moins bonne sur les grosses sociétés internationales et vous avez, de surcroît, la problématique de la devise, que l‘on ne maîtrise pas.”

Parmi les secteurs porteurs, le gérant cite les sociétés ferroviaires, avec une croissance spectaculaire du nombre de passagers, mais aussi la construction et particulièrement les travaux publics dans un pays où de nombreuses infrastructures datent du début des années 1960 et doivent être remplacées. Le travail temporaire, très sollicité dans un contexte de plein emploi, offre également des opportunités, ajoute-t-il.

Le gros atout des actions japonaises est leur niveau de valorisation, avec un ratio cours/bénéfice légèrement supérieur à 14 fois pour l‘indice large de la Bourse de Tokyo, le Topix , contre près de 18 fois pour le Standard & Poor’s 500 américain et autour de 15,5 fois pour l‘indice européen Stoxx 600.

LE YEN FAIT PEUR

Les obstacles demeurent, notamment la volatilité de la devise, même si, insiste Joël Le Saux, investir en yens offre des avantages.

“L‘une des réticences des investisseurs français et de la zone euro vient du fait qu‘ils aiment se couvrir contre le risque de change”, explique Joël Le Saux.

“Je dis à chaque fois qu‘il est plus intéressant d‘investir en yens, ce qui diminue la volatilité de performance ramenée en euros. En outre, le yen est une excellente valeur refuge contre les corrections de marché et avoir du yen en portefeuille, ça fournit un très bon amortisseur.”

La reprise reste fragile, comme l‘a illustré cette semaine la révision de la croissance du produit intérieur brut au premier trimestre, à 1,0% contre 2,2% en première estimation. Les économistes l‘attribuent toutefois à un ajustement “exceptionnel” des stocks de pétrole.

Autre inconnue, la politique monétaire, avec des signaux venus cette semaine de la Banque du Japon pointant prudemment vers un abandon à terme de son biais ultra-accommodant.

Pour Joël Le Saux, la stratégie de stimulation massive de la BOJ a atteint ses limites. Le mandat de son gouverneur, Haruhiko Kuroda, arrive à échéance au printemps prochain et le pays pourrait alors amorcer un virage vers une normalisation, prédit le gérant.

Quoi qu‘il en soit, investir en yens sur des actions domestiques japonaises est une option que les investisseurs européens ont tort de bouder, estime Joël Le Saux.

“C‘est une classe d‘actifs qui est délaissée, qui est largement ignorée par les investisseurs mais qui, en cas de choc, va être la plus résiliente sur les marchés et qui a un potentiel de rattrapage non négligeable du fait du niveau de valorisation”, conclut-il.

édité par Blandine Hénault

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