12 mai 2017 / 13:20 / il y a 6 mois

POINT HEBDO-L'accalmie sur les marchés fait ressurgir les doutes

* Le risque politique s‘estompe et la volatilité recule

* Les valorisations élevées font craindre une correction

* Les politiques monétaires à nouveau d‘actualité

* La vigueur réelle de l‘inflation fait débat

par Patrick Vignal

PARIS, 12 mai (Reuters) - Le calme précaire revenu cette semaine sur les marchés a permis aux inquiétudes sur la vigueur réelle de la croissance et de l‘inflation de refaire surface tandis que certains analystes brandissaient la menace d‘une correction sur les places financières dans un contexte de valorisations élevées.

La victoire, dimanche, d‘Emmanuel Macron à l‘élection présidentielle en France a entraîné un retour à une forme de normalité, les investisseurs se détournant pour un temps des valeurs refuges, obligations d‘Etat en tête.

Les marchés actions, qui avait largement anticipé l‘issue de scrutin, n‘ont pas fait la fête pour autant, reculant même, assez nettement en Europe et plus légèrement aux Etats-Unis.

Ce repli des Bourses, qui contraste avec l‘enthousiasme observé après le premier tour de la présidentielle française, s‘explique par des prises de bénéfices mais peut-être aussi par le recul, passé inaperçu dans un premier temps, d‘indices de l‘activité manufacturière aux Etats-Unis, avance Frédéric Rollin, conseiller en stratégie d‘investissement chez Pictet AM.

“Par ailleurs, les investisseurs voient les politiques monétaire et gouvernementale en Chine se resserrer, ce qui ravive des inquiétudes sur le marché concernant l‘économie chinoise”, ajoute-t-il avant de qualifier ces craintes d‘exagérées.

Dans ce contexte, l‘indice composite de la Bourse de Shanghai a bouclé vendredi sa cinquième semaine consécutive de baisse.

L’“INDICE DE LA PEUR” S‘APAISE

Le climat général n‘en est pas moins à l‘apaisement, en attendant le prochain orage. L‘indice VIX, qui mesure la volatilité implicite sur un mois du prix des options sur l‘indice large américain S&P 500, est ainsi tombé cette semaine sous le seuil de 10, à son plus bas niveau depuis 1993. A titre de comparaison, il avait culminé à près de 90 au plus fort de la crise financière.

L‘équivalent européen de cet “indice de la peur” a reculé lui aussi, mais dans des proportions moins spectaculaires. .

L‘indice MSCI des principales Bourses mondiales , en hausse de près de 9% depuis le début de l‘année, se maintient pendant ce temps à proximité de son pic historique atteint lundi, à 460,55 points.

Les analystes de Swiss Life s‘interrogent toutefois dans une note sur un optimisme peut-être éxagéré de la part des investisseurs dans un contexte de valorisations élevées, en particulier aux Etats-Unis, et de conjoncture incertaine.

Les marchés ayant toujours tendance à revenir à une moyenne de long terme, la volatilité ne devrait pas tarder à remonter, fait valoir pour sa part l‘analyste Michael Hewson (CMC Markets), qui souligne également des niveaux de valorisation élevés ne permettant pas, selon lui, d‘exclure une légère correction.

LES SPREADS SOUVERAINS SE RESSERRENT

Le nouveau président français, qui prendra officiellement ses fonctions dimanche, est loin d‘être le seul responsable du recul de la volatilité. Les bons résultats des entreprises au premier trimestre, des deux côtés de l‘Atlantique, y ont également contribué.

Sur le front de la dette, le resserrement des “spreads” souverains témoigne lui aussi d‘un marché moins crispé. L‘écart de rendement entre l‘OAT française à 10 ans et le Bund allemand de même échéance est ainsi brièvement tombé lundi à un creux de six mois, à 33 points de base, avant de remonter légèrement.

Sur le plan géopolitique, la trêve est fragile, comme l‘a rappelé la tempête provoquée par la décision, mardi, de Donald Trump de limoger le directeur du FBI ou la volonté prêtée à la Corée du Nord de procéder à un nouvel essai nucléaire.

Le relâchement des tensions permet toutefois aux opérateurs de marché de se poser à nouveau des questions de fond dans l‘attente de nouveaux catalyseurs.

S‘ils considèrent comme pratiquement acquis que la Réserve fédérale relèvera ses taux le mois prochain avec une économie américaine revenue au plein emploi, ils s‘interrogent toujours sur la vigueur réelle de l‘inflation aux Etats-Unis.

Les prix à la consommation ont progressé de 0,2% sur un mois en avril, une hausse conforme aux attentes et qui intervient après un recul de 0,3% en mars.

La faiblesse de la consommation américaine, moteur essentiel de la croissance économique, soulève aussi des craintes. Plusieurs grands magasins, comme Macy‘s, ont annoncé cette semaine un recul plus fort que prévu de leurs ventes.

Le mois dernier, les ventes au détail aux Etats-Unis ont progressé de 0,4%, mais cette hausse se révèle inférieure aux attentes.

INTERROGATIONS SUR UN ÉVENTUEL “TAPERING” DE LA BCE

En Europe, où la Banque centrale européenne (BCE) maintient une politique ultra-accommodante avec des rachats massifs de dette et des taux très bas, les marchés doutent encore plus de la pérennité du rebond de l‘inflation.

Pour la première fois depuis 2012, les anticipations d‘inflation à long terme mesurées par les swaps d‘inflation à cinq ans dans cinq ans, surveillées de très près par l‘institution de Francfort, sont à la traîne du taux d‘inflation mesuré par Eurostat, qui a atteint 2% en rythme annuel en février.

“Cela montre que le marché est convaincu que le niveau de l‘inflation est temporaire et qu‘il repartira à la baisse”, estime Semin Soher, gérant senior de Pioneer Investments.

Si la BCE devrait à moyen terme ne changer que des virgules dans ses communiqués, les analystes de BNP Paribas pensent qu‘elle pourrait faire dès le mois de septembre des annonces sur la réduction progressive (“tapering”) de son programme d‘assouplissement quantitatif (QE).

“Nous estimons que le résultat de l‘élection française a rendu ce scénario plus probable”, écrivent-ils dans une note.

Pour l‘instant, les responsables de la BCE serrent toujours les rangs face aux demandes répétées en provenance d‘Allemagne pour une normalisation de la politique monétaire au vu de l‘amélioration de la situation économique.

“(Une politique accommodante) pour une période prolongée est moins risquée qu‘une retrait prématuré de la stimulation (monétaire)”, a ainsi déclaré cette semaine le vice-président de la BCE, Vitor Constancio, dans un entretien accordé à Reuters.

Patrick Vignal, édité par Blandine Hénault

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