2 mai 2017 / 04:38 / il y a 4 mois

LEAD 4-La Grèce s'accorde avec ses créanciers et va pouvoir parler dette

* L'accord ouvre la voie à des discussions sur l'allègement de la dette

* Le MES s'y montre déjà favorable

* L'aval de l'Eurogroupe reste nécessaire (Actualisé §17-18 avec réaction du FMI)

par Renee Maltezou

ATHENES, 2 mai (Reuters) - En s'engageant à baisser les pensions de retraite et à réduire les exemptions fiscales, la Grèce a ouvert la voie au versement d'une nouvelle tranche d'aide et à l'ouverture de discussions sur une restructuration de sa dette.

Après des mois de négociations, Athènes et ses créanciers internationaux sont parvenus mardi matin à un accord sur les réformes comprises dans le plan d'aide, a annoncé le ministre grec des Finances, Euclide Tsakalotos.

"Il y a eu de la fumée blanche", a-t-il dit. "Les négociations sur un accord technique ont été conclues sur toutes les questions (...) la voie est désormais ouverte pour des discussions sur l'allègement de la dette", a-t-il ajouté.

Le gouvernement grec doit encore légiférer sur ses nouvelles promesses de réformes -- qui prévoient aussi une libéralisation du marché de l'énergie -- avant que les ministres européens des Finances n'approuvent le versement d'une nouvelle tranche d'aide, probablement lors de la prochaine réunion de l'Eurogroupe, prévue le 22 mai.

Athènes a un besoin urgent d'argent frais pour rembourser 7,5 milliards d'euros de dette qui arriveront à échéance en juillet.

Le principal parti d'opposition, Nouvelle Démocratie, a annoncé qu'il ne soutiendrait pas l'accord conclu avec les créanciers mais la courte majorité dont dispose au Parlement la coalition gouvernementale d'Alexis Tsipras devrait lui suffire à faire voter les projets de loi nécessaires.

Le porte-parole du gouvernement, Dimitris Tzanakopoulos, a indiqué que les textes seraient soumis au vote le 16 mai, afin de permettre un bouclage des négociations avec les créanciers avant la réunion de l'Eurogroupe six jours plus tard.

LES MARCHÉS FINANCIERS SALUENT L'ACCORD

L'Allemagne, le pays qui s'est montré le plus intransigeant avec la Grèce jusqu'à présent, a exprimé une satisfaction teintée de prudence à l'annonce de l'accord.

Les marchés financiers ont en revanche réagi positivement, le rendement de la dette grecque à dix ans repassant sous 6%, son plus bas niveau depuis septembre 2014 tandis que la Bourse d'Athènes gagnait plus de 3% et le sous-indice du secteur bancaire plus de 8%.

Les négociations sur la revue du plan d'aide, commencées en octobre, auraient dû se conclure en décembre, mais elles ont accumulé les retards, principalement en raison de dissensions entre l'Union européenne et le FMI sur les objectifs d'assainissement budgétaire à fixer à Athènes et sur l'ouverture de pourparlers sur l'allègement de la dette.

Grâce à l'accord de mardi, la prochaine réunion de l'Eurogroupe pourrait donc marquer le début des discussions formelles sur la dette, qui représente 179% du produit intérieur brut (PIB).

"L'accord préliminaire va maintenant être complété par de nouvelles discussions dans les prochaines semaines sur une stratégie crédible pour s'assurer que la dette grecque est supportable", a confirmé le Mécanisme européen de stabilité (MES) dans un communiqué.

LE FMI POURRAIT ENFIN S'ENGAGER

La Grèce n'ayant ni intérêt à payer, ni remboursement à effectuer avant 2023 sur les prêts que lui a accordés la zone euro, un accord d'allègement du fardeau de la dette viserait d'abord à redonner confiance aux investisseurs et à accorder au gouvernement Tsipras une chance de regagner un peu de la confiance de ses administrés.

Il pourrait aussi permettre au FMI de se joindre enfin au plan d'aide, ce qui accroîtrait la crédibilité de celui-ci et serait bienvenu pour l'Allemagne.

Le FMI, a déclaré un responsable de la zone euro mardi, "n'exige pas un plan précis mais veut disposer d'une stratégie crédible pour restaurer la soutenabilité de la dette".

"Cela peut-il être décidé d'ici au 22 mai ? Je ne sais pas vraiment mais je crois que s'il y a un consensus sur le fait que nous n'avons pas besoin d'une feuille de route détaillée (...), c'est plus réalisable, surtout au vu des contraintes que subit l'Allemagne avec les élections à venir", a-t-il ajouté en référence aux élections fédérales allemandes de septembre.

Le FMI a salué l'accord conclu entre Athènes et ses créanciers européens mais son responsible pour l'Europe, Poul Thomsen, a dit que des mesures spécifiques sur l'allègement de la dette restaient nécessaires pour que le fonds participe au plan d'aide.

"Si nous pouvons accepter que l'allègement de la dette ne soit approuvé et mis en oeuvre qu'à la fin du programme sur la base du respect par la Grèce des objectifs du programme, nous aurions besoin de garantir à notre conseil, dès maintenant, que nous avons une compréhension commune avec nos partenaires européens de la nature des mesures qui seront nécessaires pour la mise en oeuvre de cet allègement de dette", a déclaré Poul Thomsen lors d'une téléconférence avec des journalistes.

En mai 2016, les ministres de la zone euro avaient promis de limiter les coûts de financement bruts de la Grèce sous 15% du PIB à moyen terme et sous 20% à plus long terme. Le respect de cet engagement devrait toutefois être soumis à des conditions strictes.

FAIRE PASSER LA PILULE

Le gouvernement grec n'a pas d'autre choix que d'alléger la dette pour sortir de l'impasse financière et faire passer la pilule des mesures d'austérité auprès de l'opinion publique.

"Nous pensons que, malgré les difficultés, cette voie nous permettra de sortir le pays des plans d'aide", a déclaré à la chaîne ERT TV le ministre de l'Intérieur, Panos Skourletis, tout en rappelant la mise en oeuvre des mesures d'austérité "risque de compromettre la relation (du gouvernement) avec la société, en particulier les groupes qu'il entend représenter".

Pour convaincre ses créanciers, le gouvernement d'Alexis Tsipras a dû accepter de diminuer les pensions de retraite en 2019 et de réduire les exemptions fiscales en 2020 pour parvenir à des économies équivalant à 2% du PIB.

Si le pays dépasse cet objectif, il pourra mettre en oeuvre une série de politiques compensant l'impact de ces mesures d'austérité additionnelles, par le biais notamment de baisses d'impôts. (Renee Maltezou, avec Jan Strupczewski à Bruxelles; Julie Carriat, Tangi Salaün Marc Angrand et Marc Joanny pour le service français)

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