1 décembre 2016 / 10:32 / il y a 10 mois

AVANT-PAPIER-Le référendum italien, un enjeu pour toute la zone euro

par Crispian Balmer

ROME, 1er décembre (Reuters) - Le référendum qui doit décider dimanche d‘une réforme constitutionnelle en Italie dépasse le seul avenir politique du président du Conseil Matteo Renzi et fait peser une menace sur l‘ensemble du secteur bancaire du pays et au-delà sur la zone euro, qui voit ressurgir le spectre d‘une nouvelle crise.

Le chef du gouvernement italien a multiplié les meetings cet automne pour tenter de convaincre du bien-fondé de son projet un électorat réticent face aux changements d‘institutions en place depuis le 1er janvier 1948.

Renzi estime que le bicamérisme intégral, dans lequel le Sénat dispose des mêmes pouvoirs que le Chambre des députés, est une source constante d‘instabilité politique à laquelle il convient de mettre un terme pour asseoir un exécutif renforcé.

La question posée aux 52 millions d‘électeurs italiens concerne la fin de ce régime de stricte égalité entre les deux assemblées, la réduction du nombre des sénateurs, la maîtrise des coûts de fonctionnement des institutions politiques et la suppression du Cnel, le Conseil national de l‘économie et du travail.

Arrivé au pouvoir en février 2014, Matteo Renzi a lié son sort à celui de la réforme qu‘il présente comme la bataille majeure de son mandat.

Une victoire du “non” serait interprétée comme une nouvelle expression de la vague de contestation, anti-establishment et anti-élites, qui s‘est déjà exprimée par le Brexit au Royaume-Uni et par la victoire de Donald Trump à la présidentielle américaine.

“Le monde est en train de changer”, a lancé le populiste Beppe Grillo, fondateur du Mouvement 5 Etoiles (M5S), le parti le plus actif de l‘opposition, lors d‘un rassemblement de ses partisans samedi à Rome.

“Nous devons leur jeter notre ‘non’ à la figure. Ce n‘est pas un ‘non’ politique, c‘est un ‘non’ existentiel et un ‘non’ social. Notre monde est en marche”, a-t-il affirmé.

Une victoire de ce “non” pourrait avoir comme conséquence immédiate un effondrement de Banca Monte dei Paschi di Siena , la troisième banque d‘Italie, considérée comme la plus fragile des grandes institutions financières de la zone euro.

La banque a besoin de lever de nouveaux capitaux à hauteur de cinq milliards d‘euros pour avoir une chance de nettoyer son bilan, plombé par 46 milliards d‘euros de créances douteuses.

RISQUE SUR LA STABILITÉ FINANCIÈRE

Si le “non” l‘emporte dimanche et ouvre une période d‘instabilité politique avec le départ de Renzi, Monte dei Paschi pourrait être contrainte de renoncer à l‘opération, ce qui l‘obligerait à appeler les pouvoirs publics à l‘aide pour tenter d‘échapper au dépôt de bilan.

Une telle issue risquerait de provoquer une contagion désastreuse par effet de dominos dans le secteur.

“Le référendum de dimanche sur la réforme constitutionnelle est l‘équivalent du Brexit pour l‘Italie et une victoire du ‘non’ déclencherait d‘énormes ondes de choc sur les marchés et le système bancaire. Cela accentuerait également la pression sur l‘euro”, estime Neil Wilson d‘ETX Capital.

Le risque sur la stabilité financière est tel que la Banque centrale européenne (BCE) se tient prête à intervenir temporairement en achetant des obligations souveraines italiennes si le projet de réforme est rejeté, ont déclaré plusieurs sources à Reuters ces derniers jours.

Sur le marché des obligations d‘Etat, l‘écart entre le rendement de la dette italienne à dix ans et celui des titres allemands de même échéance, qui mesure la “prime de risque” exigée par les investisseurs pour prêter à Rome, a doublé ces trois derniers mois.

C‘est dans ce contexte de profonde incertitude que les enquêtes d‘opinion ont été suspendues pendant les deux semaines précédant le scrutin. Mais les derniers chiffres disponibles donnaient jusqu‘à onze points d‘avance au camp du “non”.

Selon des sources au sein du Parti démocrate (PD) de Renzi, des sondages privés montrent que l‘écart s‘est réduit à environ cinq points mais qu‘un quart de l‘électorat demeure indécis.

Le ton violent de la campagne a accentué comme rarement les divisions dans le pays avec des lignes de fracture traversant même le camp du chef du gouvernement.

“Nous avons commis l‘erreur de personnaliser cette réforme”, reconnaît Matteo Richetti, député proche de Renzi. “Mais je pense que nous pouvons l‘emporter malgré tout. Les Italiens se rendent compte que l‘enjeu n‘est pas Renzi mais la manière dont le pays doit être gouverné dans les années à venir”.

Les bureaux de vote ouvriront à 07H00 (06h00 GMT) et les premières estimations sont attendues dès leur fermeture à 23h00 (22h00 GMT).

Pierre Sérisier pour le service français, édité par Marc Angrand

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