18 novembre 2016 / 17:07 / il y a un an

GRAPHES-Le dollar a supplanté le Vix comme mesure de l'aversion au risque

* Relation entre Vix et dollar avant et après la crise de 2008:

* bit.ly/2gnqiwX

* Etude la BRI sur le dollar comme mesure de l‘aversion au risque:

* bit.ly/2f7E1CX

18 novembre (Reuters) - Le dollar est désormais devenu un meilleur baromètre de l‘aversion des investisseurs au risque et son envolée actuelle relativise le rapide retour au calme qui a suivi l‘élection de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis, montre une récente étude de la Banque des règlements internationaux (BRI).

L‘indice Vix, mesure de la volatilité implicite des marchés actions américains et habituellement considéré comme “l‘indice de la peur” sur les marchés, n‘a connu qu‘une faible et brève flambée, une fois connus les résultats du scrutin présidentiel américain.

En revanche, les anticipations de mise en oeuvre d‘une politique économique expansionniste du président-élu ont entraîné une forte progression du dollar et des tensions sur les taux d‘intérêt.

Si la corrélation étroite entre le dollar et l‘indice Vix s‘est distendue depuis la crise financière de 2007-2008, ils évoluent depuis l‘élection de Donald Trump en sens inverse.

Graphique sur l'évolution de l'indice Vix et du dollar contre un panier de devises depuis 2007 et depuis le début de cette année : bit.ly/2gnqiwX

La BRI donne une explication de ce phénomène inhabituel en montrant que le dollar est désormais devenu le véritable baromètre du goût du risque des investisseurs et de leur volonté de s‘endetter pour en prendre, une appréciation de la devise américaine correspondant à une prudence croissante de leur part.

La mise en oeuvre de politiques monétaires ultra-accommodantes par les grandes banques centrales en réponse à la crise financière de 2008 a rompu la relation inverse qui existait entre le Vix et le levier des banques qui reflète les risques pris par leurs clients et qu‘elles ont financés.

En dépit, du niveau historiquement faible du Vix, le niveau de levier des banques a fortement diminué, en partie du fait de contraintes réglementaires plus strictes.

L‘effet de levier des banques, qui rapporte leur endettement à leurs fonds propres, est à un plus bas de 25 ans de 18 environ après avoir connu un pic autour de 50 en 2007.

Des économistes ont remarqué que dans le même temps, des intervenants sur les marchés s‘étaient montrés prêts à emprunter des dollars hors des Etats-Unis à des taux d‘intérêt supérieurs aux taux du marché aux Etats-Unis, une situation qui n‘aurait pas pu se produire si d‘autres intervenants avaient été disposés à mobiliser des fonds pour effectuer les arbitrages sans risque permettant d‘annihiler les écarts de taux.

Alors que le Vix suffisait à lui seul à rendre compte de l‘appétit pour le risque il y a une dizaine d‘année, la valeur du dollar est désormais un meilleur indicateur car elle renseigne sur la volonté de banques d‘utiliser une partie de leurs fonds propres pour profiter des occasions d‘arbitrage de taux qui apparaissent du fait des évolutions des taux de change, en déduit la BRI.

“Tout comme le Vix était un bon indicateur synthétisant le prix du risque (et de la mobilisation de leur bilan par les banques) avant la crise, le dollar est devenu une bonne mesure synthétique depuis la crise”, a expliqué l‘économiste en chef de la BRI, Hyun Song Shin.

“Le dollar a ainsi pris le relais du Vix comme baromètre de l‘appétit pour le risque”, a-t-il ajouté.

Le point important est que lorsque le dollar s‘apprécie, les prêts bancaires transfrontaliers en dollar diminuent.

Pour Hyun Song Shin, cela s‘explique par le fait que les bilans d‘un grand nombre d‘institutions financières hors des Etats-Unis, banques mais aussi compagnies d‘assurance ou fonds de pension, sont exposés au dollar en raison de l‘attrait des placements libellés en monnaie américaine qui offrent un meilleur rendement.

Plus le dollar s‘apprécie, plus l‘asymétrie entre passifs en dollars et engagements dans d‘autres devises devient pénalisante. Pour compenser cet effet pernicieux, les institutions concernées doivent réduire leur niveau de risque.

L‘ORIGINE DE LA PANNE DU COMMERCE MONDIAL ?

Cela pourrait aussi expliquer une autre énigme de ces dernières années: le net ralentissement de la croissance du commerce mondial.

L‘un des traits caractéristiques de la mondialisation des deux décennies qui ont précédé la crise de 2007-2008 a été l‘extraordinaire extension géographique des chaînes de valeurs avec des processus de production des biens manufacturiers répartis à travers le monde pour tirer parti des avantages comparatifs, qu‘il s‘agisse de la faiblesse des coûts de main d‘oeuvre, de l‘abondance de certaines matières premières ou de la proximité de zones de chalandise très importantes.

Cette organisation est toutefois très dépendante d‘une capacité de financement en dollar, devise de libellé de la majorité des échanges internationaux, pour financer les échanges nécessaires aux différentes étapes du processus de fabrication et jusqu‘à la vente au consommateur final.

La forte appréciation du dollar à partir de 2014 est allée de pair avec un ralentissement du commerce international, qui s‘est même contracté en Asie, hors Chine. Il est difficile de l‘affirmer de manière certaine mais le renchérissement du coût du financement en dollar, lié à sa hausse, peut avoir été le grain de sable dans la mécanique jusque-là bien huilée du commerce mondial.

Un dollar plus fort pourrait ainsi ne pas seulement refléter les anticipations d‘une accélération de l‘activité et de l‘inflation aux Etats-Unis mais contribuer aussi au ralentissement des échanges mondiaux et de l‘activité en dehors des Etats-Unis, les banques se montrant moins enclines à fournir du levier.

Sur le même thème :

*Dollar rise a threat to global financial stability-BIS

*SAFT ON WEALTH-Ding-dong the VIX is dead (but risk is rising). James Saft. (nL1N1DF22O]

Etude de la BRI: bit.ly/2f7E1CX

Jim Saft et Jamie McGeever, Marc Joanny pour le service français, édité par Wilfrid Exbrayat

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