18 octobre 2016 / 15:07 / il y a un an

ECLAIRAGE-Les propositions de Clinton et Trump pour la santé

par Caroline Humer et Emily Stephenson

NEW YORK/WASHINGTON, 18 octobre (Reuters) - En qualifiant de “folies” certains aspects de l‘Obamacare, Bill Clinton a placé son épouse Hillary dans une situation délicate tout en fournissant des armes à son adversaire républicain.

Car Donald Trump, lui, s‘est engagé à supprimer la réforme phare de Barack Obama.

Bill Clinton a souligné début octobre que si des millions d‘Américains disposent aujourd‘hui d‘une assurance-santé, les petites entreprises et certaines familles sont toujours étranglées par la hausse des frais de santé.

Invité à préciser sa pensée, l‘ancien locataire de la Maison blanche a expliqué avoir voulu plaider en faveur d‘une amélioration de l‘Obamacare.

Ses déclarations ne sont toutefois pas si absurdes.

Bill Clinton a en effet mis le doigt sur une réalité embarrassante : six ans après l‘instauration de l‘Obamacare et malgré les milliards de dollars dépensés, beaucoup d‘Américains ne peuvent toujours pas s‘offrir d‘assurance-santé.

La hausse des frais de santé les préoccupe. Les adversaires de la réforme expliquent qu‘elle n‘a pas tenu ses promesses.

Aetna et United Healthcare, deux poids lourds du secteur, se sont d‘ailleurs retirés des plateformes de ventes d‘assurance-santé, principales innovations de l‘Obamacare.

Avec le vieillissement de la population, les dépenses de santé aux Etats-Unis devraient progresser jusqu‘à représenter plus de 20% du produit intérieur brut. En 2014, elles ont atteint 2.900 milliards de dollars (2.640 milliards d‘euros)

Hillary Clinton dit vouloir préserver ce que l‘Obamacare a de meilleur tout en réduisant son coût.

Quant à Donald Trump, il juge qu‘il s‘agit d‘un désastre exorbitant qui implosera en 2017 et promet de remplacer ce système par un dispositif moins onéreux.

SUPPRIMER L‘OBAMACARE

Les Républicains ont dès sa création vivement critiqué l‘Obamacare, incarnation selon eux de l‘interventionnisme de l‘Etat sur le marché de la santé.

Certains d‘entre eux jugent que les plateformes sur lesquelles les Américains achètent leur couverture-santé sont entrées dans une “spirale mortelle”.

Moins les consommateurs les utiliseront, plus le coût des primes sera élevé et aura un effet dissuasif, prédisent-ils.

Donald Trump propose de supprimer ces plateformes et de créer des comptes d‘épargne-santé exonérés d‘impôts et un système fédéral de partage des risques pour les patients ayant besoin de soins qu‘ils ne peuvent se permettre de régler seuls.

Il suggère en outre d‘autoriser les entreprises à commercialiser des assurances-santé en dehors de leur propre Etat afin d‘attiser la concurrence et faire baisser les prix.

Ses conseillers expliquent que Donald Trump entend s‘inspirer d‘un projet proposé par les Républicains à la Chambre des représentants. Il prévoit notamment l‘instauration d‘un crédit d‘impôt pour aider les Américains à souscrire des assurances-santé individuelles.

Donald Trump et les Républicains veulent également modifier le financement du dispositif Medicaid dédié aux plus pauvres.

L‘Obamacare a par ailleurs entraîné une hausse du financement des Etats par Washington et Donald Trump veut limiter ces dépenses en les remplaçant par des subventions dont les montants auront été fixés à l‘avance.

Certains spécialistes des politiques de santé doutent cependant que la vente d‘assurance-santé d‘un Etat à l‘autre puisse avoir un impact réel sur le coût des assurances santé.

Et il est d‘ailleurs probable que les Républicains rechignent à adopter une réforme susceptible de priver de mutuelle 20 millions d‘assurés.

“Même les membres républicains à la Chambre et au Sénat refuseront de revenir sur le dispositif Medicaid si l‘on voyait que beaucoup de leurs concitoyens risquent de perdre leur assurance”, estime Jim Capretta, spécialiste santé à l‘American Enterprise Institute, un organisme classé à droite.

AMÉLIORER LE SYSTÈME

Les plus à gauche, comme l‘ancien candidat à l‘investiture démocrate Bernie Sanders, n‘ont jamais jugé que l‘Obamacare était absurde, mais plutôt qu‘il n‘allait pas assez loin.

Au cours de sa campagne, Bernie Sanders a proposé de le remplacer par un système d‘assurance-santé unique, le “Medicare pour tous”, inspiré par le dispositif visant les Américains les plus âgés et les handicapés.

Hillary Clinton n‘est pas aussi radicale mais elle propose de consolider l‘Obamacare grâce à des incitations fiscales pour ceux qui choisissent leur assurance sur les plateformes individuelles, d‘étendre le champ d‘application du Medicare et de proposer une “option publique”, c‘est-à-dire un dispositif d‘assurance-santé public qui viendrait concurrencer le privé.

Elle veut en outre réduire le montant des frais restant à la charge des patients grâce à un nouveau système de crédit d‘impôt et accorder davantage de fonds publics aux Etats pour développer le Medicaid.

LE PRIX DES MÉDICAMENTS EN CAUSE

L‘Obamacare n‘a pas eu de grande incidence sur l‘explosion du prix des traitements.

Démocrates et Républicains s‘accordent à dire qu‘il s‘agira d‘un défi à relever pour le prochain président même si cette question n‘a guère été soulevée durant la campagne.

Hillary Clinton et Donald Trump souhaitent que les Américains soient autorisés à se procurer des médicaments à l‘étranger. Henry Waxman, ancien représentant démocrate à la Chambre, l‘a proposé en 2008 mais l‘intense lobbying des sociétés pharmaceutiques avait alors eu raison du projet.

Hillary Clinton pense que le Medicare devrait être habilité à négocier directement le prix des médicaments avec les entreprises. Donald Trump l‘a lui aussi proposé, mais cette promesse n‘apparaît plus sur son site de campagne.

Certains spécialistes de la santé redoutent toutefois que les groupes pharmaceutiques ne relèvent leurs tarifs à destination des patients non couverts par le Medicare.

La proposition d‘Hillary Clinton se heurte en outre au fait que pour négocier de meilleurs prix, le système Medicare devra cesser de rembourser d‘autres médicaments, ce qui serait extrêmement mal accueilli.

Enfin, Hillary Clinton a proposé la création d‘une commission chargée de surveiller la hausse brutale de traitements vitaux et le plafonnement des montants qui restent à la charge des patients.

Ses propositions ne sont pas passées inaperçues à Wall Street où le cours des titres de certains groupes pharmaceutiques ont reculé dans la foulée de tweets publiés par son équipe de campagne. (Nicolas Delame pour le service français, édité par Gilles Trequesser)

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