15 septembre 2016 / 13:22 / dans un an

AVANT-PAPIER-A Berlin, Merkel se prépare à un nouveau revers électoral

* La CDU s‘attend à un net recul dimanche au Sénat de Berlin

* Comme dans le Mecklembourg, l‘AfD a fait campagne contre la politique migratoire de Merkel

* Les tensions pourraient s‘accentuer au sein du bloc CDU-CSU

par Madeline Chambers

BERLIN, 15 septembre (Reuters) - Quinze jours après la débâcle de son parti dans son fief du nord-est de l‘Allemagne, Angela Merkel s‘apprête à enregistrer un nouveau revers dimanche lors des élections au parlement local de Berlin qui pourrait rejeter la CDU dans l‘opposition.

Dans la capitale comme dans le land du Mecklembourg-Poméranie occidentale où elle est élue depuis 1990, sa décision d‘ouvrir les frontières allemandes à des centaines de milliers de réfugiés a dominé la campagne, favorisant le parti antimigrants Alternative für Deutschland (AfD).

Les derniers sondages auprès des électeurs berlinois donnent l‘Union chrétienne démocrate (CDU) de la chancelière en chute marquée, avec un score compris entre 17 et 19% des intentions de vote contre 23,4% aux précédentes élections, en 2011.

Mesurée autour de 14-15%, l‘AfD, créée en 2013, ferait une entrée fracassante au Sénat de Berlin et serait ainsi représentée dans les institutions régionales de dix des 16 Länder que compte l‘Allemagne fédérale.

A Berlin comme ailleurs, son chef de file local, Georg Pazderski, a mené campagne sur le thème des migrants. “Je suis favorable à ce qu‘on donne une formation à ces gens, pas à ce qu‘on les intègre. Nous devons les préparer à leur retour”, a-t-il dit.

Les sociaux-démocrates du SPD, qui gouvernent la ville-Etat dans le cadre d‘une grande coalition avec la CDU, devraient rester la première force politique locale avec un score oscillant selon les instituts entre 21 et 24% des voix (contre 28,3% il y a cinq ans).

Le bourgmestre-gouverneur sortant, Michael Müller, pourrait être à même de former une coalition d‘un nouveau genre, avec les Verts écologistes (qui se maintiendraient autour de leur score de 2011, à 17,6%) et le parti de la gauche radicale Die Linke, projeté jusqu‘à cinq points au-dessus de ses 11,7% de 2011.

Cette coalition locale “rot-rot-grüne” (rouge-rouge-vert) rejetterait la CDU de Merkel dans l‘opposition.

“LES DÉTRACTEURS DE MERKEL SE FERONT PLUS AUDIBLES”

A un an des prochaines élections législatives fédérales, la chancelière connaît l‘enjeu de ce scrutin local alors que le recul de la CDU le 4 septembre dernier dans le Mecklembourg-Poméranie occidentale, où elle a été devancée pour la première fois par l‘AfD dans une élection régionale, a conduit une partie de la droite allemande à s‘interroger sur la responsabilité personnelle de Merkel.

Commentant l‘issue du scrutin dans le Mecklembourg, Horst Seehofer, le président de l‘Union chrétienne sociale (CSU), alliée bavaroise de la CDU, lui a ainsi reproché de ne pas avoir répondu aux inquiétudes des Allemands. “Les électeurs en ont assez des ‘politiques de Berlin’”, a-t-il affirmé.

En déplacement électoral mercredi dans le quartier de Lichterwelde, dans l‘ouest de la capitale, la chancelière fédérale a défendu sa politique en invoquant la tradition d‘ouverture de Berlin.

“Berlin, toute son histoire, le succès de ce qui était alors Berlin-Ouest: son ouverture l‘a bien servie et doit être préservée”, a-t-elle dit.

Chahutée par une trentaine de manifestants, elle a souligné une nouvelle fois que venir en aide aux réfugiés de guerre était une responsabilité humanitaire.

Depuis la chute du mur, il y a 27 ans, Berlin n‘est plus ce poste avancé sur la ligne de front de la Guerre froide mais s‘est transformée en une capitale tendance, attirant artistes, touristes et entrepreneurs de la “Net économie” et connaissant une croissance supérieure à la moyenne nationale, même si son poids dans le PIB allemand demeure marginal (4%).

De nombreux électeurs locaux de la CDU y sont inquiets de l‘arrivée d‘un million de réfugiés l‘an dernier dans le pays, dont 80.000 à Berlin (qui compte 3,5 millions d‘habitants). Ils s‘interrogent sur le coût de leur prise en charge, sur leurs capacités d‘intégration et, à la lumière des agressions sexuelles du nouvel an à Cologne et des attentats de juillet, sur les conséquences en matière de sécurité.

Pour Carsten Koschmieder, politologue à l‘Université libre de Berlin, un nouveau revers dimanche à Berlin aurait pour conséquence d‘accentuer les divisions entre la CDU et la CSU. “Les détracteurs de Merkel se feront plus audibles tandis que ses partisans au sein de la CDU accuseront Horst Seehofer de recourir à un discours dévastateur”, dit-il. (avec Hans-Edzard Busemann; Henri-Pierre André pour le service français, édité par Tangi Salaün)

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