2 juillet 2016 / 11:42 / il y a un an

LEAD 1-Brexit-Mobilisation française pour la place de Paris

* “Welcome in Paris”, dit Manuel Valls

* Euronext et la fédération des banques se montrent optimistes

* Ghosn (Renault-Nissan) et Pouyanné (Total) inquiets (Actualisé avec Euronext, FBF, Ghosn et Pouyanné)

par Michel Rose

AIX-EN-PROVENCE, Bouches-du-Rhône, 2 juillet (Reuters) - Le gouvernement et les institutions financières de France se sont déclarés samedi persuadés que la place de Paris pourrait tirer profit de la sortie progammée du Royaume-Uni de l‘Union européenne si des mesures incitatives sont prises.

“Aux grandes entreprises internationales je dis donc : ’ Welcome in Paris! Venez investir en France! '”, déclare le Premier ministre Manuel Valls dans une interview publiée samedi dans Le Parisien, 10 jours après le référendum britannique.

“Nous savons que des groupes installés à la City envisagent de la quitter pour Dublin, Amsterdam, Francfort et Paris”, a-t-il ajouté. “Nous travaillons à des dispositifs qui pourraient permettre de renforcer notre attractivité. Je pense notamment à la fiscalité ou au statut des expatriés.”

Dans un entretien publié jeudi dernier dans Les Échos, François Hollande annonçait déjà sa volonté d‘adapter les règles pour rendre la place de Paris “plus attractive”.

Pour le président français, le Royaume-Uni perdra le “passeport” européen de ses établissements financiers s‘il refuse les règles de libre circulation et les opérations de compensation en euros ne devront plus se faire à Londres après le Brexit, et pourront donc aller à Paris.

Stéphane Boujnah, directeur général d‘Euronext, a dit samedi que les opérateurs travailleraient sur la base selon laquelle Londres perdra le passeport européen, qui permet à la City d‘avoir accès au marché unique sans devoir négocier des accords avec chacun des 27 autres pays.

“Je pense qu‘il y aura plusieurs gagnants à travers l‘Europe, des grandes places comme Amsterdam, comme Paris”, a-t-il expliqué lors des Rencontres économiques d‘Aix-en-Provence.

“Je ne suis pas en train de dire qu‘il faut détruire ce qui existe à Londres, je suis en train de dire que les nations aussi se suicident et que si les gens à Londres ont décidé d‘être moins efficaces, moins performants, moins arrimés au projet européen, nous n‘allons pas attendre qu‘ils aient fini leurs soins palliatifs à la City à Londres”, a-t-il ajouté.

“PARIS VA GAGNER”

“Il faut que nous nous organisions pour offrir précisément des services adaptés dans la zone euro”, a-t-il conclu en estimant que “les plateformes européennes existent et [qu‘une]une plateforme comme Euronext a démontré sa rentabilité”.

Pour Marie-Anne Barbat-Layani, directrice générale de la Fédération bancaire française (FBF), “Paris va gagner”, à cause des jeunes bien formés qui sont “un des principaux atouts de la place de Paris” et de la taille des banques françaises.

“La question centrale, c‘est celle du passeport européen : ceux qui ont un seul pied à Londres aujourd‘hui pour rayonner sur l‘ensemble de l‘Union européenne vont avoir besoin d‘avoir un deuxième pied quelque part, alors tant qu‘à faire essayons de faire en sorte que ce deuxième pied soit à Paris”, a-t-elle dit.

“Il faut agir. Ça a commencé. Les collectivités territoriales sont mobilisées. L‘Etat aussi et j‘espère qu‘il va l‘être un tout petit plus. Il y a une activité fondamentale qui va devenir plus multipolaire, essayons de pas être trop bête, et de faire en sorte que ce soit chez nous.”

Si les institutions financières voient dans le Brexit une opportunité, les industriels, eux, se montrent inquiets.

Pour le PDG de Renault-Nissan, Carlos Ghosn, “la dépréciation de la livre, c‘est une mauvaise nouvelle” pour les constructeurs sans usines sur place comme Renault, mais Nissan dispose au Royaume-Uni d‘une très grosse unité d‘assemblage.

“L‘inquiétude est due au fait qu‘il y a incertitude parce que personne n‘est capable de dire [s‘ils] sont vraiment sortis, combien de temps ça va durer, et surtout quel est le nouveau statut que l‘Angleterre va avoir”, a-t-il déclaré lors des Rencontre économiques d‘Aix-en-Provence.

Même tonalité chez Patrick Pouyanné, le PDG de Total.

“C‘est un élément de plus d‘instabilité, d‘incertitude. On est dans un monde qui fait face à pleins de difficultés, géopolitiques, on a Daech, l‘Ukraine, des crises financières à répétition, on rajoute le Brexit”, a-t-il dit.

“Le seul message que je voudrais passer c‘est : il faut aller vite”, a-t-il conclu. (Edité par Yves Clarisse)

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