22 juin 2016 / 06:27 / il y a un an

Le nouveau scrutin espagnol à l'épreuve de l'abstention

par Angus Berwick

MADRID, 22 juin (Reuters) - Assise à l‘extérieur de la poussiéreuse faculté de sciences politiques de l‘université Complutense de Madrid, Elena Jimenez a fait partie des nombreux électeurs et électrices espagnols mécontents qui ont voté en décembre dernier pour de nouveaux partis promettant un changement.

Mais, six mois après, cette doctorante de 28 ans dit qu‘elle ne se déplacera pour le scrutin législatif anticipé de dimanche, qui devrait, d‘après les enquêtes d‘opinion, être caractérisée par le taux d‘abstention le plus élevé depuis le retour à la démocratie dans le pays dans les années 1970.

Convaincre des électeurs comme Elena Jimenez de voter lors des législatives du 26 juin - convoquées après l‘échec des tentatives de formation d‘une coalition gouvernementale sur la base des élections de décembre - est devenu un enjeu majeur pour des partis cherchant à gagner les sièges nécessaires pour sortir de l‘impasse.

Elena Jimenez dit que les querelles de partis et leurs réticences à trouver des compromis ont douché l‘enthousiasme qu‘elle éprouvait en décembre lorsqu‘elle a voté pour le parti anti-austérité Podemos, dont le chef de file Pablo Iglesias a un temps enseigné dans les salles de conférence couvertes de graffitis de l‘université.

“J‘ai voté en espérant le changement mais nous n‘avons abouti à rien et, pour cette raison, je m‘abstiendrai”, ajoute-t-elle.

VERS UNE ABSTENTION RECORD

Avec une abstention qui devrait être de cinq points de pourcentage supérieure à celle de décembre, l‘issue des élections reste incertaine. L‘institut de sondage Metroscopia voit cette abstention s‘établir à entre 30% et 32%, ce qui en ferait le plus gros bloc des électeurs.

Une telle désaffection pour le scrutin est susceptible de favoriser le Parti populaire (PP, conservateur), actuellement au pouvoir, et devrait au contraire être préjudiciable au Parti socialiste (PSOE), qui éprouve des difficultés à mobiliser une base électorale déprimée.

Les derniers sondages donnent le PP en tête des intentions de vote, suivi de l‘alliance de gauche anti-austérité Unidos Podemos, du Parti socialiste puis des centristes libéraux de Ciudadanos. Aucun parti ne devrait toutefois s‘approcher de la majorité absolue de 176 sièges.

En décembre, le PP du président du gouvernement sortant, Mariano Rajoy, était arrivé en tête déjà, mais, avec 123 élus seulement, avait perdu sa majorité absolue. Suivaient le PSOE, également en recul à 90 députés, puis Podemos (69 élus) et Ciudadanos (40). Izquierda Unida, qui n‘avait pas encore scellé son alliance avec Podemos, avait fait élire deux députés.

“S‘il y a une plus grande abstention, cela jouera en faveur du PP étant donné qu‘il dispose de l‘électorat le plus loyal, le plus fidèle et le plus mobilisé”, estime Francisco Camas, analyste chez Metroscopia.

RECONQUÉRIR L‘ÉLECTORAT JEUNE

Une participation supérieure aux projections des instituts de sondage favoriserait aussi Podemos et Ciudadanos.

Ces deux formations sont apparues récemment sur la scène politique espagnole - issue du mouvement des Indignés, la première a été fondée début 2014; la seconde, initialement centrée sur la Catalogne, a adopté une stratégie d‘implantation nationale au même moment. Leurs électeurs sont bien plus jeunes que ceux des partis classiques, moins enclins aussi à participer aux élections.

Or Metroscopia estime que 56% seulement des 18-34 ans voteront dimanche prochain, signe de la très nette désaffection de cette classe d‘âge à l‘égard de partis qu‘elle juge incapables de résorber le chômage qui les frappe. Et ce désenchantement n‘a fait que progresser depuis les élections de la fin de l‘année dernière. Alors qu‘ils étaient 34% à juger en novembre que la situation politique était “très mauvaise”, plus de 42% des 18-34 ans sont désormais de cet avis.

Pour tenter de conquérir cet électorat, les états-majors ont adopté leur communication politique. On a vu Mariano Rajoy en short sillonnant en marche rapide la campagne espagnole pour une série de spots télévisés; Podemos a publié son programme sous forme de catalogue très inspiré du géant suédois de l‘ameublement Ikea et lancé une “caravane rurale” dans les zones isolées du pays.

Pour le PSOE, la mission est sans doute la plus difficile. En décembre, le parti de Pedro Sanchez a subi son pire revers électoral. Dans un bar de Malasana, quartier branché de Madrid, la députée socialiste Angeles Alvarez l‘attribue en partie à la déconnexion observée entre le PSOE et la jeunesse espagnole, attirée par Podemos et son discours plus radical. “C‘est l‘un des principaux problèmes du Parti socialiste”, dit-elle. (Benoît Van Overstraeten et Henri-Pierre André pour le service français)

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