8 juin 2016 / 06:07 / dans 2 ans

La BCE entame ses achats d'obligations privées

FRANCFORT, 8 juin (Reuters) - La Banque centrale européenne (BCE) doit commencer ce mercredi à acheter sur les marchés des obligations émises par des entreprises privées dans l‘espoir d‘encourager celles-ci à emprunter et à investir, et ainsi d‘alimenter l‘inflation dans la zone euro.

Cet élargissement du programme d‘assouplissement quantitatif (quantitative easing, QE) de 1.740 milliards d‘euros de la BCE risque cependant de se heurter à plusieurs obstacles, notamment le fait que l‘encours des titres éligibles à ses achats, s‘il représente 500 à 600 milliards d‘euros, est dominé par les émetteurs français et néerlandais, qui disposent déjà d‘un accès facile au crédit et ne bénéficieront donc qu‘à la marge du nouveau programme.

Le succès de ce “programme d‘achats de titres du secteur des entreprises” (corporate sector purchase programme, CSPP) dépendra donc en grande partie de la capacité de la BCE à attirer de nouveaux émetteurs et à favoriser la transmission de la baisse des coûts d‘emprunts à des pays tels que l‘Italie et l‘Espagne, dans lesquels le financement reste relativement onéreux.

“A ce stade, la BCE elle-même ne connaît sans doute pas avec certitude le montant qu‘elle sera en mesure d‘acheter”, explique Michal Jezek, analyste de Deutsche Bank. “On pourrait par exemple avoir des mois animés, avec neuf à dix milliards d‘euros d‘achats, et d‘autres, comme août, à un ou deux milliards, avec la majeure partie des mois entre les deux.”

Il prévoit des volumes d‘émissions sans précédent cette année sur le marché de la dette en zone euro, avec 250 milliards d‘euros d‘émissions brutes et 100 milliards d‘émissions nettes, dont la moitié environ du montant net pour les émissions d‘obligations “corporate”, à la faveur des achats de la BCE.

DOUTES SUR LE MONTANT DES ACHATS MENSUELS

La banque centrale ne se fixera aucun objectif d‘achats de dette d‘entreprise et elle devrait les entamer prudemment. Des sources proches de la banque centrale ont déclaré à Reuters que la BCE serait satisfaite si elle atteignait cinq à dix milliards d‘achats mensuels en suscitant de nouvelles émissions.

Si ses espoirs sont déçus et que les volumes d‘émissions n‘augmentent pas, ses achats pourraient être plus réduits, certaines sources évoquant une fourchette de deux à trois milliards d‘euros mensuels.

Ces montants sont à comparer aux 80 milliards d‘euros d‘actifs, très majoritairement des emprunts d‘Etat rachetés au total par la BCE, un rythme qui doit être maintenu au moins jusqu‘en mars 2017, même si la faiblesse persistante de l‘inflation risque, pour beaucoup d‘observateurs, de la contraindre à prolonger ce programme au-delà de cette échéance.

Cette prolongation ne serait toutefois pas non plus dénuée de risques, puisqu‘elle pourrait se traduire par une raréfaction des titres éligibles aux achats de la banque centrale et la conduire à atteindre les limites qu‘elle s‘est elle-même fixées, par exemple en terme de part d‘une émission donnée qu‘elle peut détenir.

“Le moment choisi (pour commencer les achats) suggère que la BCE veut vraiment tirer parti au maximum de la période d‘achats qui va précéder la trêve estivale”, explique Morgan Stanley dans une note.

La banque américaine table sur des achats de titres d‘entreprise de trois à cinq milliards d‘euros par mois en moyenne sur la durée totale du programme, marchés primaire et secondaire confondus.

Balazs Koranyi; Marc Angrand pour le service français, édité par Wilfrid Exbrayat

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