8 février 2016 / 11:31 / dans 2 ans

Pétrole-Les majors affrontent la crise en ordre dispersé

* Performances contrastées avec le plongeon du brut:

* bit.ly/1T8bezD et depuis 2009: bit.ly/1PJOEuI

* Les compagnies veulent préserver leur potentiel de croissance

* Les producteurs américains privilégient le pétrole de schiste

* Se désengagent des activités en eaux profondes

* BP parie sur le gaz offshore en Egypte, Shell sur BG Group

par Ron Bousso et Terry Wade

LONDRES/HOUSTON, 8 février (Reuters) - Les grandes compagnies pétrolières et gazières font des coupes claires dans leurs dépenses pour s‘adapter au plongeon des prix de l‘énergie mais les stratégies divergent sur la meilleure voie pour préparer la sortie de crise.

Les cours du pétrole ont chuté d‘environ 70% au cours des 18 derniers mois pour tomber à 35 dollars le baril, pénalisant lourdement les profits des compagnies dont les dirigeants sont confrontés à un dilemme: couper dans les dépenses pour se maintenir à flot financièrement tout en préservant capacités et infrastructures de production en vue d‘une reprise du marché.

Les compagnies américaines comme Chevron, ConocoPhilips et Hess se désengagent des projets en eaux profondes très coûteux pour se recentrer sur le pétrole de schiste en Amérique du Nord, par exemple.

Le britannique BP parie sur le gaz offshore en Egypte tandis que Royal Dutch Shell a opté pour une fusion à 50 milliards de dollars (44,8 milliards d‘euros) afin d‘assurer son avenir.

Dans les cinq années qui ont précédé le début de la chute des cours à la mi-2014, et alors que le pétrole se maintenait au-dessus des 100 dollars le baril, les grandes compagnies pétrolières se sont précipitées pour accroître leurs capacités de production, y compris en prenant de coûteuses participations dans de vastes gisements en eaux profondes parfois situés à des kilomètres sous le niveau de la mer et de plus en plus éloignés des côtes.

Au cours des 12 derniers mois, elles ont fait des coupes claires dans leur budgets d‘investissement, abandonnant les méga-projets dont les développements se chiffrent en milliards de dollars et qui peuvent nécessiter jusqu‘à une décennie avant de commencer à produire.

“Les compagnies veulent trouver un équilibre entre les cycles d‘investissement à court et à long terme tout en conservant un bilan solide pour traverser le cycle baissier”, résume Bredan Warn, analyste chez BMO Capital.

PETROLE DE SCHISTE ET GAZ EGYPTIEN

En se concentrant sur un domaine d‘expertise et des zones géographiques spécifiques, elles ont été à même de proposer aux investisseurs “une proposition de valeur unique”, ajoute-t-il.

Chevron, la deuxième compagnie pétrolière américaine en termes de capitalisation boursière derrière Exxon Mobil, a dévoilé la semaine dernière son projet de cibler ses dépenses sur des investissements à “cycle court”, des projets aux coûts plus bas et dont le développement prendra des mois plutôt que des années.

Après avoir annoncé une réduction de près d‘un quart de ses dépenses d‘investissement en 2016, Chevron a dit vouloir capitaliser en particulier sur sa forte présence dans les gisements de pétrole de schiste du Bassin permien, qui s‘étend sur l‘ouest du Texas et le sud-est du Nouveau-Mexique, au détriment des projets en eaux profondes, plus coûteux et plus complexes.

“En ce qui concerne les projets de développement à long terme, nous n‘en démarrons pas. Nous n‘en démarrons aucun... Nous allons privilégier les investissements à cycle court et s‘ils ne respectent pas nos critères, nous n‘investirons pas”, a dit le directeur général de Chevron, John Watson, lors d‘une téléconférence avec des analystes.

Bien que la mise en exploitation de certains puits de pétrole de schiste puisse se révéler plus coûteuse que certains projets en eaux profondes en termes de prix de revient par baril, un cycle de développement plus court et des risques d‘exécution plus faibles permettent d‘en réaliser les profits plus rapidement.

La stratégie d‘investissement à court terme s‘explique en partie par le fait que Chevron, à la différence de BP par exemple, dispose d‘un stock de projets à long terme en cours de développement comme certains des plus grands projets de gaz naturel liquéfiés (GNL) avec ses implantations de Gorgon et de Wheatstone en Australie.

Des compagnies plus petites comme ConocoPhilipps et Hess se sont aussi détournées des projets en eaux profondes pour favoriser la production de pétrole de schiste, notamment dans la région du Bakken, les formations schisteuses du Dakota du Nord.

BP est l‘une des rares compagnies a avoir donné son feu vert à un projet d‘envergure l‘année dernière avec son investissement à 12 milliards de dollars dans le projet gazier du delta du Nil, en Egypte, dans le cadre de sa stratégie consistant à faire du gaz égyptien la principale source de croissance de sa production dans les années à venir.

Mais BP, qui a fait état la semaine dernière de la plus lourde perte de son histoire au titre de l‘exercice 2015 et qui ne dispose pas d‘une série de projets à long terme en développement comme Chevron, doit aussi compenser la baisse sensible de sa production, rançon des 50 milliards d‘actifs qu‘elle a dû céder pour faire face aux conséquences de la marée noire de 2010 dans le Golfe du Mexique, selon des analystes.

“BP ne veut pas se laisser enfoncer. Ils investissent un peu pendant tout le cycle”, a dit Bredan Warn.

FUSIONS & ACQUISITIONS

Shell a de son côté opté dès le début du retournement du marché pour une stratégie résolument ambitieuse en rachetant BG Group, l‘opération la plus importante réalisée dans le secteur depuis une décennie. Elle doit en faire un leader du GNL et de la production pétrolière offshore au Brésil tout en augmentant ses réserves d‘environ 20%.

Le groupe anglo-néerlandais, qui a publié la semaine dernière ses profits les plus faibles en 13 ans au titre de l‘année 2015, prévoit de finaliser l‘opération ce mois-ci.

Le géant américain Exxon pourrait être bien inspiré de suivre l‘exemple de Shell en réalisant une acquisition majeure après avoir surpris le marché la semaine dernière en réduisant d‘un quart ses dépenses d‘investissement pour cette année à 23 milliards de dollars, a dit Anish Kapadia, anlyste chez Tudor, Pickering, Holt & Co.

“Cela souligne qu‘Exxon n‘a pas suffisamment de projets intéressants en attente pour y investir et n‘est pas prête à investir en amont, donc pour croître, elle va devoir faire une acquisition”, a-t-il ajouté.

“Dans cet environnement avec un prix du pétrole potentiellement plus élevé, Chevron fait ce qu‘il faut. Ils peuvent survivre pendant les quelques prochaines années et gardent l‘option de la croissance. Exxon est au bas du classement. Elle est la plus chère mais cela est difficile à justifier du fait de l‘absence de perspectives de croissance.”

Tudor, Pickering, Holt & Co. est à l‘achat sur Chevron et Shell mais recommande de conserver BP et de vendre Exxon.

Le norvégien Satoil et le français Total sont dans une position intermédiaire. Ils ont indiqué l‘un comme l‘autre qu‘ils n‘investiraient pas dans de nouveaux projets cette année mais ils ont de grands projets qui seront mis en service dans les prochaines années et permettront de compenser les baisses de production. (avec Anna Driver, Ernest Scheyder, Bate Felix et Stine Jacobsen, Marc Joanny pour le service français, édité par Véronique Tison)

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