4 février 2016 / 16:43 / il y a 2 ans

Les marchés obligataires soulignent les risques de récession

* Courbe des taux aux Etat-Unis : reut.rs/1PkLOMJ

* Courbe des taux en GB : reut.rs/1TzPcoE

* Courbe des taux au Japon : reut.rs/1PkMnWD

* Courbe des taux en Allemagne : reut.rs/1TzNkwc

par Jamie McGeever

LONDRES, 4 février (Reuters) - S‘il faut en croire les marchés obligataires, l‘économie mondiale se dirige droit vers la récession.

Les turbulences sur les marchés financiers depuis le début de l‘année, alimentées par un nouveau plongeon des cours du pétrole et les craintes sur l‘économie chinoise, ont encore fait baisser les rendements obligataires et aplati les courbes de taux dans tous les pays développés.

La question du pouvoir prédictif des courbes de rendements dans un environnement de taux zéro voire négatifs et d‘achats massifs d‘obligations, principalement d‘obligations d‘Etat, par certaines banques centrales peut se poser.

Les rendements sur les obligations à long terme d‘un pays devraient normalement être supérieurs à ceux des titres d‘échéances plus courtes, les investisseurs réclamant une rémunération plus élevée pour se prémunir contre un risque de crédit et d‘inflation d‘autant plus grand que la durée de leur engagement est longue. Cette situation “normale” correspond à une courbe des taux ascendante ou positive.

Mais les courbes ont actuellement tendance à s‘aplatir, les rendements à court terme sont tirés vers le bas par les anticipations d‘un maintien de politiques monétaires accommodantes et les rendements à long terme sont déprimés par une croissance et une inflation défaillantes.

“Les choses sont un peu plus compliquées qu‘elles ne l‘étaient. La forme de la courbe des taux dépend très largement aujourd‘hui de l‘activité des banques centrales avec les taux négatifs et l‘assouplissement quantitatif. Cela modifie les mécanismes de la courbe des taux pour ce qui concerne les signaux en matière de croissance et d‘inflation”, a dit Lena Komileva, directrice générale de G+ Economics.

“Mais cela suggère que les investisseurs n‘ont plus confiance dans la capacité des banques centrales à relancer la croissance mondiale ou à prévenir un nouveau ralentissement.”

Aux Etats-Unis, l‘écart entre les rendements à 2 ans et à 10 ans est tombé cette semaine à 110 points de base, au plus bas depuis huit ans.

Le rendement sur les Treasuries à 10 ans a chuté à 1,90%, en baisse de 40 points de base depuis la décision de la Fed de relever ses taux directeurs en décembre.

INDICATEUR AVANCÉ

L‘aplatissement de la courbe des taux a constitué dans le passé un indicateur avancé relativement fiable d‘un ralentissement de la croissance et une courbe inversée, caractérisée par des taux courts supérieurs aux taux longs, signalait une prochaine entrée en récession.

L‘inversion de la courbe des taux a précédé les cinq récessions subies par l‘économie américaine depuis 1980 et il en a été de même pour les trois récessions de l‘économie britannique sur la même période.

L‘inversion marquée pendant plusieurs années de la courbe des taux britannique à la fin des années 1990 et au début des années 2000 n‘a toutefois pas débouché sur une récession.

Le Japon a traversé quatre récessions depuis le milieu des années 1990 sans inversion préalable de la courbe des taux.

Une récession mondiale est généralement définie comme une croissance inférieure à un rythme annuel de 2,5% considéré comme nécessaire pour absorber la croissance de la population active mondiale. Dans les économies développées, une récession correspond techniquement à une contraction du produit intérieur brut pendant deux trimestres consécutifs.

Plusieurs grandes banques d‘investissement comme Citi, Bank of America Merrill Lynch et Morgan Stanley, n‘ont pas exclu l‘éventualité d‘une récession de l‘économie américaine voire de l‘économie mondiale.

Les pressions inflationnistes et les anticipations d‘inflation dans les pays développés sont en net recul avec la faiblesse des prix du pétrole tandis que le nombre de banques centrales qui ont assoupli leur politique monétaire ou qui signalent un biais accommodant ne cesse de progresser depuis le début de l‘année.

Les anticipations des intervenants de marché sur des hausses de taux directeurs aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne cette année ne sont plus de mise. Les prix de marché actuels reviennent en fait à anticiper une baisse de taux directeur en Grande-Bretagne plutôt qu‘une hausse.

Avec la chute des taux des obligations d‘Etat, l‘écart de rendement avec les obligations d‘entreprise s‘est creusé. Pour Zak Summerscale, responsable des investissements sur les obligations européennes à haut rendement chez Babson Capital Management, cela est aussi un signal de récession, même s‘il ne privilégie pas ce scénario.

“Le risque le plus important, c‘est une récession significative. Ce qui fait vraiment s‘écrouler les titres à haut rendement d‘un point de vue fondamental, c‘est une récession significative”, prévient-il. (Marc Joanny pour le service français, édité par Bertrand Boucey)

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