4 février 2016 / 09:35 / dans 2 ans

LEAD 1-Draghi-Agir trop tard sur l'inflation n'est pas sans risque

(Actualisé avec des précisions)

FRANCFORT, 4 février (Reuters) - Le risque d‘agir trop tard sur une inflation très faible est plus grand que celui d‘agir trop tôt et une attitude attentiste pourrait entraîner une perte de confiance durable, estime Mario Draghi, le président de la Banque centrale européenne (BCE), laissant supposer qu‘un nouveau coup de pouce monétaire pourrait s‘imposer.

Adopter une attitude attentiste en raison de la chute des cours pétroliers et laisser une inflation très faible s‘enraciner dans l‘économie affecteraient les anticipations à long terme et saperaient la confiance accordée à la banque centrale, ce qui déboucherait sur une inflation qui faiblirait de manière constante, a expliqué Mario Draghi

“Si cela se produisait, il faudrait une politique monétaire bien plus accommodante pour renverser la tendance”, a-t-il dit, à l‘occasion d‘une conférence donnée dans les locaux de la Bundesbank, la banque centrale allemande.“De ce point de vue, le risque d‘agir trop tard l‘emporte sur celui d‘agir trop tôt”.

L‘institut d‘émission a mis en avant la perspective d‘un nouvel assouplissement dès mars et les investisseurs comptent déjà sur une réduction du taux des dépôts et sur un éventuel ajustement de son programme d‘assouplissement quantitatif (QE).

La BCE vise une inflation d‘un petit peu moins de 2% mais cela fait trois ans que l‘indicateur économique évolue nettement au-dessous de cet objectif et la situation n‘est pas près de changer au vu du caractère désinflationniste de prix pétroliers bas, d‘une croissance économique molle, d‘un crédit amorphe et d‘une croissance salariale modeste dans la zone euro.

“Si nous ne capitulons pas face à une inflation basse, et il est hors de question que nous le fassions, elle reviendra à des niveaux compatibles avec notre objectif”, a poursuivi Mario Draghi.

Dans son bulletin économique publié jeudi, la BCE observe que, sur la base des cours pétroliers du moment, “la trajectoire prévisible de l‘inflation annuelle en 2016 est bien plus basse que ce qui était attendu au début décembre 2015”.

“On s‘attend à ce que les taux d‘inflation restent très bas, voire deviennent négatifs, dans les mois qui viennent pour ne se redresser que plus tard en 2016”.

Quant à la croissance économique mondiale, elle est modérée et inégale et la reprise de la zone euro reste portée par la consommation privée mais est aussi retenue par un ralentissement de la croissance des exportations, note la BCE.

Mario Draghi a enfin démenti que la banque centrale soit à cours d‘instruments de politique monétaire et ajoute qu‘elle doit accepter le risque de recourir à certains d‘entre eux qui ne sont pas conventionnels.

“Il est hors de doute que si nous devions adopter une politique plus accommodante, les risques d‘effets secondaires ne nous dissuaderaient pas”, a dit le président de la BCE. “Nous nous attachons toujours à limiter les distorsions causées par notre politique mais la priorité reste l‘objectif de stabilité des prix”. (Balazs Koranyi, Francesco Canepa et John O‘Donnell, Wilfrid Exbrayat pour le service français, édité par Benoît Van Overstraten)

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