3 février 2016 / 08:53 / dans 2 ans

Assouplissement monétaire et baisse de taux vont rester de mise

* Assouplissement par la BCE attendu en mars

* Les anticipations de hausse des taux par la Fed reportées

* Le risque de dévaluations compétitives s‘accroît

* Renoncement au plancher des taux directeurs à zéro

par Balazs Koranyi

FRANCFORT, 3 février (Reuters) - Les politiques monétaires ont plus de chances d‘être encore assouplies et les taux d‘intérêt abaissés que l‘inverse, les turbulences sur les marchés financiers et la persistance de pressions déflationnistes mettant à rude épreuve la capacité des banques centrales à atteindre leurs objectifs d‘inflation, estiment responsables monétaires et économistes.

La volatilité sur les marchés et les craintes de nouvelles dépréciations du yuan par Pékin ont éloigné la perspective de nouvelles hausses des taux par la Réserve fédérale américaine et les banques centrales de l‘Europe au Canada en passant par l‘Australie n‘excluent pas de nouveaux assouplissements.

“Une politique de dévaluation agressive en Chine constitue le risque le plus important pour l‘économie mondiale en ce moment”, a dit le gouverneur d‘une grande banque centrale européenne qui a requis l‘anonymat.

“Avec un niveau d‘incertitude et de volatilité déjà élevé, cela aurait un effet majeur sur toutes les économies.”

La Banque populaire de Chine (BPC) s‘emploie à stabiliser sa monnaie depuis le 6 janvier, alors qu‘une deuxième phase de dépréciation marquée intervenue en l‘espace de six mois avait fait craindre de nouvelles dévaluations dans un contexte de ralentissement régulier d‘une croissance déjà au plus bas depuis un quart de siècle.

Les Bourses chinoises ont plongé de 20% depuis le début de l‘année tandis que la chute du pétrole a repris de plus belle et que le baril de Brent est tombé à des plus bas depuis 2003. L‘indice Vix de la volatilité des options sur l‘indice S&P 500, considéré comme une mesure de l‘aversion au risque des investisseurs, s‘est envolé.

La Banque centrale européenne (BCE) a réagi à cette dégradation de l‘environnement financier en évoquant la possibilité d‘une nouvelle baisse des taux en mars, tandis que la Banque d‘Angleterre (BoE) tente de modérer les anticipations sur une hausse prochaine de ses taux.

La Banque du Japon (BoJ) a annoncé la semaine dernière la passage en territoire négatif de son principal taux directeur, renonçant ainsi à la politique de taux plancher à zéro.

“La BoJ a donné le signal le plus fort jusqu‘à présent que fixer à zéro le plancher des taux n‘était plus valable”, a dit George Saravelos, stratège de la Deustche Bank. “Les marchés devraient désormais prendre en compte le fait que les taux sur l‘ensemble des marchés obligataires peuvent durablement et substantiellement évoluer en territoire négatif au cours du cycle actuel d‘assouplissement mais aussi des suivants.”

EFFICACITE DECROISSANTE

Le marché monétaire pense que le taux de dépôt de la BCE descendra jusqu‘à -0,5% cette année contre -0,3% actuellement et la BoJ a prévenu qu‘elle disposait de marges de manoeuvre pour de nouveaux assouplissements si nécessaire.

Les banques centrales d‘Australie, du Canada et de Suède ont aussi souligné les risques du moment et laissé la porte ouverte à de nouveaux assouplissements.

La grande exception reste la Fed, qui a relevé ses taux en décembre pour la première fois depuis 2006 tout en soulignant depuis que les vents contraires pourraient la conduire à décaler dans le temps les hausses ultérieures.

“Il est difficile d‘apprécier les conséquences potentielles de cette volatilité”, a dit lundi son vice-président Stanley Fischer. “Si ces évolutions entraînent un resserrement chronique des conditions financières, elles pourraient annoncer un ralentissement de l‘économie mondiale et affecter la croissance et l‘inflation aux Etats-Unis.”

Le président de la Fed de San Francisco, John Williams, a déclaré de son côté que les prochaines hausses des taux directeurs risquent peut-être d‘être repoussées.

Les intervenants de marché ne s‘attendent plus qu‘à une hausse de taux au mieux cette année, probablement en novembre, et plus trois ou quatre comme c‘était encore le cas en décembre.

Les anticipations ont changé très rapidement et un renforcement de la volatilité sur les marchés pourrait avoir définitivement raison des anticipations de hausse des taux en 2016.

La difficulté pour les banques centrales vient de ce que leurs instruments dans un environnement de taux zéro n‘ont pas été éprouvés et sont modérément efficaces d‘autant qu‘en l‘absence de coordination des politiques monétaires, celles-ci peuvent se neutraliser mutuellement.

Les effets des programmes d‘assouplissement quantitatif vont décroissant tandis que des taux très négatifs engendrent des risques pour la stabilité financière en raison de leurs conséquences sur la rentabilité des banques et de la formation de bulles sur les prix des actifs.

La dépréciation de la monnaie, un canal de transmission majeur de leur politique pour la plupart des banques centrales, a aussi ses limites. Si trop de pays y ont recours, elle peut dégénérer en guerre des changes.

“Les retombées économiques d‘une dépréciation du dollar ou du yen ou de l‘euro sont relativement faibles”, soulignent deux économistes de Citi, Steve Englander et Josh O‘Byrne, dans une récente note de recherche. “En conséquence, si le taux de change est l‘instrument de la politique, il ne fonctionne pas aussi bien qu‘on le prétend, et on peut être contraint d‘aller beaucoup plus loin et pendant beaucoup plus longtemps qu‘on ne le pensait; on se retrouve sans doute dans une situation bien pire qu‘on était prêt à l‘admettre.”

De plus l‘assouplissement quantitatif ne résout en rien le problème du niveau élevé de l‘endettement, qui pèse sur la croissance et l‘inflation.

“Nous avons encore beaucoup d‘instruments à notre disposition mais tous posent des problèmes d‘une manière ou d‘une autre et ils ne sont donc pas les plus efficaces”, a dit une source au fait des discussions entre les responsables monétaires de la zone euro.

Les banques centrales n‘en restent pas moins contraintes d‘agir en fonction de leur mandat, lequel leur assigne dans la plupart des cas un objectif d‘inflation. (avec Ann Saphir à San Francisco, Leika Kihara à Tokyo et Francesco Canepa à Francfort, Marc Joanny pour le service français, édité par Wilfrid Exbrayat)

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