April 9, 2020 / 10:31 PM / 4 months ago

SYNTHESE-L'Eurogroupe boucle un plan de soutien économique de €500 mds

* Berlin et Paris ont poussé pour un accord

* Filet de sécurité pour les gouvernements, sociétés et citoyens

* Nouvelle querelle en vue sur la question de la dette commune

par Jan Strupczewski et Gabriela Baczynska

BRUXELLES, 10 avril (Reuters) - Les ministres des Finances de la zone euro sont convenus jeudi d’un plan de soutien de 500 milliards d’euros pour faire face aux conséquences économiques de la crise sanitaire du coronavirus, après des semaines de querelles qui ont souligné les douloureuses divisions au sein du bloc communautaire.

L’Allemagne, de même que la France, a tapé du poing sur la table pour mettre fin à l’opposition des Pays-Bas sur l’accès aux lignes de crédit du Mécanisme européen de stabilité (MES), tandis que l’Italie a reçu l’assurance que l’Union ferait preuve de solidarité.

Mais l’accord ne mentionne pas la création de “coronabonds”, des obligations mutualisées qui permettraient de financer une relance de l’activité économique par de la dette commune - une mesure à laquelle l’Italie, la France et l’Espagne étaient favorables mais qui se heurtait à un non ferme de la part de l’Allemagne, pour qui il s’agit d’une ligne rouge, des Pays-Bas, de la Finlande et de l’Autriche.

Il est seulement dit qu’il appartient aux chefs d’Etat et de gouvernement européens de décider si des “instruments financiers novateurs” doivent être utilisés.

Le ministre français de l’Economie et des Finances, Bruno Le Maire, a déclaré que l’Europe avait conclu le plus important plan économique de son histoire.

“Tout le monde avait en tête que c’était soit un accord soit le risque d’une dislocation européenne”, a-t-il dit lors d’une téléconférence avec des journalistes. “C’est un plan efficace, c’est un plan massif”, a-t-il poursuivi.

Plus tôt dans la journée, le président du Conseil italien Giuseppe Conte avait prévenu que l’existence tout entière de l’UE serait menacée si celle-ci ne parvenait pas à s’unir pour lutter contre la pandémie.

Durant des semaines, les Etats membres du bloc communautaire ont échoué à afficher un front uni face au coronavirus, se déchirant sur des questions d’argent, d’équipements médicaux et médicaments, de restrictions aux frontières et de suspension des voyages, lors de discussions tendues qui ont mis en exergue des divisions amères.

SOLIDARITÉ À L’ÉPREUVE

Tandis que Bruno Le Maire a dit jeudi que l’accord ouvrait la voie à de la dette commune, son homologue néerlandais Wopke Hoekstra a souligné le contraire.

“Nous sommes et resteront opposés aux ‘coronabonds’. Ce concept n’aidera ni l’Europe ni les Pays-Bas sur le long-terme”, a dit le ministre néerlandais de l’Economie à l’issue des pourparlers.

Mario Centeno, qui présidait les discussions de jeudi consécutives à des débats pendant seize heures plus tôt dans la semaine, a déclaré que 100 milliards d’euros financeraient un programme de subventions afin que les entreprises réduisent les heures de travail mais ne suppriment pas d’emplois.

La Banque européenne d’investissement (BEI) va accroître de 200 milliards d’euros les prêts aux sociétés et le MES va mettre à disposition des gouvernements 240 milliards d’euros de crédits à bas coût, a-t-il ajouté.

Angela Merkel s’était entretenue dans la journée avec Giuseppe Conte et le Premier ministre néerlandais Mark Rutte, ouvrant la voie à la conclusion d’un accord qui va désormais être aux mains des dirigeants européens - lesquels doivent s’entretenir dans les prochains jours par visioconférence.

La chancelière allemande a dit que Conte et elle étaient convenus du “besoin urgent de solidarité en Europe, qui traverse l’une de ses périodes les plus difficiles, sinon la plus difficile”.

“L’Allemagne est prête à cette solidarité et s’y engage”, a déclaré Merkel.

Elle a clairement fait savoir que Berlin rejetait l’idée d’émettre de la dette commune, mais a ajouté que d’autres voies financières étaient disponibles.

Des représentants ont indiqué que Merkel avait aussi demandé à Rutte d’arrêter d’empêcher la conclusion d’un accord destiné à offrir un filet de sécurité aux gouvernements, aux compagnies et aux citoyens européens pour faire face à la récession profonde que l’épidémie devrait engendrer cette année.

Le vaste plan adopté jeudi porterait l’ensemble des mesures adoptées par l’UE pour lutter contre les effets de la pandémie à 3.200 milliards d’euros, soit le plus important dans le monde.

Toutefois une controverse demeure sur la manière de relancer la croissance économique. Le commissaire européen aux Affaires économiques, Paolo Gentiloni, a dit que des fonds pourraient être prévus dans cette optique dans le prochain budget commun de l’UE pour la période 2021-2027. (avec Michelle Martin, Toby Sterling, Joseph Nasr, Francois Murphy; Leigh Thomas et Gwénaelle Barzic; version française Jean Terzian)

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