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Sociétés

POINT HEBDO-Le choc des résultats pourrait ébranler des marchés fragiles

* La saison des résultats du T1 s’annonce rude

* Les consensus revus régulièrement à la baisse

* Encore de la volatilité à prévoir sur les marchés

PARIS, 9 avril (Reuters) - La saison des résultats trimestriels des entreprises sur le point de débuter promet d’être rude pour des marchés financiers fragilisés par le choc de la pandémie de coronavirus.

Une entrée de l’économie mondiale dans une récession profonde est déjà acquise mais l’ampleur des effets de la mise à l’arrêt de pans entiers de l’activité sur les comptes des sociétés pourrait surprendre.

Aux Etats-Unis, les analystes s’attendent désormais à une baisse de 7,5% des profits du Standard & Poor’s 500 au premier trimestre par rapport à l’an dernier, une chute qui pourrait atteindre 18% au deuxième trimestre avant de revenir à 7,6% au troisième, selon le dernier pointage en date de Refinitiv.

Ces chiffres reflètent une dégradation brutale des perspectives de bénéfices: il y a une semaine, la baisse au premier trimestre était estimée à 4,7% et au 1er janvier, le marché tablait sur une hausse de 6,3%.

En Europe, les bénéfices trimestriels du Stoxx 600 sont désormais attendus en recul de 15,7% au premier trimestre par rapport aux trois premiers mois de 2019 et leur chute pourrait atteindre 30,2% sur avril-juin, toujours selon Refinitiv.

La question au coeur de cette saison de résultats très particulière, qui s’ouvrira le 15 avril aux Etats-Unis et la semaine suivante en Europe, est de savoir à quel point les mauvaises nouvelles qui arrivent sont déjà intégrées dans les cours.

Les velléités de rebond des indices boursiers, liées essentiellement à la perception d’un recul du risque sanitaire, pourraient être contrariées par des publications inférieures aux attentes, prévient-on chez Unigestion.

DES CONSENSUS SANS DOUTE TROP OPTIMISTES

Le scénario central retenu par Unigestion table sur une récession économique d’une ampleur comparable à celle observée lors de la crise financière de 2008-2009, ce qui devrait se traduire par une baisse des bénéfices de l’ordre de 20 à 25% sur l’année, selon son responsable de la recherche macroéconomique, Florian Ielpo.

“Les consensus ont été révisés à la baisse mais nous paraissent encore trop optimistes”, dit-il. “Nous nous attendons à ce qu’ils soient encore revus la baisse, ce qui rendrait les valorisations moins attrayantes”.

Certains secteurs comme les transports ou l’automobile sont en première ligne, avec une situation déjà préoccupante pour des noms comme Boeing aux Etats-Unis ou Renault et Air France-KLM en Europe.

L’absence de visibilité est cependant générale, comme en témoigne la liste, qui ne cesse de s’allonger, des entreprises qui retirent leurs objectifs financiers annuels ou renoncent à verser un dividende à leurs actionnaires.

Après avoir salué les réponses monétaires et budgétaires massives apportées un peu partout pour limiter les effets du Covid-19 puis espéré entrevoir le pic sanitaire la pandémie, les investisseurs doivent se préparer à connaître encore des semaines difficiles dans un marché qui, selon de nombreux acteurs, demeure baissier.

Sur le plan des résultats des entreprises comme de la conjoncture macroéconomique, il ne fait plus aucun doute que le premier trimestre a été horrible et que le deuxième sera pire.

“On sait que dans cette première partie de l’année, il y aura des dégâts humains, économiques et financiers”, résume Samy Chaar, chef économiste de la banque privée suisse Lombard Odier, avant de tenter de regarder un peu plus loin.

“PLUS TERRIBLE QUE LA GUERRE”

Les signes d’un ralentissement de la pandémie se dessinent et les efforts des banques centrales et des gouvernements pour poser les bases d’un rebond solide pourraient payer à terme, selon lui.

“Notre sentiment est qu’il y a une chance que l’on puisse redémarrer dans la deuxième partie de l’année sans trop de séquelles”, dit-il.

Cette reprise ne pourra être que graduelle, prévient toutefois Philippe Waechter, directeur de la recherche économique chez Ostrum Asset Management.

“La pandémie est un choc économique plus terrible que le guerre”, écrit-il dans une note. “Si le choc peut être de même ampleur, la trajectoire en sortie d’épidémie est forcément plus lente.”

L’ampleur du choc dépendra de la durée des mesures de confinement, ce qui explique que de nombreux gouvernements envisagent de les lever, une décision loin d’être sans risques, souligne-t-il.

La lumière finira cependant bien par apparaître au bout du tunnel, veut croire Samy Chaar, qui imagine déjà ce à quoi pourrait ressembler le monde d’après.

“Lorsque l’on se projette à 2021-2022, on serait dans un monde où le Covid-19 serait derrière nous et où on reviendrait à nos tendances naturelles d’offre et de demande, même s’il y aurait eu un peu de dégâts”, esquisse le chef économiste de Lombard Odier.

“On serait dans un monde avec une croissance faible mais réelle, des taux bas et pas d’inflation, un monde dans lequel il faudrait rester investi sur les marchés financiers.”

édité par Marc Angrand

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